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Full text of "Mémoires de l'abbé de Choisy pour servir à l'histoire de Louis XIV"

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MEMOIRES 

DE L'ABBÉ 

DE CHOISY 



TOME SECOND 



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MÉMOIRES 

DE l'abbé 

DE CHOISY 

POUR SERVIR A L'HISTOIRE 

DE 

LOUIS XIV 

PUBLIÉS AVEC PRÉFACE, NOTES ET TABLES 
PAR 

M. DE LESCURE 




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PARIS 

LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES 

Rue de Lille, 7 

M DCCC LXXXVIII 



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MÉMOIRES 



POUR SERVIR A L'HISTOIRE 

DE 

LOUIS XIV 



Mémoires de Choisy, II. 



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LIVRE VII 




|E vais reprendre à présent le fil de ma 
narration, que l'ambassade de Siam 
m*a fait interrompre. 
(1686.) Le maréchal d'Estrées, vice- 
amiral de France, qui commandoit la flotte devant 
Cadix, manda au roi que les Espagnols s'étoient en- 
fin mis à la raison, et qu'ils avoient promis de ren- 
dre incessamment aux marchands françois les cinq 
cent mille écus qu'ils avoient exigés d'eux dans 
le Mexique, sous prétexte qu'ils avoient porté des 
marchandises de contrebande. Cette affaire duroit 
depuis un an, et la jeune reine d'Espagne, crai- 
gnant qu'elle ne causât la guerre, avoit offert plu- 
sieurs fois au conseil de Madrid de vendre ses 
pierreries pour trouver l'argent qui manquoit. Il 



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4 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOIST 

s'étoit même déjà fait quelque acte d'hostilité; 
Ferrant, chef d'escadre, avoit attaqué et pris, après 
un assez rude combat, deux galions d'Espagne à 
la vue de dix vaisseaux de guerre hollandois, qui 
étoient demeurés simples spectateurs .du com- 
bat, et cette sagesse hollandoise avoit extrême- 
ment déplu au prince d'Orange, qui ne cherchoit 
que l'occasion de brouiller les affaires dans l'Eu- 
rope. Les galions s'étoient fort bien défendus 
pendant quelques heures, et plus de trois cents 
hommes y avoient été tués ou blessés, lorsque, dans 
le fort du combat , il parut dans une petite cha- - 
loupe un prêtre espagnol à genoux, le crucifix à 
la main, demandant quartier; ce spectacle fit tom- 
ber les armes des mains du pitoyable François, on 
reçut les galions à miséricorde, et, quinze jours 
après, l'accommodement étant fait, on les renvoya 
à Cadix. 

Le roi paroissoit se porter fort bien et montoit 
tous les jours à cheval; il alloit souvent voir sa 
gendarmerie, qui campoit dans la plaine d'Achè- 
res; c'étoit le duc de Noailles qui commandoit le 
camp. Les courtisans envieux et mutins vouloient 
se moquer de lui, faisoient des chansons, et ne 
le croyoient pas capable d'un emploi plus difficile; 
il a fait voir dans la suite qu'ils avoient tort : il a pris 
des villes et gagné des batailles tout comme un 
autre, et, s'il n'avoitpas l'esprit aussi vif que M. de 



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LIVRE VII > 

Luxembourg, il avoit en récompense un fonds de 
probité à toute épreuve , une application infinie, 
un attachement tendre et sincère à la personne du 
roi, et ces qualités solides en valoient bien de 
plus brillantes. 

Au commencement du mois de juillet, le roi 
alla faire un petit voyage à Maintenon; il voulut 
être presque seul, et ne mena que les officiers abso- 
lument nécessaires. Les princesses, les dames, tout 
en fut exclu, hors la seule M^^ de Maintenon, 
accompagnée de M™e de Monchevreuil. 

M«ie de Montespan sentoit aussi vivement que 
jamais tous les dégoûts qu'on lui donnoit. Cela 
servit pourtant à lui faire souffrir le marquis d* An- 
tin, son fils légitime. On ne Tavoit point vu dans 
son enfance ; soit politique, soit aversion, elle Ta- 
voit tenu éloigné de la cour. Ce n^étoit que depuis 
que de lui-même il s'étoit fourré partout. Il étoit 
beau, Tesprit vif, et gascon sur le tout : on n'est 
pas honteux avec ces qualités-là. Monseigneur 
i'aimoit assez. M. le duc du Maine et M"^® de 
Bourbon avoient pour lui les égards que le sang 
ieurprescrivoit; il plut même au misanthrope Mon- 
tausier, qui lui donna en mariage M^^ d'Uzès, sa 
petite-fille'. Les mauvais plaisans disoient que 



1 . Julie-Françoise de Crussol d'Uzès fut mariée au mar- 
quis d'Antin (duc en 171 1), le 21 août 1686. 



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6 MEMOIRES DE L ABBE DE CHOISY 

c*étoit la faire poissonnière la veille de Pâques. Il 
lui donna vingt mille écus comptant et la lieute- 
nance de roi d'Alsace qui en vaut huit mille de 
rente. Le duc et la duchesse d'Uzès lui assurèrent 
cinquante mille écus après leur mort. Le marquis 
d'Antin avait douze mille livres de rente, que sa 
mère lui avoit abandonnées quand elle s'étoit sé- 
parée de biens d'avec M. de Moniespan ; elle lui 
assura encore, en le mariant, deux mille écus de 
pension, fit meubler aux nouveaux mariés leurs 
appartemens de Versailles, et leur fit pour plus de 
quarante mille francs de présens en pierreries et en 
bijoux. D'Antin avoit été menin de Monseigneur; 
et personne, en y voyant le fils peu après son 
apparition à la cour, n'avoit douté de la décadence 
de la mère. 

Le roi, dans son voyage, visita les travaux im- 
menses qu'on faisoit pour conduire la rivière 
d'Eure à Versailles, et, quoiqu'il fût bien aise de les 
voir en bon état, il fut fort fâché d'apprendre que 
les maladies populaires s'étoient mises dans les 
troupes (les terres remuées rendent l'air mauvais), 
et qu'il ,y étoit mort beaucoup d'officiers et de 
soldats. Il donna ses ordres pour travailler à la 
maison et au jardin de Maintenon; il fut si con- 
tent de son voyage qu'il résolut d'y retourner 
souvent, mais il n'en eut pas le temps : les grandes 
affaires qui lui survinrent l'occupèrent enlière- 



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LIVRE VII 7 

ment; il apprit qu'on avoit signé à Augsbourgune 
ligue qui paroissoit faite uniquement contre lui. 
L'Empereur, le roi d'Espagne et le roi de Suède y 
avoient signé pour les Etats qu'ils ont dans l'em- 
pire et y avoient fait entrer l'électeur de Bavière, 
tous les princes de la maison de Saxe et les cercles 
de Bavière, de Franconie et du haut Rhin ; ils di- 
soient, dans le traité, qu'il n'étoit fait que pour la 
conservation de l'Allemagne et l'exécution tant 
des traités de Westphalie et de Nimègue que de la 
trêve conclue en 1684 entre l'Empire et la France; 
mais ils y avoient inséré des clauses par lesquelles 
l'Empereur pouvoit, quand il le voudroit, les obli- 
ger de déclarer la guerre au roi. Ils s'engagèrent à 
entretenir une armée de soixante mille hommes, 
dont l'Empereur devoit fournir seize mille hommes, 
le roi d'Espagne six mille, l'électeur de Bavière huit 
mille, le cercle de Bavière deux mille, celui de 
Franconie quatre mille, celui du haut Rhin quatre 
mille, la Suède et la maison de Saxe à proportion. 
Le prince de Valdeck étoit nommé général de cette 
armée, le marquis de Brandebourg général de 
cavalerie, et le comte Tugen général major d'in- 
fanterie. 

Le roi, en apprenant la ligue d'Augsbourg, 
apprit aussi que le prince d'Orange l'avoit négo- 
ciée; mais, ce qui le surprit davantage, on lui 
manda de Rome que ce prince y avoit des agens 



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8 IfÉlfOIltES DE l'abbé de CHOISY 

secrets qui ne soDgeoient qu'à décrier la conduite 
de Sa Majesté ; ils a?oient déjà gagné quelques-uns 
des ministres du pape; ils protestoient que ce 
prince, en faisant des ligues contre la France, n'a- 
Yoit en ?ue que le repos de l'Europe, et qu'il 
n'ayoit aucun éloignement pour les catholiques; 
que les princes d'Orange les ayoient toujours trai- 
tés a?ec beaucoup de douceur, et qu'on yojoit 
assez par l'histoire que ses pères ayoient renoncé 
à notre religion presque malgré eux, et seulement 
pour s'opposer à la tyrannie des Espagnols et à 
l'inquisition qu'ils vouloient établir dans des pro- 
vinces naturellement portées à la liberté. Ainsi, 
après avoir fait des ligues contre les princes pro- 
testans et avoir travaillé sous main à réunir les 
princes catholiques contre le roi, le prince d'O- 
range espéroit encore mettre dans ses intérêts ce- 
lui de tous les hommes du monde qui devoit lui 
être le plus contraire. 

Ces nouvelles obligèrent le roi de songer aux 
moyens de se défendre si on l'attaquoit. Les fron- 
tières en Flandre étoient en fort bon état; Menin 
et Maubeuge, places toutes nouvelles, tenoient en 
bride les garnisons ennemies et mettoient à cou- 
vert les pays nouvellement conquis. Les frontières 
d'Allemagne n'étoient pas moins assurées. Stras- 
bourg, par les vastes fortifications qu'on y avoit 
faites, étoit devenu inattaquable (il eût fallu cent 



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LIVRE VII 9 

mille hommes pour en faire la circonvallation) ; le 
fort Louis, Brisach et Huningue bordoient le 
Rhin, Mont-Royal et Sarrelouis assuroient un 
grand pays. 

Le roi avoit fait bâtir ces deux places avec 
une dépense prodigieuse. Choisy, maréchal de 
camp et le plus habile des ingénieurs, avoit fait 
Sarrelouis comme pour lui : le roi lui en avoit 
donné le gouvernement, et, se fiant à sa capacité, 
il lui avoit donné la permission de tailler en plein 
drap et d*y faire tous les ouvrages qu'il voudroit. 
Ce Choisy est mon cousin issu de germain ; nos 
grands-pères étoient frères ; sa branche étoit 
cadette et gueuse. Il se fît d'abord mousquetaire, 
et, se trouvant propre aux mathématiques, il se 
donna tout entier aux fortifications et prit son parti 
de se faire tuer ou de faire fortune ; il avoit essuyé 
dix mille coups de mousquet et n*étoit encore que 
lieutenant de roi de Limbourg, lorsque le prince 
d'Orange assiégea Maëstricht'. Il fit en cette oc- 
casion un coup bien hardi. Il quitta Limbourg sans 
ordre de la cour et s'alla jeter dans Maëstricht, où 
il entra à la nage par le fossé. Calvo, qui com- 
mandoit dans la place, fut ravi de le voir, et se re- 
posa sur lui de la défense. « Ce que je sais bien, 
Messieurs, dit Calvo aux officiers de la garnison, 

!• En 1670. 



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lO MEMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY 

c'est que je ne me rendrai jamais. » Mais ce qui 
fut fort heureux pour Ch'oisy, c'est que le roi lui 
avoit envoyé un courrier à Limbourg avec ordre 
de se jeter dans Maêstricht, et, quand le roi sut 
qu'il y étoit entré, Sa Majesté témoigna beaucoup 
de joie, et dit tout haut : « Je suis sûr qu'ils se 
défendront bien. » En effet, après quarante-trois 
jours de tranchée ouverte, le prince d'Orange leva 
le siège, et Choisy apporta la nouvelle à la cour ; 
il eut des gratifications et des pensions, il fut en- 
suite fait maréchal de camp, gouverneur du châ- 
teau de Cambrai et puis de Thionville et enfin de 
Sarrelouis. J'aurai une belle occasion de parler 
de lui, lorsque, après la blessure du comte de Tal- 
lard, il eut ordre du roi d'aller commander l'armée 
qui assiégeoit Rhinfeld, où il eut un honneur que 
Vauban lui-même n'a jamais eu : il commanda une 
armée. 

Mais, pour revenir aux mesures que le roi pre- 
noit pour se défendre, en cas qu'on l'attaquât, il 
jugea à propos de faire faire de nouvelles fortifi- 
cations à Huningue, de l'autre côté du Rhin, et 
les ministres eurent ordre d'avertir les princes d'Al- 
lemagne qu'il étoit prêt à dédommager le marquis 
de Bade, sur le fonds duquel on alloit élever ces 
nouvelles fortifications; ils dirent encore que Sa 
Majesté n' avoit voulu rien innover pendant le 
siège de Bude; mais que, Tissue en ayant été heu- 



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LIVRE VII II 

reuse pour TEmpereur, et que d'ailleurs, apprenant 
les ligues qui se formoient contre lui dans TEm- 
pire, il étoit bien aise de mettre ses places hors 
d'état d*être insultées par ceux qui voudroient 
faire la guerre ou interrompre le commerce de ses 
sujets. 

Il apprit en ce temps-là que le roi de Dane- 
mark avoit fait une entreprise sur Hambourg, et 
qu'il y avoit échoué. L'électeur de Brandebourg 
et les princes de la maison de Brunswick avoient 
fait marcher des troupes de ce côté-là, et Tavoient 
contraint de retirer les siennes; il étoit même assez 
embarrassé dans sa retraite, et pou voit craindre 
d'être attaqué à son tour, lorsque le roi fit dire à 
ces princes qu'ils avoient bien fait de secourir la 
ville de Hambourg ; mais que, puisque le roi de 
Danemark n'y pensoit plus, il leur conseilloit de 
le laisser en repos, et de se souvenir que ce prince 
étoit son allié. 

Une si grande application aux affaires nuisit 
peut-être à sa santé ; il eut la fièvre double tierce 
assez violente, des accès de dix-huit heures. Les 
médecins voulurent d'abord le traiter suivant l'an- 
cienne méthode : on le saigna, on le purgea, le 
mal en devint plus grand; il fallut avoir recours au 
quinquina, qui fit le miracle ordinaire, et le guérit 
parfaitement. 

Les soins de l'État et ceux de sa santé ne l'em- 



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12 MEMOIRES DE L ABBE DE CHOISY 

pêchoient pas de se faire rapporter, dans son con- 
seil d'en haut, les affaires des particuliers quand 
elles étoient importantes; le procès du marquis 
d*Ambre contre Mll« d'Arpajou fut fort discuté ; 
M. de Châteauneuf, rapporteur, conclut pour le 
marquis. Monsieur fut du même avis, ainsi que 
MM. de Beauvilliers, de Croissy et l'abbé Le 
Pelletier; monsieur ^ le [chancelier, le contrôleur 
général, MM. de Louvois, de Ribaire, Bernard 
de Rezé, Bignon et Villacerf * furent pour la de- 
moiselle, qui gagna son procès, le roi s'étant joint 
au plus grand nombre. 

Il commença en ce temps-là à aller souvent à 
Marly; il nommoit ceux qui dévoient le suivre, et 
Bontemps les logeoit deux à deux dans chaque 
pavillon. On y trou voit tout ce qui étoit néces- 
saire à la toilette des femmes et même des hom- 
mes, et, quand les femmes étoient nommées, les 
maris y alloient sans demander. M*»® de Mainte- 
non y faisoit là grande figure : le roi passoit toutes 
les soirées chez elle. M>»e de Montespan se ron- 
geoit les doigts et ne pouvoit se résoudre à quitter 
la partie; elle lâchoit de temps en temps au roi 
quelques mots piquans et lui dit un jour qu'elle 
avoit une grâce à lui demander, qui étoit de lui 
laisser le soin d'entretenir les gens du second car- 

1. On lit Villayer au manuscrit. 



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LIVRE VII l3 

rosse et de divertir l'antichambre . Ces manières 
désagréables auroient pu la faire songer à la re- 
traite ; mais son heure n'étoit pas encore venue» et 
la Providence, pour la punir du passé, lui devoit 
faire avaler encore bien des couleuvres. La prin- 
cesse de Conti fut quelque temps sans être de ces 
parties de divertissement; elle avoit fait des raille- 
ries piquantes d'une personne que le roi honoroit 
de son amitié et ne Tavoit pas épargné lui-même. 
Il avoit senti l'ingratitude de ce procédé, et le plus 
grand des rois, le meilleur des pères, avoit eu du 
chagrin de la part de ses propres enfans. Sa bonté 
les reçut bientôt à miséricorde : il oublia tout et 
les traita à l'ordinaire. 

Monsieur avoit reçu depuis peu une partie de 
ce qui devoit revenir à Madame pour la succession 
de monsieur l'Électeur palatin; madame l'Électrice 
sa mère étoit morte il y avoit cinq ou six mois. Elle 
étoit fille du landgrave de Hesse et de cette fa- 
meuse landgravine, si bonne amie des François. 
L*£mpereur lui devoit plus de cinquante mille écus, 
et ses sujets lui en dévoient plus de deux cent 
mille ; il y avoit dans ses greniers et dans ses caves 
au moins pour cinq cent mille livres de grain et de 
vin, et beaucoup de beaux meubles, entre autres 
plus de quarante tentures de tapisseries, outre les 
prétentions que Madame avoit sur des terres qui 
ne dépendoient pas de l'électorat. Monsieur acheta 



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14 MÉMOIRES DE L ABBE DE CHOISY 

des pendans d'oreilles de quarante mille ëcus et se 
fît un grand plaisir de meubler sa galerie du Palais- 
Royal. 

Au commencement du mois d'octobre, le roi 
partit de Versailles pour Fontainebleau; il avoit 
avec lui dans son carrosse Monsieur, M"»® la du- 
chesse de Bourbon, la princesse de Conti et 
M™« de Maintenon. Sa faveur se déclara de plus 
en plus à Fontainebleau ; elle eut un fort bel ap« 
partement de plain-pied à celui du roi, qui com- 
mença à aller chez elle tous les soirs comme il avoit 
accoutumé d'aller chez M^ne de Montespan; il y 
faisoit venir souvent M*»« de Bourbon, dont la 
gaieté extraordinaire l'amusoit et le divertissoit. 
Elle étoit très jolie, avec beaucoup d'esprit, plai- 
sante, railleuse, n'épargnant personne, se réjouis- 
sant d'une bagatelle, coiffant son genou comme 
une poupée quand elle n'avoit rien de mieux à 
faire, voulant plaire à tout le monde et trouvant 
le moyen d'y réussir, caractère singulier et qui 
plaît d'abord, mais qui n'est pas trop bon à l'user. 

Mwïe de Montespan arriva à Fontainebleau après 
les autres; le roi, qui la craignoit assurément plus 
qu'il ne l'aimoit, retourna les soirs chez elle et lui 
donna extérieurement des marques de considéra- 
tion. Il fit aussi un grand plaisir à Madame en dé- 
clarant le mariage de Mll^deThéobon, sa favorite, 
avec le comte de Beuvron; il leur donnoit depuis 



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LIVRE VII l5 

deux ans vingt mille francs de pension, douze au 
mari et huit à la femme. M. de Seignelay, intime 
ami de Beuvron, fut dans une grande colère qu'il 
lui eût fait un secret de son mariage. 

Il y avoit tous les jours à Fontainebleau des 
comédies, mais le roi commença à n'y plus aller; 
on croyoit d'abord que c'étoit les affaires, on re- 
connut que c'étoit scrupule, et chacun admira 
qu'un prince à son âge eût la force de renoncer 
aux plaisirs. Il lui vint un autre scrupule, pour le 
moins aussi bien fondé, sur la nomination des 
évêchés; il y apporta plus de précaution que ja- 
mais et ne laissa pas d'être trompé. Ce ne fut pas 
lorsqu'il nomma l'abbé de Quincé à Tévêché de 
Poitiers. Cet abbé, ami de M. de La Rochefou- 
cauld, rendit son brevet au bout de huit jours et 
s'excusa sur sa mauvaise santé, action héroïque et 
que Dieu aura récompensée dans le Ciel. Il est vrai 
qu'il ne se portoit pas trop bien, il mourut au bout 
de quatre ou cinq mois; mais un autre eût tou- 
jours gardé l'évêché en attendant le retour d'une 
santé délicate que la mitre pouvoit fortifier. 

Le roi apprit que le pape avoit fait cardinal 
l'abbé Le Camus, évêque de Grenoble, et qu'au 
lieu d'attendre, selon la coutume, à recevoir la 
barrette des mains du roi, il l'avoit prise impatiem- 
ment de l'abbé Servien, camérier de Sa Majesté, 
qui passoit par Grenoble pour aller à Paris porter 



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l6 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOIST 

aussi la barrette au nonce Ranuzzi, et que dès ce 
même jour, en mangeant ses carottes, il s'en étoit 
paré. Aussi, quand il écrivit pour demander la per- 
mission de venir à Versailles la recevoir des mains 
du roi, Sa Majesté lui fit répondre que son voyage 
étoit inutile, puisque la chose étoit déjà faite. 

Le nonce Ranuzzi en usa plus galamment que Le 
Camus ; il ôta sa barrette dès qu'il vit le roi et ne 
la remit qu'après qu'il l'eut reçue en cérémonie 
des mains de Sa Majesté. Aussi fut-il traité d'une 
manière fort distinguée. Le roi le fit manger avec 
lui à la même table sur la même ligne, quatre ou 
cinq places entre deux. 

J'ai envie, puisque je m*en souviens, de mettre 
ici un peu au long comme la chose se passa. 

Le cardinal étoit assis sur un pliant et fut servi 
par Desormes, contrôleur général de la maison du 
roi, des mêmes services que Sa Majesté, sans ou- 
blier les hors-d'œuvre ; le roi, la première fois 
qu'il but, dit au cardinal : « Il est juste. Monsieur, 
que je commence à boire à la santé de Sa Sain- 
teté. » Il s'étoit levé auparavant et avoit ôté son 
chapeau ; mais avant que de boire il se rassit et se 
couvrit; le cardinal demeura debout et découvert, 
et un moment après il demanda au roi permission 
de boire à la santé du plus grand roi de la terre et 
à la prospérité de la chrétienté; il but debout 
et découvert; le roi demeura toujours assis et cou- 



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LIVRE VII IJ 

vert et mit seulement la main au chapeau au com- 
mencement du compliment et après que le cardinal 
eut bu. 

Le roi, à Tâge de cinq ans, avoit fait cet hon- 
neur-là au cardinal Grimaldi, et en 1664 au cardi- 
nal Chigi, légat et neveu d'Alexandre VII. Il ne 
Tavoit pas voulu faire à Roberti, qui fut nommé 
cardinal pendant qu'il étoit nonce en France. Le 
feu roi Tavoit fait au cardinal Bichi et ne Tavoit pas 
fait au cardinal Spada. 

On parloit déjà de retourner à Versailles, lors- 
que la duchesse de Bourbon eut la petite vérole; 
un si vilain mal et si dangereux fit précipiter le 
retour. Monseigneur et Madame la Dauphine re- 
vinrent d'abord, et le roi, quelques jours après, 
ne parloit plus de son mal. Il se promenoit tous 
les jours dans ses jardins de Versailles; ilparoissoit 
gai et tranquille, lorsqu'on apprit avec grande sur- 
prise qu'on venoit de lui faire la grande opération. 
Il y avoit six semaines que l'affaire étoit résolue, 
mais personne ne le savoitqueM"™«deMaintenon, 
M. de Louvois, le P. de La Chaise, le premier 
médecin Fagon, le médecin de la feue reine, et 
Félix, premier chirurgien, qui devoit faire l'opé- 
ration. 

Fagon commençoit à avoir beaucoup de crédit. 
Le public l'avoit toujours cru plus habile que Da- 
quin, et le roi ne faisoit que de s'en apercevoir. 
Mémoirtt dt Choisy, II. 3 



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l8 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY 

M™6 de Maintenon le protégeoit depuis qu'il 
avoit accompagné le duc du Maine à Barèges. Sa 
Majesté n'avoit jamais le moindre mal de tête 
qu'elle ne le fît appeler, toutefois après le premier 
médecin, dont l'autorité établie depuis longtemps 
ne pouvoit être ébranlée qu'à la longue : il ne fut 
chassé que cinq ou six ans après. La... m'a conté 
que le roi, étant à Marlj, eut un fort grand accès 
de fièvre. Les médecins, sur le minuit, voyant que 
la fièvre diminuoit, lui firent prendre un bouillon; 
Daquin dit : « Voilà la fièvre qui est sur son dé- 
clin, je m'en vais me coucher. » Fagon fit semblant 
de le suivre et s'arrêta dans l'antichambre, en di- 
sant entre ses dents : « Quand donc veillerons- 
nous? Nous avons un si bon maître, et qui nous 
paye si bien !» Il se mit dans un fauteuil, appuyé 
sur son bâton; il y étoit aussi bien que dans sa 
chambre, parce qu'il ne se déshabilloit jamais et 
ne dormoit qu'à son séant à cause de son asthme. 
Une heure après, le roi appela le premier valet de 
chambre et se plaignit à lui que sa fièvre duroit 
encore; il lui dit : « Sire, M. Daquin s'est allé 
coucher, mais M. Fagon est là dedans; le ferai-je 
entrer? — Que me dira-t-il? lui dit le roi, qui 
craignoit que le premier médecin ne le sût. — Sire, 
reprit Niert (et ce que je dis ici, je le sais de lui), 
il vous dira peut-être quelque chose, il vous con- 
solera. » Fagon entra, tâta le pouls, fit prendre de 



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LIVRE VII 19 

la tisane, fit changer de côté, et enfin il se trouva 
seul auprès du roi pour la première fois de sa vie. 
Daquin eut son congé trois mois après sur une ba- 
gatelle dont on lui fit une querelle d'Allemand. Il 
avoit demandé Tarchevêché de Tours pour son fils : 
si demander plus qu'il ne devoit eût été un crime, 
il y avoit longtemps qu'il eût été criminel. 

Le roi avoit dit quelque chose à M. de La Ro- 
chefoucauld de l'opération qu'on lui devoit faire. 
Félix donna deux coups de bistouri et huit coups 
de ciseau : il avoit fait faire un instrument d'une 
manière nouvelle, qu'il avoit essayé sur des corps 
morts, et il prétend que cela épargna quelques 
coups de ciseau. Le roi ne souffla pas pendant 
l'opération; et, dès qu'elle fut faite, il l'envoya 
dire à Monseigneur qui étoit à la chasse, à Ma- 
dame la Dauphine dès qu'elle fut éveillée, à Mon- 
sieur et à Madame qui étoient à Paris, et à M. le 
Prince qui étoit à Fontainebleau, auprès de M^^ de 
Bourbon. Monseigneur quitta la chasse aussitôt 
et revint à Versailles à toute bride, et en pleurant. 
Il se jeta d'abord aux pieds du lit du roi, et n'eut 
pas la force de lui parler; mais le roi lui dit : 
« Tout va bien, mon fils, et, s'il plaît à Dieu, je 
n'en aurai que le mal. » M*»e de Maintenon étoit 
au chevet du lit de Sa Majesté. M»ne de Mon- 
tespan vint à la porte de la chambre, et voulut 
entrer avec cet air impérieux qu'une longue do- 



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20 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY 

mination lui avoit fait prendre ; mais Thuissier avoit 
ses ordres : elle n'entra pas, et eut le chagrin cui- 
sant de voir la place prise par une personne plus 
digne de l'occuper; elle s'en retourna à son ap- 
partement, et laissa échapper dans les antichambres 
plusieurs démonstrations d'une douleur immodérée, 
que les courtisans malicieux disoient venir de colère 
et de dépit. 

On ne peut exprimer l'effet que produisit dans 
l'esprit des Parisiens une nouvelle si surprenante; 
chacun sentit dans ce moment combien la vie d'un 
bon roi est précieuse; chacun crut être dans le 
même danger où il étoit; la crainte, l'horreur, la 
pitié, étoient peintes sur tous les visages; les moin- 
dres du peuple quittoient leur travail pour dire 
ou pour redire : « On vient de faire au roi la 
grande opération»; ce mot, auquel onVétoit pas 
accoutumé, effrayoit encore davantage. J'ai ouï 
de mes oreilles un porteur de chaise dire en pleu- 
rant : « On lui a donné vingt coups de bistouri, 
et ce pauvre homme n'a pas sonné mot. — Qu'on 
lui a fait de mal! » disoit un autre; on ne parloit 
d'autres choses dans toutes les rues, et tout Paris 
le sut dans un quart d'heure. Les églises se rem- 
plirent dans un moment, sans qu'il fût besoin que 
les curés s'en mêlassent : on demandoit à Dieu la 
guérison d'un prince qui , après avoir mis le nom 
françois au-dessus de tous les autres noms, étoit 



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LIVRE VII 21 

SUT le point de combler de bonheur une nation 
qu'il avoit déjà comblée de gloire; on demandoit 
à Dieu de prolonger une vie dont les commence- 
mens étoient si grands, et dont la fin, suivant toutes 
les apparences, devoit être si désavantageuse à son 
peuple. Cet empressement si naturel et volontaire 
dura tant qu'on crut le roi en quelque danger. On 
ne pouvoit se lasser de donner des louanges à 
Félix , qui , depuis deux mois, s'étoit exercé à ces 
sortes d'opérations, et l'avoit faite plusieurs fois 
dans les hôpitaux de Paris. 

Son exemple, si peu ordinaire aux gens qui sont 
en place, avoit produit un effet admirable; les 
jeunes gens chirurgiens avoient redoublé leurs ap- 
plications en voyant leur chef travailler de la main 
comme un autre , et ne pas dédaigner la guérison 
des pauvres, aussi bien que celle des plus grands 
seigneurs. Après l'opération il recommanda surtout 
au roi de demeurer en paix, au moins jusqu'à sup- 
puration; mais il n'en fit rien, les devoirs de la 
royauté le pressoient. Il fit appeler ses ministres, 
et voulut tenir le conseil; il ne le fit pourtant pas 
le matin, il souffroit trop; il fallut au moins don- 
ner quelques heures à la nature. Les ministres s'en 
allèrent; mais ils revinrent l'après-dîner , et les 
conseils allèrent depuis leur train ordinaire. Il 
donna le lendemain audience aux ambassadeurs et 
aux ministres des princes étrangers, et leur parla 



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22 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY 

avec une présence d'esprit et une gaieté qui les 
força d'écrire à leur maître ce qu'ils venoient de 
voir et d'admirer. On voyoit pourtant la douleur 
peinte sur son visage; son front étoit presque tou- 
jours en sueur de pure foiblesse, et cependant il 
donnoit ses ordres et se faisoit rendre compte de 
tout. Il mangeoit en public dans son lit et se lais- 
soit voir deux fois par jour aux moindres de ses 
courtisans; il ne témoigna aucune impatience à 
tous les coups de ciseau qu'on lui donna, il disoit 
seulement : « Est-ce fait, Messieurs? achevez, et 
ne me traitez pas en roi; je veux guérir comme si 
j'étois un paysan. » .Quand on le pansoit, il n'y 
entroit que les premiers valets de chambre, le duc 
d'Aumont, premier gentilhomme de la chambre 
en année, M. de La Rochefoucauld, M. de Lou- 
vois dès le commencement, et, sur les fins, M. de 
Seignelay. Une si grande fermeté contribua beau- 
coup à la guérison; la tranquillité de l'esprit 
apaisa le bouillonnement du sang; la fièvre, qui 
accompagne la suppuration, ne Téchauffa pas, et 
les médecins le croyoient hors d'affaire au bout 
de quinze jours, lorsqu'il parut un sac, et il fallut 
faire une nouvelle opération. Elle ne fut pas si 
longue que la première, mais elle fut plus doulou- 
reuse, parce qu'on ne vouloit plus y revenir; on 
alla bien avant [dans la chair vive, et le héros se 
comporta à son ordinaire. 



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LIVRE VII 2i 

Quelques jours après, M. le Duc revint de Fon- 
tainebleau ; il fit au roi les complimens de M. le 
Prince, et lui dit que M. le prince de Conti étoit 
bien fâché de n'oser lui-même témoigner à Sa Ma- 
jesté sa joie; le roi lui dit qu'il pouvoit revenir s'il 
vouloit. Il vint le lendemain de Chantilly, où il étoit 
dans une espèce d'exil, et salua le roi, qui lui dit: 
a Mon cousin, quand on est éloigné on croit mon 
mal plus grand qu'il n'est, mais, dès que l'on me 
voit, on juge aisément que je ne souffre pas beau- 
coup. » Le prince s'humilia , parla peu, ne voulut 
voir personne chez lui, et retourna aussitôt dans 
sa retraite, ne croyant pas que le roi lui eût rendu 
tout à fait ses bonnes grâces; mais, peu de jours 
après, il fut obligé d'aller à Fontainebleau assister 
M. le Prince mourant. Ce grand prince, aussi 
bon courtisan qu'habile général, étoit parti de 
Chantilly, quoique malade, à la première nou- 
velle de la maladie de sa belle-fille la duchesse de 
Bourbon; il l'avoit trouvée dans la petite vérole, 
et, méprisant le mauvais air, il ne l'avoit point 
quittée pendant tout son mal ; il avoit même, mal- 
gré sa foiblesse , empêché le roi d'entrer dans la 
chambre de la malade, et lui avoit dit sur le pas 
de la porte des choses si fortes «t si touchantes 
que le roi s'étoit retiré et étoit parti pour Ver- 
sailles. La princesse avoit été à la dernière extré- 
mité, jusque-là. que Mm« de Montespan la croyoit 



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24 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY 

morte et s'en étoit allée à Paris. Sa jeunesse 
Tavoit sauvée; mais M. le Prince, qui, à son âge, 
infirme comme il étoit, n'étoit plus en état de 
soutenir une pareille fatigue, y succomba; il se vit 
mourir pendant cinq ou six jours, et donna ordre 
à toutes ses affaires domestiques avec une présence 
d'esprit admirable. Il avoit mis sa conscience en 
repos depuis quelques années, et, pour tout dire 
en un mot, il mourut en héros chrétien ; mais, avant 
que de mourir, il écrivit au roi une lettre fort 
belle ', où, protestant de sa fidélité et de son atta- 
chement sincère à la personne de Sa Majesté, 
dans les premières années de sa vie et dans les 
dernières , il avoue que les années du milieu n'ont 
pas été de même, et qu'il a eu besoin de toute la 
clémence du meilleur des rois. Il finit par remer- 
cier le roi du retour de M. le prince de Conti, 
et proteste qu'il meurt content après avoir eu cette 
consolation. 

M. le Duc apporta la lettre au roi, qui dès la 
veille avoit mandé à M. le Prince que, pour 
l'amour de lui, il pardonnoit sincèrement au 
prince de Conti. Le roi régla aussitôt que M. le 
Duc s'appelleroit à l'avenir M. le Prince; mais 



I. Cette lettre a été insérée par Désormeaux dans son 
Histoire du grand Condé, t. IV, p. 498. 



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LIVRE VII 25 

qu'il n'auroit pas les privilèges de premier prince 
du sang, parce que c'est M. le duc de Chartres qui 
les a présentement. Feu M. le Prince avoit eu ces 
privilèges assez longtemps, avant que Monsieur 
eût des enfants, et ils ne se perdent point quand 
une fois on les a eus. M. le duc de Bourbon con* 
serva son nom et s'appela simplement M. le 
Duc. On rendit au corps de M. le Prince les 
mêmes honneurs qu'on avoit rendus en 1646 à 
monsieur son père. M. le prince de Conti, au 
nom du roi, lui donna l'eau bénite; il étoit ac- 
compagné du duc de Chaulnes et escorté par les 
gardes du corps. On fit ensuite un service ma- 
gnifique dans Notre-Dame, où les compagnies 
supérieures assistèrent; mais ce fut aux dépens 
de M. le Prince, le roi ne faisant la dépense des 
services que pour les généraux morts à la tête de 
ses armées. M. le Prince avqit nommé M. de 
La Trémouille et de Ventadour pour l'accom- 
pagner au deuil ; et, M. de Ventadour étant ma- 
lade, il avoit nommé en sa place M. le duc 
de Duras. On l'envoya chercher à Paris ; mais 
il ne s'y trouva point, et sa femme dit franche- 
ment qu'il ne s'y trouveroit pas. Ce mépris mit 
M. le Prince dans une furieuse colère; il ne 
devoit pas s'en étonner. Un bon courtisan, qui 
veut faire son chemin, ne doit point paroître atta- 
ché à messieurs les princes. Ma mère me disoit 

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26 MÉMOIRES DE L*ABBÉ DE CHOISY 

toujours : « Mon fils, il n'y a rien de tel que le 
gros de l'arbre. » 

Je crois qu'il seroit à propos, en finissant cette 
année 1686, d'exposer en peu de paroles l'état 
présent de l'Europe. L'Empereur a poussé les 
Turcs pendant toute la campagne. M. de Lor- 
raine et monsieur l'électeur de Bavière et ses 
généraux ont pris Bude d'assaut ; et, selon les 
apparences, il sera bientôt véritablement roi de 
Hongrie. Le Grand Seigneur a déposé le mufti, qui 
avoit signé le fetfa, ordonnance pour commencer 
la guerre ; il a aussi fait noyer neuf cents de ses 
lévriers au sortir du sermon où le prédicateur lui 
avoit reproché en face qu'au lieu d'aller défendre 
Bude, il s'amusoit à aller tous les jours à la chasse. 
Le roi de Pologne n'a pas réussi dans son grand 
dessein ; il a traversé la Moldavie et la Valachie, 
et a marché jusqu'à quarante lieues d' Andrinople ; 
mais il n'a pu aller jusqu'à Bialogrod : les princes 
de Moldavie et de Valachie lui ont manqué de 
parole, et se sont joints aux Turcs et aux Tartares. 
Les Moscovites n'ont fait aucun acte d'hostilité, 
sous prétexte que la ligue n'avoit pas été ratifiée 
par la Diète de Pologne ; les Cosaques, sujets des 
Moscovites, n'ont osé se déclarer. Voyant d'ail- 
leurs la saison fort avancée, la sécheresse extraor- 
dinaire qui avoit fait tarir toutes les fontaines, 
les fourrages brûlés partout par les Tartares, une 



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LIVRE VII 27 

armée ennemie deux fois plus forte que la sienne, 
il a repris la route de son pays, et a remis son en- 
treprise à une autre année. Le pape avoit donné 
huit cent mille francs, qui ont été perdus. 

Les Vénitiens ont été plus heureux dans la 
Morée, où ils ont pris plusieurs places, entre 
autres Napoli-de-Romanie. Le prince de Turenne, 
fils aîné du duc de Bouillon, s'y est fort bien dis- 
tingué, autant par capacité que par bravoure; 
sa disgrâce lui a beaucoup servi, en lui donnant le 
moyen de se corriger de ses défauts, et de faire 
valoir ses bonnes qualités. 

Il semble que le roi d'Angleterre prenne le 
dessus ; il a cassé le Parlement d!Écosse, parce 
qu'il n'a pas voulu accorder aux catholiques la 
liberté de conscience : il n'a pas laissé de faire 
ouvrir une chapelle publique dans le château 
d'Edimbourg ; mais, ce qui est plus important, il a 
établi à Londres une Chambre ecclésiastique, com- 
posée de l'archevêque de Cantorbéry, du chance- 
lier, du comte de Sunderland, président du Con- 
seil privé, des évêques de Durhametde Rochester, 
et de Herbert, chef de justice du banc du roi; 
il leur donne, par ses lettres patentes, une entière 
autorité sur tous les ecclésiastiques du royaume, de 
quelque dignité qu'ils soient, qui auront fait quelques 
fautes, avec pouvoir de les interdire, de les priver 
de leurs bénéfices, et même de les excommunier. 



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28 MÉMOIRES DE L*ABBÉ DE CHOISY 

lis ont commencé par suspendre de ses fonc- 
tions Tévêque de Londres, dont le roi n'étoît pas 
content; ils ont fait le procès à un ministre 
nommé Johnson, pour avoir tenu des discours sédi- 
tieux; il a été dégradé, dépouillé de ses habits 
ecclésiastiques, fustigé et mis au pilori : le peuple 
murmure; mais il souffre. Le roi d'Anglererre a sur 
pied trente mille hommes qu'il paye tous les mois. 

M. de Louvois mourut en ce temps-là ' d'une 
manière assez brusque. Sa famille fut persuadée 
qu'on l'avoit empoisonné, je n'en crois rien; 
ces manières ne sont point du roi, qui com- 
mençoit depuis plusieurs années à songer à son 
salut : il est vrai qu'il étoit fort mal content de 
son ministre, sa patience avoit été poussée à bout 
en vingt occasions. M. de Ponchartrain, dans le 
désespoir de trouver de l'argent, avoit proposé 
d'ôter à M. de Louvois les postes étrangères qui 
lui valoient deux millions de rente. L'arrêt étoit 
donné et signé, on devoit le vérifier à la Cour des 
aides le lendemain, lorsqu'à minuit, le roi étant 
près de se mettre au lit, M. de Louvois vint tout 
effaré dire à Sa Majesté qu'il étoit perdu s'il lui 
ôtoit les postes dans la conjoncture présente; que 
cela lui ôteroit tout son crédit. On ne sait pas 
qui l'avoit averti. Le roi, qui alloit faire le siège 

I. i6 juillet 1691. 



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LIVRE VII 29 

de Mons, ne vouloit pas, ou n*osa fâcher le minis- 
tre de la guerre, qui faisoit tout mouvoir; il écrivit 
un billet à M. de Pontchartrain qui portoit un 
ordre précis de supprimer Tarrêt; mais il sentit 
vivement Tinsolence du ministre qui se servoit de 
l'occasion. Cela n'étoit rien au prix de deux traités, 
apostilles de la main de M. de Louvois, que Mme de 
Maintenon remit entre les mains du roi ; par Tun 
il faisoit le projet de maltraiter M. de Savoie par 
tant de manières qu'il seroit enfin obligé de se 
déclarer contre la France, ce qui rendoit la paix 
plus difficile, et, par l'autre, il vouloit forcer les 
Suisses à faire la même chose, en manquant à toutes 
les capitulations faites avec eux. M^e de Main- 
tenon avoit eu ces deux traités par d'Augicourt, 
gentilhomme de M. de Louvois^ qui trahissoit son 
maître. On sera bien aise de voir ici la première 
cause de leur haine, qui ne s'est point démentie 
jusqu'à la mort. 

Le roi, après la mort de M"^« de Fontanges, qui 
a été la dernière de ses maîtresses, résolut tout de 
bon de songer à son salut. La reine mourut; il ne 
vouloit point se remarier par tendresse pour son 
peuple; il se voyoit trois petits-fils, et jugeoit 
prudemment que des princes d'un second lit pour- 
roient, dans la suite des temps, causer des guerres 
civiles ; d'autre côté, il ne pouvoit se passer de 
femme. Mn»« de Maintenon, qui avoit eu soin de 



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3o MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY 

Téducation de M. le duc du Maine, lui plaisoit 
fort ; son esprit doux et insinuant lui promettoit 
une conversation agréable et capable de le dé- 
lasser des soins de la royauté ; sa personne étoit 
encore aimable, ses yeux étoient vifs et perçans, et 
son âge la mettoit hors d'état d^avoir des enfans. 
Il s'étoit accoutumé à elle , car dans le commen- 
cement il ne pou voit pas la souffrir; il ne consentit 
à la mettre auprès de M. le duc du Maine qu'à la 
prière et aux importunités de M^^^ de Montespan 
qui connoissoit son esprit et toute sa capacité. 
Elle y avoit été six ans, sans que le roi l'eût vue 
quatre fois; et, quand on amenoit l'enfant au roi, 
elle avoit la prudence de se retirer. La persévérance 
vient à bout de tout, et à tant de répugnance suc- 
céda une passion violente : il résolut de l'épouser 
secrètement, bien déterminé à ne jamais déclarer 
ce mariage. Il en fit un jour la confidence à M. de 
Louvois, comme d'une chose qui n'étoit pas en- 
core résolue, et lui en demanda son avis. Louvois 
n'en avoit jamais eu la moindre idée. <c Ah I Sire» 
s'écria-t-il. Votre Majesté songe-t-elle bien à ce 
qu'elle me dit ? Le plus grand roi du monde, cou- 
vert de gloire, épouser la veuve Scarron ! Voulez- 
vous vous déshonorer? » Il se jeta aussitôt aux 
pieds du roi, fondant en larmes. « Pardonnez-moi, 
Sire, lui dit-il, la liberté que je prends : ôtez-moi 
toutes mes charges ; mettez-moi dans une prison. 



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LIVRE VII 3l 

je ne verrai point une pareille indignité. » Le roi 
lui disoit : « Levez-vous; êtes-vous fou ? » Il se 
leva, et sortit du cabinet sans savoir si ses remon- 
trances avoient opéré; mais le lendemain il crut 
voir, à Tair embarrassé et cérémonieux de M™« de 
Maintenon, que le roi avoit eu la foiblesse de lui 
conter tout; et depuis ce moment il s'aperçut 
qu'elle étoit devenue sa plus mortelle ennemie. Il 
est certain que le mariage secret se fit quelque 
temps après; M. de Louvois n'y fut point appelé. 
M. de Harlay, archevêque de Paris, et le P. de 
La Chaise, en furent les ministres ; Bontemps et le 
chevalier de Forbin servirent de témoins. Il mW- 
riva, trois ans après, une petite bagatelle qui ne 
laissa pas d'être un indice. J'avois présenté un 
livre au roi; je priai Bontemps, qui étoit de mes 
bons amis, d'en présenter un de ma part à M^i^ de 
Maintenon; elle étoit alors malade et ne voyoit 
personne ; il s'acquitta de la commission ; quinze 
jours après, en me contant ce qu'il avoit dit à 
la dame, il se servit de ces termes : a Je suis assuré 
que Votre M... » Il s'arrêta tout court en sentant 
l'indiscrétion, fît un bond, changea de discours. Je 
ne fis pas semblant d'avoir ouï dire les mots sacra- 
mentaux, et ne lui en ai jamais parlé. 

Mais, pour revenir à M. de Louvois, quinze 
jours avant que de mourir, il sentit la foudre prête 
à tomber et le dit à un de ses amis, qui me l'a 



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32 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY 

dit. « Je ne sais, lui dit-il, s'il se contentera de 
m'ôter mes charges, ou s* il me mettra dans une 
prison, tout m'est assez indifférent, quand je ne 
serai plus le maître. » Son ami, qui est M. le Pre- 
mier, tâcha de le rassurer, en le faisant souvenir 
que depuis dix ans il lui avoit dit vingt fois la 
même chose. « Tout est changé, dit M. de Lou- 
vois, nous avons eu cent fois des disputes fort ai- 
gres, je sortois de son cabinet et le laissois fort en 
colère, et le lendemain quand il falloit travailler 
il reprenoit son air gracieux. Or, depuis quinze 
jours il a toujours le front ridé, il a pris son parti 
contre moi, il n'est plus question que des expé- 
diens. » La mort finit tout , et le roi , avec une 
bonne foi sans exemple, n'a point caché la joie qu'il 
en eut. Il soupoit à Marly avec des dames; le 
comte de Marsan étoit derrière Madame et par- 
loit des grandes choses que le roi avoit faites au 
siège de Mons. « Il est vrai, dit le roi, que cette 
année-là me fut heureuse ; je fus défait de trois 
hommes que je ne pouvois plus souffrir : M. de 
Louvois,Seignelay et La Feuillade. » Madame, qui 
est vive, lui dit : « £h I mais, Monsieur, que ne 
vous en défaisîez-vous? » Sa Majesté baissa les 
yeux et regarda son assiette, et M. de Marsan dit 
que souvent les rois souffroient des gens qui ren- 
doient service à l'État : on parla d'autre chose. 
J'ai vu depuis des ministres bien mortifiés de ce 



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LIVRE VII 33 

discours, ne sachant au vrai s'ils étoient dignes 
d'amour ou de haine. 

M. de Louvois montra un jour la présence d'es- 
prit d'un bon courtisan. Le roi avoit fait avec lui 
la liste de ceux qu'il vouloit honorer du bâton de 
maréchal de France; il alla ensuite chez Mme de 
Montespan, qui, en fouillant dans ses poches, y prit 
cette liste, et, n'y voyant pas M. de Vivonne, son 
frère, se mit dans une colère digne d'elle. Le roi, 
qui ne pouvoit pas lui résister en face, lui dit qu'il 
falloitque M. de Louvois eût oublié de l'y mettre. 
« Envoyez-le quérir tout à l'heure », lui dit-elle 
d'un ton impérieux, et le gronda comme il faut. On 
envoya chercher M, de Louvois, et, le roi lui ayant 
dit fort doucement que sans doute il avoit oublié 
Vivonne, ce ministre se chargea du paquet et avoua 
sa faute. On mit Vivonne sur la liste ; la dame fut 
apaisée, et se contenta de reprocher à Louvois sa 
négligence dans une affaire qui la touchoit de 
si près. 

M"^« de Maintenon n'a pas été si pressante; ce 
qui me fait souvenir d'un trait de M. d'Aubigny. 
H jouoit à la bassette, et mettoit sur les cartes des 
monceaux d'or sans compter. Le maréchal de Vi- 
vonne entra dans le lieu où l'on jouoit, et, voyant 
remuer tant d'argent, il vit qu'il sortoit de la 
poche de M. d'Aubigny. « Je me doutois bien, 
dit-il, qu'il n'y avoit que lui qui pouvoit jouer si 

Mémoires de Choisy. II. 5 



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34 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY 

gros jeu. » D'Aubigny l'entendit, et répondit 
brusquement : « C'est que j*ai eu mon bâton en 
argent. » 

Le maréchal de Tessé a été fait maréchal de 
France à peu près de la même manière que M. de 
Vivonne. Le roi travailloit chez M"»® de Mainte- 
non avec M. de Chamillard, et faisoit la liste des 
maréchaux de France qu'il devoit déclarer le len- 
demain. M°»« la duchesse de Bourgogne regardoit 
par-dessus Tépaule, et vit que Tessé n'en étoit 
point : elle sautoit et dansoit, rioit à son ordinaire ; 
elle se mit tout d'un coup à pleurer; le roi en vou- 
lut savoir la raison. <c Ah ! Monsieur, lui dit-elle> 
vous déshonorez celui à qui je dois l'honneur d'être 
à vous, celui qui m'a fait tout ce que je suis. » 

Le roi parut fâché que son secret fût découvert^ 
et de colère déchira la liste. Les maréchaux ne fu- 
rent faits qu'un an après : au lieu de quatre, il y 
en eut dix, afin de donner place à Tessé. 

Le roi est sujet à changer d'avis et de goût^ 
Dans le temps qu'*il aimoit passionnément M^^* de 
La Vallière, il se moquoit avec elle des minaude- 
ries que lui faisoit M»"* de Montespan. « Elle vou- 
droit bien que je l'aimasse », disoit-il en riant. CeU 
étoit vrai; elle l'assiégeoit dans les formes, et fit 
enfin si bien qu«, quand il revenoit de la chasse, . 
il vcnoit se débotter, s'habiller, se poudrer chez 
M'l« de La Vallière; il lui disoit à peine bonjour, et 



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LIVRE VII 



35 



passoit dans Tappartement de M™* de Montespan, 
ou il demeuroit toute la soirée. 

M^'e de Fontanges, belle comme un ange et 
sotte comme un panier, l'ensorcela de même, et le 
traita encore avec plus d'autorité que les autres. 
Elle'... 

I. Le surplus manque. {Édit, Fttitot et Michaud.) 




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LIVRE VIII 



Mémoire sur différentes choses que m'a contées 
l'archevêque d'Aix, dans différens séjours que j'ai 
faits avec lui. 




ANiEL DE CosNAC, évêquc de Va- 
lence ', et depuis archevêque d'Aix, 
étoit cadet d'une bonne maison de 
Limousin; né sans biens, peu d'édu- 
cation de la part de sa famille, et de bonne heure 
sorti de la maison paternelle, pour chercher ailleurs, 
par industrie, ce que sa famille ne pouvoit lui four- 



I. Daniel de Cosnac a laissé d'intéressants et curieux 
MémoireSt qui ont été publiés par un de ses descendants 
pour la Société de l'Histoire de France, a vol. in-8, 18 Sa. 
L'éditeur a publié à la suite de ces Mémoires tout ce livre 
huitième des Mémoires de l*abbé de Choisy, résumé de ses 
conversations avec Daniel de Cosnac. (I.) 



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LIVRE VIII 37 

nir. Peut-être le nomma-t-on monsieur Tabbé parce 
que Tuniforme des habits noirs et du petit collet 
occasionne moins de dépense. Ce titre lui donna 
un extrême désir de le devenir, et l'on ne sauroit 
assez dire avec combien d'esprit et d'adresse il se 
fit une entrée familière chez M. le prince de Conti, 
dans un âge où les jeunes gens assez mal faits sont 
à peine soufferts chez les princes du rang de M. le 
prince de Conti, qui, pour lors, étoit destiné à 
l'état ecclésiastique. Chacun sait comme quoi ce 
prince s'abandonna à la passion éperdue qu'il eut 
pour Mnae de Longueville, sa sœur, qui le mit 
dans le parti du prince de Condé; de sorte que 
l'abbé de Cosnac trouva si bien les expédiens d'ac- 
quérir la familiarité, et depuis la confiance du 
prince de Conti, que, devenu nécessaire au main- 
tien de l'union du prince de Condé, du prii^ce de 
Conti et de M^e de Longueville, il s'attacha si 
fort à leurs intérêts que M. le prince de Conti le 
prit auprès de lui comme un jeune abbé de condi- 
tion qu'il aimoit, et qui s'attachoit à sa personne 
et à sa fortune. Cet abbé, sous une figure assez 
basse, avoit tout l'esprit, toute la hauteur et toute 
l'industrie d'un Gascon qui veut faire valoir les 
qualités qu'il n'a pas, aux dépens de celles qu'il a. 
Il étoit trop mal fait pour se faire une intrigue 
d'amour, dans une cour où cette passion régnoit 
fort. Il se jeta donc tout à fait du côté des af- 



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38 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY 

faires; et, dans un âge où la conduite des négo- 
ciations importantes est pour Tordinaire incompa- 
tible avec la grande jeunesse, il se rendit si nécessaire 
que ce fut lui qui fit à vingt-deux ans la paix de 
Bordeaux. Il en dressa les articles, dont j'ai vu la 
minute écrite de sa main, et signée des princes et 
du duc de Caudale, qui signa pour le roi. Cette 
paix, désirée de la cour et nécessaire à l'État, lui 
fit un grand honneur non seulement dans le parti 
des princes, mais elle le fit connoître particulière- 
ment du cardinal Mazarin, avec lequel il eut diffé- 
rentes conversations, et auprès duquel il fit plu- 
sieurs voyages pour la conclusion de l'importante 
affaire qu'il finit. 

Le prince de Conti avoit une sorte d'esprit in- 
décis, voulant et ne voulant pas, changeant d'avis 
à chaque moment, alternativement dévot et volup- 
tueux, d'une santé médiocre, d'une taille très con- 
trefaite, dont le vrai penchant eût été du côté de 
Dieu, si sa légèreté ne l'eût point souvent, et dans 
un même jour, fait passer d'une extrémité à l'autre. 
L'amour et l'union ne logent pas toujours ni long- 
temps dans les mêmes cœurs. Le prince de Conti 
crut avoir des raisons effectives d'être jaloux de 
M"»« de Longueville. M. de La Rochefoucauld 
avoit trop d'esprit pour être attaché à elle infruc- 
tueusement, autant qu'il le paroissoit. Un voyage 
qu'elle fit auprès du prince de Condé fut peut- 



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LIVRE VIII 39 

être regardé du prince de Conti comme un pré- 
texte de le quitter, qui lui déplut : ainsi, sans se 
détacher tout à fait de la passion qu'il avoit pour 
sa sœur, il chercha dans le commerce qu'il a eu 
avec M*ne de Montlon', et dans quelques autres 
galanteries de Montpellier, de quoi se consoler un 
peu de Tabsence de M^^ de Longueville. 

Guilleragues et l'abbé de Roquette étoient au- 
près de lui. Le premier étoit honnête homme, à 
•cela près que, né Gascon, il vouloit toujours que 
l'on fît cas de sa naissance, dont il importunoit 
impitoyablement tous ceux qu'il trouToit moyen 
•d'en informer. L'abbé de Roquette, depuis évêque 
•d'Âutun, avoit tous les caractères que l'auteur du 
Tartuffe a si parfaitement représentés sur le modèle 
■d'un homme faux. Un soir que le prince de Conti 
•s'étoit masqué malgré l'abbé de Cosnac, qui lui 
avoit représenté que sa santé ne lui permettoit pas 
de veiller, et qui, voyant que cette première rai- 
son n'avoit rien gagné, s'étoit enhardi à lui dire 
-que, de la taille dont il étoit, il étoit impossible 
■qu'il se masquât sans être connu ; un jour, dis-je, 
que ce prince s'étoit masqué, l'abbé de Roquette 
«ntra dans sa chambre comme il étoit près d'en 



I , Daniel de Cosnac ne cite pas cette dame. Il ne nomme 
<iue M"»* de Calvimont et M"® Rochette, plus tard M"*« de 
Calvières. (I.) 



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40 MEMOIRES DE L ABBE DE CHOISY 

sortir avec ceux qu'il avoit mis de la partie; et 
Tabbé de Roquette, s'adressant au prince de Conti^ 
comme s*il eût cru parler à M. de Vardes : a Mon- 
sieur, lui dit-il, montrez-moi Son Altesse », et 
puis se retirant du côté de Tabbé de Cosnac : 
a Monsieur, continua-t-il, dites-moi lequel de ces- 
masques est Monseigneur. » Enfin ce faux courti- 
san fit tant de pantalonnades, et affecta tant de 
fausses souplesses de fade courtisan, pour faire voir 
au prince de Conti qu'il étoit bien masqué, que 
Tabbé de Cosnac impatient lui dit assez haut pouF 
que M. le prince de Conti l'entendît : « AUez^ 
Monsieur de Roquette, vous devriez mourir de 
honte; et quand Son Altesse fait une mascarade 
pour se divertir, elle sait bien que la taille de M. de 
Vardes et la sienne sont différentes. » Ce discours, 
dit d'un ton ferme, surprit le prince de Conti, qui 
se démasqua; et, soit qu'il fit quelque impression 
sur son esprit, ou qu'il trouvât qu'il est effective- 
ment ridicule qu^un homme très bossu puisse être 
pris en masque pour un homme de belle taille, il 
sortit, et demi-heure après revint se coucher. Le 
discours de l'abbé de Cosnac pensa diviser sa mai- 
son, et ce fut la source de la haine que M. d'Au- 
tun et lui ont depuis conservée l'un pour l'autre, et 
qui fit faire à Guilleragues, ami de l'abbé de Cos- 
nac, les Mémoires sur lesquels Molière a fait depuis, 
la comédie du Faux Dévot. 



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LIVRE VIII 41 

La cour du prince de Conti n'étoit pas une cour 
assez vaste pour contenir les idées de Tabbé de 
Cosnac; et, quoiqu'il fût premier gentilhomme de 
la chambre et en quelque manière son favori, cet 
abbé entretenoit un commerce avec le cardinal de 
Mazarin, dont il fit le fondement du mariage qui 
fut conclu quelques années après entre le prince 
de Conti et la nièce du cardinal. Il espéroit, pour 
fruit de ce mariage, l'importante abbaye de Cluny, 
dont le prince de Conti, qui ne pouvoit plus la 
tenir en se mariant, lui offrit la démission ; mais le 
cardinal fit si bien qu'il empêcha l'abbé d'avoir 
ce grand bénéfice, bien qu'il lui eût la principale 
obligation du mariage de sa nièce avec un prince 
du sang. 

Cette nouvelle augmentation d'éclat, jointe à 
l'autorité presque souveraine que le cardinal avoit 
en tout pendant la minorité du roi, et qu*il con- 
serva despotique jusqu'à sa mort, mit en tête à 
M. le prince de Conti que son rang et la faveur 
de l'oncle de sa femme lui dévoient déférer le 
commandement de l'armée de Catalogne ; et, quoi- 
qu'il n'eût jamais servi (les enfans des rois, comme 
ceux des dieux, naissent instruits de tout), ce com- 
mandement lui fut donné. 

La fureur des François sur la réputation de se 
battre en duel avoit passé, depuis le règne de 
François I^r, au point que, par une frénésie dont la 



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42 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY 

rage n'a pu s'éteindre que sous le règne de Louis 
le Grand, personne n'osoit porter une épée sans 
avoir donné quelques preuves de la savoir garder. 
Il ne sufiisoit pas qu'un homme fût brave à la 
guerre, l'on vouloit qu'il eût fait quelque combat 
particulier et éclatant. Le prince de Conti, né 
vaillant, comme le sont tous les Bourbons, se mit 
en tête que son rang et son âge, qu'il avoit jus- 
qu'alors passé dans Tétat ecclésiastique, ne le dé- 
voient pas dispenser de l'obligation où il crojoit 
être de s'acquérir de l'estime et de travailler à sa 
réputation. L'état militaire, dans lequel il entroit, 
le soUicitoit de se mesurer avec quelqu'un digne 
de lui, avant que de paroître à la tête des armées; 
et, par une fantaisie qui n'a peut-être jamais eu 
d'exemple, ce prince, qui n'avoit aucun ennemi, 
qui n'avoit offensé personne et que personne n'a- 
voit offensé, se mit en tête de faire un combat; et^ 
agité du désir de se battre en duel, sans savoir 
contre qui, partit en litière de Montpellier, pour 
se rendre à la cour, incertain de son adversaire, 
inquiet d'en trouver un digne de lui, et tellement 
résolu de s'acquérir de l'estime par un duel qu'ait 
soir, couchant à Bagnols, où il séjourna pour 
quelque indisposition, il ne put s'empêcher de 
faire confidence à l'abbé de Cosnac de cette 
étrange vision, dont il étoit tourmenté, et lui 
avoua qu'il avoit jeté les yeux sur le duc d'York, 



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LIVRE VIII 45 

<iepuis roi d'Angleterre, auquel en arrivant à la 
-cour il vouloit faire une querelle, uniquement 
parce qu'il étoit prince comme lui et qu'il avoit la 
réputation d'être brave. Cette chimère s'augmenta 
-peut-être par l'ennui du voyage de la litière. L'es- 
prit d'un homme, naturellement bercé de ses hu- 
meurs, l'est encore par le triste branlement de 
cette voiture ; et tout cela fit, comme vous allez 
le voir, le commencement de la fortune de Vil- 
lars. 

Villars venoit de perdre le duc de Nemours, 
auprès duquel il étoit en qualité de gentilhomme. 
Il l'avoit servi dans le fameux duel qu'il fit contre 
le duc de Beaufort, qui le tua : Villars s'étoit 
acquis beaucoup d'estime dans ce combat; et, 
comme en perdant son maître il perdoit le princi- 
pal espoir de sa fortune, il se retira avec sa femme 
auprès de l'archevêque de Vienne, son frère. Il 
•étoit à Vienne quand le prince de Contî y passa 
et eut l'honneur de lui faire la révérence. La bonne 
mine de Villars, la présence d'un vaillant homme, 
<]ui venoit récemment de faire un combat éclatant, 
l'idée de se servir du même homme dans la que- 
relle qu'il avoit déterminé de faire au duc d'York, 
tout cela séduisit le prince de Conti. Les princes 
veulent plus ardemment que les autres hommes ce 
qu'ils désirent, parce qu'ils sont moins contrariés. 
Dès le soir, quand il fut couché, il ordonna à 



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44 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY 

Tabbé de Cosnac de rester auprès de lui, et dès 
qu'ils furent seuls : « Monsieur l'abbé, lui dit le 
prince de Conti, j*ai trouvé l'homnie qu'il me faut 
pour me servir dans le dessein dont je vous ai 
parlé. Je veux attacher Villars à mon service; di- 
tes-lui qu'il me suive, et que je lui donnerai les 
moyens de se consoler de la perte qu'il a faite du 
duc de Nemours. » L'abbé de Cosnac obéit, et 
Villars se rendit à Paris quelques jours après 
le prince de Conti. Ce prince étoit tellement 
pressé de l'idée de Villars, qu'il regardoit comme 
celui qui le -serviroit dans l'issue du grand desseia 
qu'il avoit projeté, que, dès Montargis, il proposa à 
l'abbé de Cosnac d'accommoder Villars de la charge 
de premier gentilhomme de sa chambre. L'abbé 
de Cosnac fit si bien qu'il refusa de quitter sa 
charge. Le duc d'York, qui servoit sur la fron- 
tière, et qui ne revint pas sitôt à la cour, n'a ja- 
mais eu connoissance de ce dessein bizarre, qui 
s'effaça peu à peu. 

Dans ce temps-là l'évêché de Valence vaqua. 
L'abbé de Cosnac avoit fait quelques sermons en 
présence de la reine, et y avoit réussi; il étoit de 
son jeu et de celui du cardinal; il pria le prince de 
Conti de demander cet évêché. 

L'abbé de Roquette n'osoit paroître son ennemi, 
mais il avoii soulevé contre lui la cabale de M, de 
Vardes, de M. de Villars et des principaux dômes- 



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LIVRE Vin 4$ 

tiques de la maison, de sorte qu'à la première 
proposition que l'abbé de Cosnac fit à M. le 
prince de Conti de demander cet évêché pour lui, 
le prince de Conti lui parut fort peu empressé. 
«Quoi! Monseigneur, lui dit Tabbé de Cosnac, à 
moi, de vos secrets le dépositaire, vous répondez 
froidement? Ah! Monseigneur, continua-t-il, pre* 
nez garde que Ton ne découvre que vous m'avez 
incertainement répondu dans une occasion où il 
s'agit de l'établissement du principal domestique de 
votre maison. » Et, sans lui donner le loisir de ré- 
pliquer, il sortit et passa dans l'appartement de 
M»« la princesse de Conti, qui n'étoit pas éveillée. 
« Qu'on l'éveille, dit l'abbé, il s'agit de son hon- 
neur, et je veux lui parler. » Il fit tant de bruit que 
ses femmes ouvrirent. Cette princesse aimable s'é- 
veilla. <f Levez-vous, dit l'abbé, il s'agit de sauver 
l'honneur de M. le prince de Conti, le vôtre et celui 
de sa maison. L'évêché de Valence est vacant, je 
viens de prier Son Altesse de le demander pour 
moi. Mais levez-vous, Madame, les momens sont 
chers. Monsieur votre oncle ne vous refusera pas 
s'il sait que vous savez vous faire éveiller, vous 
lever en robe de chambre et ne pas hésiter à servir 
noblement vos créatures. — Mais, Monsieur, lui 
dit Mrae la princesse de Conti, donnez-moi le loi- 
sir de parler à monsieur mon mari. — Je m'en 
garderai bien, lui dit l'abbé; il s'agit de vous lever 



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46 MÉMOIRES DE l'^ABBE DE CHOISY 

et de passer chez monsieur le cardinal. » Il la 
pressa tant que, sans lui vouloir donner le temps 
de parler à M. le prince deConii, cette princesse 
prit uniquement sa robe de chambre et s'en alla 
demander Tévêché de Valence au cardinal. 

Le Mazarin n'étoit pas un homme qui donnât 
aisément; cependant cette princesse obtint de 
son oncle qu'il nommeroit l'abbé à un évéché qui 
Yaquoit, de moindre valeur que Valence. Cette 
princesse toute gracieuse revint à son apparte- 
ment; l'abbé Vy attendoit. « Nous avons à peu 
près votre affaire, lui dit-elle, mais ce n'est .pas de 
Valence dont il est question. » Et tout de suite 
elle lui conta ce que le cardinal lui avoit promis. 
« Comment, Madame, lui répliqua-t-il, vous re- 
venez contente et n'avez rien obtenu? Ce n'est 
plus mon affaire, c'est la vôtre ; je vous déclare 
que c'est l'évêché de Valence dont il est question, 
et, dès que Votre Altesse sera habillée, elle re- 
tournera achever ce qu'elle a commencé. » En effet, 
quelques jours après, l'abbé de Cosnac prêcha de- 
vant la reine; toute la cour y étoit; et, comme il 
descendoit de la chaire, le cardinal s'avança et lui 
dit : « Monsieur, vous nommer évêque de Valence 
au sortir d'un aussi beau sermon que celui que 
vous venez de faire, cela s'appelle recevoir le 
bâton de maréchal de France sur la brèche ; re- 
merciez le roi de cet important bénéfice. » Il n'eut 



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LIVRE VIII 4y 

pas sitôt fait ses remerciemens qu'il alla chez 
M. de Paris, a Le roi, lui dit-il, Monseigneur, 
m'a fait évêque, mais il s'agit de me faire prêtre. 
— Quand il vous plaira, répondit M. de Paris. — 
Ce n'est pas là tout, lui répliqua M. de Valence, 
c'est que je vous supplie de me faire diacre. — 
Volontiers, lui dit M. de Paris. — Vous n'en serez 
pas quitte pour ces deux grâces, Monseigneur, 
interrompit M. de Valence, car, outre la prêtrise 
et le diaconat, je vous demande encore le sous- 
diaconat. — Au nom de Dieu, reprit brusquement 
M. de Paris, dépêchez-vous de m'assurer que 
vous êtes tonsuré, de peur que vous ne remontiez 
dans cette disette des sacremens jusqu'à la néces- 
sité du baptême. » 

Cette grâce de l'évêché de Valence répandue 
dans la maison de M. le prince de Conti excita 
bien des envieux. Vardes et Villars ne perdoient 
aucune occasion de lui nuire; mais, à vrai dire, 
l'évêque de Valence avoit plus d'esprit qu'eux 
tous. Un soir que M. le prince de Conti étoit au 
cours etn'avoit avec lui dans son carrosse que l'é- 
vêque de Valence, le comte de Lude et Vardes 
passèrent au galop venant de courre un cerf. M. le 
prince de Conti fit appeler ce dernier, auquel il 
dit de venir le soir chez l'abbé de La Rivière qui . 
lui donnoit à souper. Vardes s'en excusa sur la fa- 
tigue de La. chasse qu'il afoit faite et demanda à 



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48 MÉMOIRES DE L*ABBÉ DE CHOISY 

M. le prince de Conti la permission de se retirer, 
rassurant qu'il alloit descendre chez un baigneur 
pour ne voir personne. Quand l*heure du souper 
fut arrivée, le prince de Conti passa chez Tabbé 
de La Rivière; et, après lui avoir dit qu'il se trou- 
voit mal et que M™« la princesse de Conti s'étoit 
fait saigner ce jour-là, il se retira, sans souper, à 
l'hôtel de Conti. La première chose que ce prince, 
suivi de Tévêque de Valence, trouva en entrant 
dans la chambre de la princesse deCpnii, laquelle 
étoit effectivement au lit, entourée de ses femmes, 
ce fut Vardes, paré comme un homme qui veut 
plaire, vêtu magnifiquement, et la tète, qu'il 
avoit belle, bouclée et poudrée avec plus de soin 
qu'il ne convient, quand dpux heures auparavant 
l'on étoit fatigué d'avoir couru le cerf. Le prince 
de Conti le regarda et ne dit mot, congédia sa 
cour et se retira. Quelques jours après, ce prince 
alla passer une semaine à Chilly pour prendre l'air 
dans cette belle maison du marquis d'Effiat. L'évê- 
que de Valence étoit bien résolu de noyer M. de 
Vardes s'il en Irouvoit l'occasion, et M. de Var- 
des s'étoit souvent déclaré qu'il ne perdroit pas 
celle de lui marquer qu'il n'étoit point de ses 
amis. Mnae |a princesse de Conti étoit restée à Pa- 
.ris. M. le prince de Conti n'étoit pas capable d'a- 
voir longtemps quelque chose sur le cœur sans 
que ceux qui avoient l'honneur de l'approcher 



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LIVRE VIII 49 

Ven aperçussent; et l'évêque de Valence l'avoit 
si parfaitement étudié qu'il le connoissoit à mer- 
veille. Un jour que ce prince se promenoit le long du 
canal de Chilly, après avoir longtemps rêvé, voyant 
qu'il étoit seul avec Tévêque de Valence : « Mon- 
sieur de Valence, lui dit M. le prince de Conti, par- 
lez-moi comme vous faisiez du temps que vous 
étiez Tabbé de Cosnac ; que vous semble de Var- 
des? — Que c'est l'homme de France le mieux fait 
et le plus aimable, reprit M. de Valence; mais à 
quel propos Votre Altesse me fait-elle cette ques- 
tion? — pour rien, reprit le prince de Conti; mais 
je ne vous cacherai pas que l'affectation de se pa- 
rer comme il fit dernièrement chez la princesse de 
Conti, après m'avoir assuré qu'il alloit se retirer, 
m'a frappé. Je connois l'innocence et la vertu de 
ma femme ; mais croyez-vous que Vardes fût assez 
insolent pour oser jeter les yeux tendrement sur 
^lle? » C'étoit une belle occasion à l'évêque de 
Valence de nuire à M. de Vardes ; mais il ne crut 
pas que la matière fût encore assez préparée. Il 
parla cette fois de Vardes comme d'un homme 
trop sage pour s'élever à une telle pensée; il 
l'excusa même sur les soupçons dont le prince de 
Conti venoit de lui faire confidence et demeura 
ferme à l'assurer qu'il n'avoit jamais rien connu 
dans M. de Vardes qui lui laissât la moindre idée 
qu'il eût jamais regardé que très respectueusement 
Mémoires de Choisy. II. 7 



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5o MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY 

Mnae la princesse de Conti. Trois jours après cette 
première conversation, le prince de Conti, se pro- 
menant dans son carrosse tête à tête avec M. de 
Valence, fît l*éloge de la princesse, sa femme. «A 
cela près, dit-il, qu'avec toute la vertu et toute la 
modestie désirables, elle a, comme toutes les au- 
tres femmes, la vanité de plaire. Et que sais-je, 
ajouta-t-il, si elle éviteroit celle d*être aimée? — 
Monseigneur, répliqua Tévêque^de Valence, cher- 
cher une femme qui ne souffre pas d'être aimée, 
c'est désirer un cygne noir. » Sur cela M. le prince 
de Conti lui reparla de Vardes; et pour lors, après 
lui avoir laissé mitonner le poison dont il vojoit que 
ce prince étoit attaqué : « Je n'ai rien vu, reprit Té- 
vêque de Valence, qui me puisse faire croire que 
M. de Vardes se fût oublié au point d'élever ses 
regards jusqu'à M^e la princesse de Conti; mais 
Votre Altesse me fait souvenir d'un rien que j'ai 
remarqué il y a quelques jours. Elle jouoit à la 
prime, et fîloit, sur un flux qu'elle désiroit, un as 
qui ne pouvoit être, à la disposition du jeu, qu'un 
as de cœur ou un as de carreau; c'étoit celui de 
cœur qui étoit nécessaire. Vardes, qui voyoit son 
jeu, lui dit assez haut : « J'espère que ce sera un 
cœur » ; et puis en s'approchant plus près de soft 
oreille, comme pour mieux voir la carte, il conti- 
nua d'un ton plus que demi>bas : « J'en connois- 
un, Madame, qui ne vous manquera jamais, » Ce 



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LIVRE VIII 5l 

discours de Tévêque de Valence fut un coup de 
poignard qui fît son effet. Le prince de Conti se 
trouva mal le soir; et, depuis ce moment, sans en 
rien témoigner à M^^ la princesse de Conti, Var- 
des s'aperçut si bien qu'il étoit mal avec le prince 
de Conti que, sans jamais en avoir su la raison, il 
ne songea plus à faire sa fortune par lui et se re- 
tira tout à fait de rattachement qu'il avoit eu pour 
la princesse de Conti. 

Le duc de Caudale étoit ami de M. de Vardes 
et ne pouvoit souffrir Tévêque de Valence. Villars 
le haïssoit; Tabbé de Roquette, et toute la cabale 
opposée à sa faveur essayoit de le perdre. L'évé^ 
que de Valence s'en aperçut; il étoit du jeu de la 
reine, et avoit conservé assez.de familiarité avec le 
cardinal, du jeu duquel il étoit aussi. M. le prince 
de Conti avoit pour intendant de sa maison un 
nommé de Pile qui passoit pour honnête homme, 
et dont ce prince, pour quelque mécontentement, 
voulut se défaire. L'évêque de Valence entreprit 
de le soutenir, et en parla au prince de Conti. 
a Monseigneur, lui dit M. de Valence, si Votre 
Altesse se défait de cet honnête homme-là, les 
honnêtes gens ne doivent plus espérer de salut 
chez vous. » Ce discours déplut au prince de 
Conti. L'évêque de Valence répondit peut-être 
avec plus de fermeté qu'il ne convient de parler à 
son maître. Enfin M. de Valence lui mit, comme 



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52 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY 

Ton dit, le marché à la main, et lui offrit de se re- 
tirer. Le prince de Conti, blessé de ce discours, 1< 
prit au mot, et, quelques jours après, la division 
augmenta au point que Tévêque de Valence exigea 
absolument de M. de Pile qu'ils prendroient congé 
pour sortir de la maison le même jour; de sorte 
que de Pile ayant rendu ses comptes, et Tévêque 
de Valence ayant la dernière fois fait ses fonctions 
de premier gentilhomme de la chambre, dès qu'il 
eut donné la chemise à M. le prince de Conti, au 
lever duquel il y avoit beaucoup de gens, cet 
évéque prit la parole, demanda pardon à Son Al- 
tesse d'avoir peut-être eu le malheur de ne l'avoir 
pas toujours aussi bien servi qu'il l'avoit désiré, le 
remercia des grâces qu'il avoit reçues, et pour finir 
son discours par une espèce de turlupinade : « Mon- 
seigneur, lui dit-il en prenant M. de Pile par une 
main et en tenant sa croix d'évêque de l'autre, cet 
homme a bien conduit vos finances, il a le malheur 
comme moi de sortir de votre maison ; aussi lais- 
sons-nous votre maison sans croix ni piU, » Cette 
Hberté de langue ne plut pas à M. le prince de 
Conti, qui ne laissa pas de sourire^ et donna dans 
ce moment l'emploi de premier gentilhomme à 
Villars, qui n'a jamais su peut-être que la fantaisie 
d'un duel imaginaire, dont it n'a de sa vie entendu 
parler, avoit fait le fondement de sa fortune. 
Le roi commençoit à devenir grand, et Mon- 



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LIVRE VIII 53 

sieur étoit la plus jolie créature de France. On 
parloit de faire sa maison. Le cardinal vouloit 
faire argent de tout; il savoit que Pévêque de Va- 
lence en avoit; il lui fit proposer de Taccommoder 
de la charge de premier aumônier de Monsieur : 
cette charge ne lui convenoit qu'en ce que c'étoit 
une certitude de n'aller guère à son diocèse, et de 
demeurer à la cour. La reine lui fît cette propo* 
sition comme chose qu'elle souhaitoit; et, l'ayant 
fait appeler dans son cabinet au sortir de son jeu, 
elle lui dit obligeamment qu'elle eût été ravie 
de l'attacher auprès de Monsieur. « Votre Ma»* 
jeslé me fait trop d'honneur, Madame, lui 
dit-il; mais la cour des princes, qui ne sont pas 
rois, est trop orageuse. J'en viens d'essuyer les 
bourrasques chez M. le prince de Conti ; et, si Votre 
Majesté me laisse le maître de décider, je voudrois 
être au roi, ou demeurer comme je suis. » La reine 
ne prit pas cette réponse comme un refus; elle le 
congédia, en l'exhortant d'y songer. Son parti de 
ne point entrer dans la maison de Monsieur étoit 
pris, quand il survint entre le roi et Monsieur, son 
frère, un petit démêlé d'enfans qui se disputent 
quelque chose. Le roi voulut prendre un poêlon 
de bouillie, Monsieur en tenoit le manche; et, 
avant que les gouverneurs eussent fait finir ce 
tiraillement, Monsieur fit mine d'en vouloir frapper 
le roi. La reine, avertie, vint faire fouetter Mon- 



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54 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY 

sieur; et Téclat que cela fit détermina Tévêque de 
Valence à aller trouver le cardinal. « Monsei- 
gneur, lui dit-il, j*ai songé à ce que Votre Émi- 
nence m*a fait Thonneur de me faire proposer; je 
craignois que Monsieur ne fût qu'un joli prince; 
mais je vois qu'il y a en lui de quoi faire un 
homme, et de tout mon cœur j'entrerai à son ser- 
vice. » Ce marché fut conclu, et, dès qu'on fit la 
maison de Monsieur, l'évêque de Valence fut 
nommé son premier aumônier. 

Quoique la guerre fût vive pendant l'été, la 
magnificence, le jeu, l'amour et les intrigues re- 
naissoient l'hiver. Le duc de Caudale avoit fait 
une campagne assez malheureuse en Catalogne 
et revenoit à la cour. L'évêque de Valence étoit 
dans son diocèse, prêt à revenir pareillement. Le 
duc de Caudale et lui étoient mal ensemble dès le 
temps que de Vardes se détacha de M. le prince 
de Conti. Le chemin du duc de Caudale étoit de 
passer indispensablement à Valence ; il envoya un 
gentilhomme à l'avance faire un compliment à 
Tévêque, et lui demander à souper, a Volontiers, 
répondit l'évêque , je vous supplie même de lui 
dire que j'espère qu'il viendra coucher céans, à la 
charge que nous ne parlerons pas du passé. » Le 
duc de Caudale fut reçu de monsieur l'évêque de 
Valence comme si c'eût été le roi qui l'eût ho- 
noré d'une visite. Les vrais Gascons deviennent 



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LIVRE VIII 55 

çlus grands à proportion qu'ils trouvent des gens 
plus Gascons qu'eux. Le duc de Caudale étoit 
suivi de quantité d'officiers de l'armée, et de beau- 
coup de gentilshommes de ses gouvernemens de 
Guienne et d'Auvergne, qui le conduisoient jusqu'à 
Lyon. Il fut charmé de la réception et de la bonne 
chère qu'on lui fit. Le soir, avant que de se retirer 
tout à fait, ils s'éclaircirent de plusieurs choses, et 
se couchèrent après assez tard. Cependant, comme 
le duc de Candale déjeunoit le lendemain matin 
f>our partir, la vanité de se voir suivi de tant de 
noblesse fit qu'un moment avant que de monter à 
«cheval, il dit d'un ton assez haut, en embrassant 
M. de Valence : «Au moins, Monsieur, permettez- 
moi, devant tous ces messieurs, de marquer publi- 
^juement que notre réconciliation est sincère. Je 
vous fais devant eux mille excuses des mauvais 
offices que je vous ai rendus auprès de M. le 
prince de Conti, j'en suis repentant et je vous prie 
-de me pardonner. — Monsieur, reprit l'évêque 
^e Valence d'un ton encore plus haut, ne vous 
repentez point, je vous en prie, car je vous pro- 
mets publiquement, devant tous ces messieurs, que, 
51 vous m'avez rendu de mauvais offices auprès de 
M. le prince de Conti, je vous les ai bien amplement 
rendus auprès de monsieur le cardinal. » 

Quelques années après l'on commença de parler 
àe la paix. Elle étoit nécessaire à l'État ; la reine 



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56 MÉMOIRES DE L*ABBÉ DE CHOISY 

la vouloit; elle fut conclue^ et Ton fit le voyagé 
de Saint-Jean-de-Luz, où le mariage du roi s'a- 
cheva. Le cardinal, que Tévêque de Valence ré- 
jouissoit,ravoit mis de son jeu pendant le voyage. 
Un jour que monsieur Tévêque d'Orléans, Tabbé 
Le Camus, depuis cardinal, Tabbé de Bonzi, pa- 
reillement depuis cardinal, quelques autres aumô- 
niers du roi et Tévêque de Valence, se prome- 
noient avec liberté le long de la mer, quelqu'un 
d'eux, mécontent du cardinal, en dit mille maux : 
Tévêque de Valence ne l'épargna pas, et l'abbé 
de Bonzi en parut très mécontent; chacun s'en 
plaignit. Ces messieurs s'échaufToient à en dire du 
mal, quand tout d'un coup l'évêque de Valence 
cessa, prit son chapeau, ses gants, et son man- 
teau, que la liberté de la promenade lui avoit fait 
quitter, et leur dit : « Mes,sieurs, je vous donne 
le bonsoir, je me retire, et vais conter à monsieur 
le cardinal tout ce que j'en ai dit, et tout ce que 
vous en avez dit : car j'aime encore mieux, pour 
vous et pour moi, qu'il en soit informé par mes- 
soins que par ceux de l'abbé de Bonzi, qui ne 
manqueroit pas de lui en rendre compte. » 

Le roi fut marié en 1660, et Monsieur le fut 
l'année d'après. Jamais la France n'a vu une 
princesse plus aimable que Henriette d'Angle- 
terre, que Monsieur épousa. Elle avoit les yeux 
noirs, vifs et pleins du feu contagieux que les 



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LIVRE VIII 57 

hommes ne sauroient fixement observer sans en 
ressentir l'effet ; ses yeux paroissoient eux-mêmes 
atteints du désir de plaire à ceux qui les regar- 
doient. Jamais princesse ne fut si touchante, ni 
n'eut autant qu'elle l'air de vouloir bien que l'on 
fût charmé du plaisir de la voir. Toute sa personne 
étoit ornée de charmes, l'on s'intéressoit à elle, et 
on l'aimoit sans penser que l'on pût faire autre- 
ment. Quand quelqu'un la regardoit, et qu'elle 
s'en apercevoit, il n'étoit plus possible de ne pas 
croire que ce fût à celui qui la voyoit qu'elle vou- 
loit uniquement plaire. Elle avoit tout l'esprit 
qu'il faut pour être charmante, et tout celui qu'il 
faut pour les affaires importantes, si les conjonc- 
tures de le faire valoir se fussent présentées, et 
qu'il eût été question pour lors à la cour d'autre 
chose que de plaire. Le roi étoit aimable, jeune, 
galant, magnifique; le goût de Monsieur n'étoit 
pas tout à fait tourné du côté des femmes, parmi 
lesquelles rien ne paroissoit plus digne d'être aimé 
que Madame. Peut-être eût-elle voulu l'être du 
roi, dont les regards, les soins, l'attention, le goût 
et la tendresse se tournèrent entièrement du côté 
de Mïl« de La Vallière. L'inclination avoit formé 
cette union, et deux personnes nées pour s'aimer 
véritablement ne se sont jamais aimées de meil- 
leure foi ni plus tendrement. 

Le chevalier de Lorraine, fait comme on peint 

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58 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY 

les anges, se donna à Monsieur, et devint bientôt 
favori, maître, disposant des grâces, et plus absolu 
chez Monsieur qu'il n'est permis de l'être quand 
on ne veut pas passer pour le maître ou la maî- 
tresse de la maison. Madame parla avec horreur 
et douleur de ce désordre, dont elle se plaignit 
d'abord à M^^ de Saint-Chaumont, intime amie 
de l'évêque de Valence, qui, de son côté, ne pou- 
voit souffrir le chevalier de Lorraine. Ce conseil 
résolut que Madame entretiendroit le roi de ses 
malheurs. Je ne sais si le roi parla durement à 
Monsieur, mais Monsieur bouda quelques jours, 
et, sous des prétextes imaginaires de jalousie, dont 
Madame ne lui donnoit aucun sujet effectif, il 
feignit de vouloir aller passer quelques semaines à 
Villers-Cotterets et y conduisit Madame. Il y étoit 
quand la mort du prince de Conti arriva. Ce prince 
laissoit par sa mort le gouvernement de Languedoc. 
Monsieur voulut le demander, et crut que l'évêque 
de Valence étoit plus capable qu'aucun homme de 
sa maison de presser le roi sur la demande qu'il 
lui ordonna de faire, de sa part, de ce gouverne- 
ment pour lui ; de sorte qu'il le chargea d'une 
lettre qu'il écrivoit au roi son frère, et il le fit 
partir de Villers-Cotterets pour se rendre à Saint- 
Germain, où la cour étoit alors. L'évêque de Va- 
lence demanda au roi une audience de la part de 
Monsieur, qui lui fut accordée sur-le-champ, a De 



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LIVRE Vin $9 

quoi est-il question, Monsieur? lui dit le roi. Mon 
frère boude-t-il encore sans savoir pourquoi, ou ne 
s'est-il éloigné de moi que pour être moins gêné? 

— J*ai ordre, Sire, répondit monsieur Tévêque de 
Valence, de remettre à Votre Majesté une lettre 
dont Monsieur m*a chargé, et de prendre en même 
temps la liberté de lui représenter qu'ayant l'hon- 
neur d'être son frère unique, il a lieu d'espérer 
que vous ne lui refuserez pas le gouvernement de 
Languedoc. — Le gouvernement de Languedoc ! 
s'écria le roi. Je croyois que tous les gouverne- 
mens particuliers des provinces étoient au-dessous 
de mon frère. » En prenant la lettre, le roi acheva 
de la lire; après quoi, regardant l'évêque de Va- 
lence : « Est-ce là tout, Monsieur? lui dit le roi. 

— Oserai-je, Sire, répliqua M. de Valence, pren- 
dre la liberté de représenter respectueusement à 
Votre Majesté la juste douleur que Monsieur 
recevra, si Votre Majesté le refuse? et, puisque 
Votre Majesté m'a fait l'honneur de me demander 
déjà si Monsieur boude encore, il semble par là 
que Votre Majesté croit qu'il en a quelque sujet, 
bien ou mal fondé. Il n'y a personne. Sire, qui 
puisse ni doive entrer dans le sacré détail de ce 
qui se passe entre vous deux; mais enfin. Monsieur 
est votre frère, il vous demande avec empresse- 
ment le gouvernement de Languedoc, et Votre 
Majesté s'est aperçue qu'il n'est pas content. — 



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6o MEMOIRES DE L ABBE DE CHOISY 

Monsieur, lui dit le roi, je vous ferai donner la 
réponse que je vais faire à mon frère dans demi- 
heure; dites-lui que les princes du sang ne sont 
jamais bien en France ailleurs qu'à la cour; et qu*à 
l'égard du gouvernement de Languedoc, je le prie 
de se souvenir que nous sommes convenus, lui et 
moi, qu'il n'auroit jamais de gouvernement. » En 
achevant ce mot, le roi ouvrit lui-même la porte 
de son cabinet et congédia M. de Valence, auquel 
il fit remettre, demi-heure après, la réponse qu'il 
fit à Monsieur, qui, de son côté, après avoir encore 
boudé quelques jours, revint à la cour, où le roi 
le combla d'amitiés, de présens et de manières 
charmantes. 

Cependant Madame ne pouvoit pardonner à 
Mlle de La Vallière d'avoir su si parfaitement se 
faire aimer du roi. Je ne sais si elle eût plutôt par- 
donné à une autre maîtresse. Elle essaya de lui 
donner Mm« de Monaco. Les hommes ne croient 
pas toujours que c'est une infidélité que de pro- 
fiter des conjonctures que Tamour-propre, le plaisir 
ou la vanité peuvent offrir. Le roi avoit agacé 
M»ne de Monaco, et M*»® de- Monaco ne s'étoit 
pas éloignée de ce jargon auquel elle eût bien 
voulu prêter l'oreille. M. de Lauzun l'aimoit de- 
puis longtemps, et, quand on aime véritablement, 
l'on regarde de bien près. C'est un grand malheur 
aux gens élevés de ne pouvoir se passer de la con- 



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LIVRE VIII bl 

fidence de leurs domestiques. M^^ de Monaco 
crut qu'en avouant à une de ses femmes, qui cou- 
choit dans son antichambre, que le roi la devoit 
venir trouver à deux heures après minuit, cette 
femme, sans laquelle le roi ne pouvoit entrer com- 
modément chez elle, la serviroit fidèlement. Cette 
femme de chambre lui promit le secret, qu'elle lui tint 
en effet, à cela près qu'elle avertit M. de Lauzun 
du rendez-vous, et que Ton étoit convenu qu'à 
deux heures le roi trouveroit, en passant le long 
du corridor de l'appartement de M"»® de Monaco, 
la clef qu'elle auroit soin de laisser à la porte de 
cette antichambre, où couchoit cette fille. M. de 
Lauzun paya magnifiquement cet avis, et exigea 
seulement de cette fille que dès une heure après 
minuit la clef seroit à la porte; de sorte que M. de 
Lauzun, passant lui-même par ce corridor dès que 
tout le monde lui parut couché, ferma à double 
tour, prit la clef et se retira. Le bruit que fit le 
mouvement des ressorts d'une serrure alarma cette 
fille et M"îe de Monaco, qui raisonnoient sur cet 
événement, quand le roi vint à deux heures, comme 
il l'avoit promis. Mais quel moyen y avoit-il d'en- 
trer? Un éclaircissement à l'heure qu'il étoit, et au 
travers d'une porte, étoit impossible. Le roi s'en 
retourna, et n'a su que longtemps après, quand 
M. de Lauzun fut arrêté, par où et comment cette 
porte s'étoit fermée, ayant trouvé, dans une espèce 



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62 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY 

de mémoire que M. de Lauzun tenoit dans une 
de ses cassettes, qu'il avoit donné trois mille pis- 
tôles à cette fille de M^e de Monaco, qui lui ren- 
doit compte des actions de sa maîtresse. Je ne 
sais si le roi prit des rendez-vous plus certains ou 
plus commodes avec M™e de Monaco, mais ce 
commerce n*eut que peu ou point de suite. 

La faveur du chevalier de Lorraine continuoît, 
et Madame prenoit sur elle la peine que sa pré- 
sence lui faisoit toutes les fois qu'elle le rencon- 
troit. Cette princesse pleuroit souvent, et de Tenvie 
qu'elle avoit eue certainement de plaire au roi , il 
lui restoit au moins que Sa Majesté la consoloit, 
et qu'elle trouvoit dans ses conseils le charme que 
la confiance peut donner. Le chevalier de Rohan 
avoit aussi bonne mine qu'homme du royaume; 
c'étoit un homme d'un esprit dérangé, plein d'ima- 
ginations vagues, brave et magnifique; il y au- 
roit eu du bon dans sa sorte d'esprit si quelque 
règle avoit pu former en lui quelque chose qui res- 
semblât aux usages et à ce que les autres pensent. 
Sa vanité lui fit croire que Madame lui sauroit 
gré d'une insulte qu'il avoit faite au chevalier 
de Lorraine ; et, sans avoir peut-être d'autre pré- 
tention sur le cœur de cette princesse que celle 
que lui donneroit l'inimitié du chevalier de Lor- 
raine, il le querella, et se vanta de l'avoir frappé; 
le chevalier de Lorraine assura le contraire. Le roi 



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LIVRE vm 63 

ordonna au duc de Noailles de les raccommoder. 
Le chevalier de Rohan désavoua ce qu'il avoit 
avancé et en signa même le désaveu ; et, le même 
jour, il écrivit à dix de ses amis que, pour éviter 
la rigueur des ordonnances, il avoit cru pouvoir 
nier un fait, lequel étoit pourtant tel qu'il Tavoit 
publié. Ces billets, dont le chevalier de Lorraine 
et Monsieur eurent connoissance, firent encore un 
nouvel éclat. Quoi qu'il en soit, ce démêlé, dont 
les procédés n*ont jamais été bien nets, n'a pas 
fait grand honneur ni à la vie du chevalier de 
Lorraine, ni à la mémoire du chevalier de Rohan, 
qui eut le col coupé, quelques années après, pour 
d'autres choses qui n'ont nul rapport à celte affaire. 

Dans ce temps-là il s'imprima un livre en Hol- 
lande, dont M. de Louvois eut le premier exem- 
plaire. Ce livre étoit une histoire merveilleuse- 
ment bien écrite; elle portoit pour titre : Les 
Amours du Palais'KoyaL 

Madame s'y trouvoit cruellement traitée; et la 
prétendue passion qu'on l'accusoit d'avoir eue 
inutilement pour le roi y étoit tout au long. 

M. de Louvois remit ce petit livre au roi, qui 
crut que Madame en devoit être informée, afin 
de prendre quelques mesures avec Monsieur, au 
cas qu'il en eût connoissance. Il est inconcevable 
combien Madame fut pénétrée de cet imprimé; et, 
sans rien décider avec le roi sur ce qu'il y avoit à 



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64 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY 

faire pour prévenir Monsieur, elle s'enferma dès 
que le roi fut retourné chez lui, et envoya cher- 
cher Tévèque de Valence, a Je suis perdue, lui dit- 
elle, mon pauvre Valence. Lisez (en lui donnant 
ce petit livre), lisez toutes ces fausses horreurs que 
Monsieur ne croira que trop, et puis, ajouta-t-elle, 
quand même je serois justifiée avec Monsieur, le 
serois-je avec le public, auquel Ton ne peut cacher 
la lecture de tout ce que contient cette fable? » 
L'évêque de Valence la consola tant qu'il put, et 
la rassura sur la fausseté des circonstances. Le 
lendemain. Madame, outrée, qui ne s'étoit ouverte 
de cette aventure qu'à M. de Valence, l'envoya 
chercher; on lui rapporta qu'il étoit allé à Paris; 
elle lui écrivit un mot pour l'obliger de venir lui 
parler. Le page qu'elle envoya à Paris l'assura que 
l'évêque de Valence n'avoit pas couché» chez lui, 
et que ses gens disoient qu'il étoit allé faire un 
tour de huit jours à la campagne, chez un de ses 
amis. « Mon Dieu, disoit cette princesse à M^e de 
Saint-Chaumont, que votre ami prend mal son temps l 
Je lui ai confié la chose du monde la plus impor- 
tante; je n'en puis parler qu'à lui, et il est assez 
indiscret pour s'absenter. » M™« de Saint-Chau- 
mont, qui ne savoit effectivement ce qu'il étoit de- 
venu, envoya de tous côtés pour en savoir des 
nouvelles. Tout ce qu'elle fit pendant dix jours 
fut inutile. Enfin, le onzième, M. de Valence 



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LIVRE VIII 65 

parut devant Madame à l'heure du matin que l'on 
pouYoit entrer dans sa chambre. Dès que Madame 
fut habillée, elle passa dans son cabinet, et le fit 
appeler, a Pourquoi m'avez-vous quittée, Monsieur, 
lui dit-elle, dans le temps de ma vie que j'ai plus 
besoin de consolation, et que mon cœur est le 
plus affligé? — Tenez, Madame, lui dit M. de 
Valence en lui tirant de ses poches et de dessous sa 
soutane près de trois cents exemplaires en feuilles ; 
tenez. Madame, il n'en sera plus parlé, brûlez-les 
vous-même. » Et tout de suite l'évêque de Valence 
lui conta qu'au sortir de la première conversation 
dans laquelle elle eut la bonté de lui conter ses 
malheurs, il avoit pris le parti de passer en poste 
en Hollande ; qu'il avoit soustrait jusqu'au dernier 
exemplaire de cette histoire qui lui faisoit de la 
peine, et que, moyennant deux mille pistoles qu'il 
avoit données au libraire, il ne seroit jamais parlé 
de ce livre, dont il l'assura que deux exemplaires 
seulement ne pouvoient se rattraper : un envoyé à 
M. de Louvois, et l'autre au roi d'Angleterre. 
^La joie que ressentit Madame de la singularité de 
ce service ne peut s'exprimer, et fit depuis le fon- 
dement de toute la confiance que Madame prit en 
lui sur tous les secrets de son cœur. 

L'évêque de Valence m'a montré, quinze ans 
après la mort de Madame, un seul exemplaire 
de cette histoire, qu'il avoit gardé pour sa curio- 
Mémoires de Choisy, II. 9 



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66 MEMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOIST 

site ; il ne ressemble en rien à celw qui a couru 
depuis sous le même titre, lequel ne contient pas 
un seul mot de vérité, et jamais l'on n'a rien su 
de cette histoire, Madame ajant brûlé l'exemplaire 
que le roi lui remit; le roi d'Angleterre, son frère, 
lui ajant pareillement rerois celui qu'il avoit reçu, 
qu'elle brûla, et l'évêque de Valence ajant vrai* 
semblablement tenu le serment qu'il me fit qu'a- 
vant que de mourir il brûleroit ce seul exemplaire 
qui lui restoit, dont j'ai lu, dans ce temps-là, plus 
de la moitié. 

Le roi eut connoissance par Madame de cette 
noble vivacité de l'évêque de Valence, dont il le 
loua en particulier, sans que jamais il lui en ait 
rien témoigné. 

La paix, qui duroit depuis le mariage de Sa Ma- 
jesté, n'étoit guère compatible avec le courage 
d'un jeune roi qui se sentoit heureux, et dont les 
grands talens avoient, pour ainsi dire, été cachés 
pendant le gouvernement de Mazarin, qui étoit 
mort quelques années auparavant. La renonciation 
de la reine à la succession d'Espagne ne s'étendoit 
pas si nettement sur les Pajs-Bas qu'il n'y eût une 
infinité de prétextes légitimes ou vraisemblables 
pour recommencer la guerre, qui fut précédée d'un 
manifeste qui parut, dans lequel le roi mettoit en 
avant une infinité de raisons pour autoriser la rup- 
ture de la paix. 



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LIVRE VIII 67 

Le roi porta ses armes en Flandre, comman- 
dant lui-même son armée avec une netteté, un 
ordre, une vivacité, une intelligence de la guerre, 
et un bonheur qui ne s'étoit jamais vu pareil. Cha- 
cun sait comme ce grand prince s'exposoit, prenoit 
la peine et entroit lui-même dans les moindres dé- 
tails du commandement de son armée. 

L'évêque de Valence, qui ne trouvoit plus dans 
Monsieur ce qui Tavoit déterminé à se donner à 
lui quand il entra dans sa maison, et qui ne se 
trouvoit de rien parce que Monsieur n'étoit guère 
consulté, n'avoit pas laissé de conserver auprès de 
lui une extrême liberté de parler; quoiqu'il fût 
ennemi du chevalier de Lorraine et parfaitement 
attaché aux intérêts de Madame, Monsieur le con- 
sîdéroit et le consultoit. Il mit en tête à Monsieur 
que le temps de travailler à sa réputation étoit 
venu et qu'il ne lui devoit pas suffire de s'exposer 
à la guerre et de s'acquérir la gloire d'être vail- 
lant; qu'il devoit avoir part aux conseils et de- 
mander au roi l'honneur et la liberté d'y entrer. 
Monsieur le fît, et fut refusé. Les donneurs d'avis 
parmi les princes sont en quelque manière garans 
du succès de ce qu'ils proposent. Monsieur se plai- 
gnit aigrement à M. de Valence de ce qu'il l'avoit 
embarqué à se faire refuser. <t Comment! Mon- 
sieur, répliqua monsieur l'évêque de Valence, vous 
vous affligez d'un refus que vous fait votre frère. 



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68 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY 

et VOUS VOUS laissez abattre par une bagatelle dont 
il me semble qu'à votre place je me ferois un mé- 
rite important! Crojez-moi, Monsieur, continua 
M. de Valence, dès que le roi ne pourra vous re- 
fuser son estime, il faut qu'il vous en donne des 
marques effectives; son amitié vous est imman- 
quable. Travaillez à vous faire une réputation dont 
il soit jaloux, et je vous réponds du reste. » En 
effet, Monsieur résolut que dès le lendemain de 
grand matin il iroit visiter les gardes, qu'il iroit à 
la tranchée avant que le roi en pût avoir connois- 
sance, qu'il répandroit de l'argent aux troupes, 
qu'il feroit avancer le travail du siège, auquel on 
étoit alors, et qu'enfin, quand le roi lui demande- 
roit au retour des nouvelles de ce qu'il avoit fait, 
Monsieur lui répondroit avec fermeté que, puis- 
qu'il n* étoit pas encore assez heureux pour pouvoir 
le servir de son conseil, il vouloit tâcher aupara- 
vant de se rendre digne de le servir de sa personne. 
Monsieur suivit exactement ce projet et dès le 
lendemain se montra vaillamment aux postes les 
plus avancés. L'évéque de Valence lui servit non 
pas d'aumônier, mais de trésorier, jetant de l'ar- 
gent à tous les blessés et aux travailleurs pour faire 
avancer les ouvrages. 

Le roi fut averti de bonne heure que Monsieur 
étoit à la tranchée et envoy\ un de ses aides de 
camp savoir de ses nouvelles. Tous ceux qui revé- 



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LIVRE VIII 69 

noient d'où Monsieur étoit parloient de sa valeur 
avec éloge. Le roi fit au matin ses promenades et 
donna ses ordres de général; après quoi, entrant 
chez lui, il demanda Monsieur, qui n'étoit pas re- 
venu, et lui envoya dire qu'il Tattendoit pour 
diner. A cela Monsieur répondit respectueusement 
qu'il le supplioit de ne pas l'attendre, qu'il avoit 
fait commencer un travail qu'il seroit bien aise de 
voir achever, et qu'il avoit fait apporter un mor- 
ceau pour manger à la tranchée. En effet, sur les 
quatre heures du soir. Monsieur revint et rendit 
compte au roi de l'état de la tranchée, de ce qui 
s'y étoit passé depuis le matin, et finit par dire 
que, puisqu'il n'étoit pas assez heureux pour pou- 
voir le servir dans ses conseils, il étoit résolu de se 
rendre digne de le servir de sa personne et de son 
bras. Le roi, sans paroltre ému, lui répliqua avec 
un ton assez ironique : a Diable, mon frère, je 
vous conseille de vous faire sac à terre. Oh bien! 
allez vous reposer, car vous en avez grand be- 
soin. » 

L'évêque de Valence, qui entendit ce discours, 
n'en fut guère moins frappé que Monsieur, qui 
continua depuis son premier train de vie, c'est-à- 
dire de suivre et de voir le roi, sans se mêler de 
rien. 

Le roi prit Douai et Tournai, Lille, et plusieurs 
autres places. L'hiver il porta ses armes en Franche- 



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yO MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOIST 

Comté : rien ne résistoit à sa valeur, aux bonnes 
mesures qu'il prenoit, ni au chemin qu'il se frayoit 
à la gloire que Sa Majesté s'est depuis si légitime- 
ment acquise. Tant de prospérités dans ses armes 
ne pouvoient longtemps se maintenir sans réveiller 
les puissances voisines. L'Angleterre, la Hollande, 
TEspagne, offensées, proposèrent la paix, qui fut 
faite, et la plupart des conquêtes que le roi fit pen- 
dant cette belle campagne, qui porta le nom de la 
campagne de Lille ' , lui restèrent. 

Le duc de Monmouth passa d'Angleterre à la 
cour dans ce temps-là. C'étoit un prince mieux 
fait et plus beau qu'il n'étoit aimable. L'intérêt que 
Madame parut prendre à ce prince, qu'elle hono- 
roit du nom de son neveu, et auquel elle eut soin 
d'ordonner les plus magnifiques habits de France, 
la manière dont il dansoit les contredanses qu'il 
apprit à Madame, la familiarité que doniie la com- 
modité de parler quelquefois une même langue que 
les autres n'entendent pas, l'assiduité de ce prince 
à se trouver aux heures auxquelles Madame étoit 
visible, les manières de cette princesse, toujours 
charmantes : tout cela fit croire qu'il y avoit entre 
eux une sorte de jargon dont il n'est que trop aisé 
de soupçonner ceux qui sont naturellement galans. 
Le chevalier de Lorraine, dont la faveur auprès de 

i« C'est la campagne de 1667. 



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LIVRE VIII 71 

Monsieur subsistoit avec plus d'éclat que jamais, 
«ut le malheur d'être regardé comme celui qui en- 
tretenoit les petites divisions qui renaissoient sou- 
vent entre Madame et Monsieur. Les grands sont 
assujettis à être vus de plus près que ceux qui 
mènent une vie privée. Je ne sais si le roi fut averti 
de ce commencement de chagrin par Monsieur, 
^ui prétextoit son inquiétude des manières de Ma- 
-dame avec le duc de Monmouth, ou si le roi en fut 
informé par Madame, qui prétextoit la sienne du 
crédit que le chevalier de Lorraine avoit sur l'es- 
prit de Monsieur; le roi fit ce qu'il put pour em- 
pêcher l'éclat que ces divisions préparoientdanssa 
anaison ; mais les rois, quelque puissans qu'ils soient, 
ne peuvent jamais étouffer le principe des affections 
ni des haines. Il exila pour quelque temps le che- 
valier de Lorraine, qui se retira en Italie ; et le 
•duc de Monmouth, après un séjour de quelques 
mois à la cour, repassa en Angleterre. 

J'ai oublié de remarquer que, quand le roi revint 
àe Flandre, il avoit séjourné à Villers-Cotterets. 
Monsieur l'avoit précédé de quelques jours pour 
mettre sa maison en état de le recevoir; et, comme 
<e prince ordonnoit et travailloit lui-même à ran- 
ger des chaises dans ses appartemens, l'évêque de 
Valence ne put s'empêcher de dire « qu'en atten- 
dant que Monsieur fût en état de ranger une ar- 
mée en bataille, il s'apprenoit à ranger des fau- 



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72 MEMOIRES DE L ABBE DE CHOISY 

teuils ». Ce discours fut redit à Monsieur, et 
quelques jours après, quand la cour fut revenue à 
Saint-Germain, le roi, se ressouvenant du jour que 
Monsieur s'étoit tant tourmenté à la tranchée, lui 
demanda qui lui avoit donné ce beau conseil, et 
Monsieur eut la foiblesse de lui dire que c'étoit 
Tévêque de Valence, « Mon frère, lui dit le roi, 
son conseil n'étoit pas trop obligeant pour moi, 
mais il ne vous conseilloit pas trop mal pour vous. »■ 
Monsieur souffroit impatiemment Texil du cheva- 
lier de Lorraine, auquel il envojoit magnifiquement 
tout ce qui pouvoit contribuer à diminuer la peine 
de l'absence ; il s'en prenoit à Madame et à tout 
ce qui Tapprochoit. M. de Valence devint l'objet 
de son aversion ; il crut qu'il avoit eu part à l'exil 
de son favori. L'attachement qu'il voyoit que cet 
évêque avoit pour les intérêts de Madame l'offen- 
soit; et l'évêque de Valence, qui s'en aperçut,, 
supplia Madame de lui permettre de se retirer. 
Madame s'y opposa tant qu'elle put ; les dégoûts 
que Monsieur lui donnoit renaissoient toutes les 
fois que l'occasion s'en présentoit. « Au nom de 
Dieu, Madame, lui disoit l'évêque de Valence, 
laissez-moi sortir honnêtement par la grande porte,, 
et évitez- moi que Monsieur ne me fasse sortir par 
les fenêtres. » Cette princesse se rendit à une infi- 
nité de raisons que M. de Valence lui dit, de sorte 
qu'ayant assez secrètement traité de sa charge avec 



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LIVRE Vlli ^3 

Tabbé de Tressan, aumônier ordinaire, il pria 
Monsieur de lui permettre de se retirer et fut pris 
au mot, Monsieur ayant durement ajouté que, s'il 
n'avoit pas pris ce parti, il étoit résolu de Vy 
obliger. 

Quelques jours après qu*il eut donné la démis- 
sion de sa charge, et qu'il en eut touché l'argent, 
Monsieur lui envoya dire par Varangeville qu'il 
s*étoit souvenu qu'il lui devoit quatorze mille livres 
du jeu, et qu'il les lui enverroit incessamment. 
« Monsieur, répliqua l'évêque de Valence, me fait 
trop d'honneur; dites-lui que je les lui donne de 
tout mon cœur; mais, puisqu'il veut payer ses 
dettes, que je le supplie de se souvenir de dix 
mille écus que j'ai été assez heureux pour lui 
prêter, car, pour ce qui est des quatorze mille livres 
du jeu, c'est une bagatelle dont je suis récompensé 
par l'honneur que j'ai eu de jouer avec lui. » 
Varangeville ne diminua rien de la signification 
gasconne de ces paroles, et Monsieur ordonna à 
Boisfranc de lui porter le lendemain dix mille écus^ 
avec l'intérêt du jour que le prêt avoit été fait. 

Boisfranc se rendit sur les dix heures du len- 
demain matin chez l'évêque de Valence. Le hasard 
fit qu'alors qu'il y arriva, plusieurs gens qui avoient 
affaire à cet évêque s'y trouvèrent. L'arrivée de 
Boisfranc leur fit croire qu'il étoit mieux de les 
laisser seuls. « Point du tout, Messieurs, dit M. de 



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74 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOIST 

Valence, nous n'avons rien de particulier à dire, 
M. de Boisfranc et moi. » Boisfranc s'approcha de 
son oreille et lui dit tout bas qu'il lui apportoit dix 
mille écus que Monsieur lui devoit. « A moi, ré- 
pliqua M. de Valence tout haut; à moi, dix mille 
écus? Monsieur se moque-t-it de moi? Il est trop 
régulier. » Boisfranc, qui ne pouvoit plus tenir le 
cas secret, lui répondit : <t Oui, Monsieur, j'ai 
ordre de vous rendre dix mille écus que Monsieur 
vous doit, et que je vous apporte. — En vérité, 
reprit M. de Valence, je ne comptois plus que 
cela me dût être payé. Je suis un pauvre prêtre, qui 
puis me passer de peu ; mais un grand prince comme 
Monsieur, obligé à une inBnité de dépenses, s'a* 
vise-t-il de payer ses dettes? J'avob même oublié 
celle-là. — J'ai même ordre, reprit Boisfranc, de 
vous payer les intérêts. — Oh ! Monsieur de.Bois- 
franc, vous vous méprenez. Quand j'ai été assez 
heureux de prêter dix mille écus à Monsieur, je les 
lui ai prêtés en gentilhomme, et non comme celui 
que vous placez souvent. Ainsi, profitez ou faites 
profiter Monsieur, ou tel autre qu'il vous plaira, 
de ces intérêts, mais Monsieur sait que jamais je 
n'en ai prétendu d'autre dans sa maison que celui 
que j'ai rencontré dans l'honneur d'être son do- 
mestique. » 

Boisfranc fit apporter les dix mille écus, que 
M. de Valence consentit de prendre sans vouloir 



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LIVRE VIII yS 

recevoir d'intérêts ni souffrir que Ton comptât cet 
argent. Cette scène ne fut pas plus tôt passée que 
Boisfranc lui présenta un billet de quatorze mille 
livres. « Qu'est-ce que c'est que ce billet ? lui dit 
M. de Valence. — C'est un billet, reprit Bois- 
franc, que Monsieur veut vous donner pour qua- 
torze mille livres qu'il vous doit du jeu, qui, en 
attendant que celui qui doit la même somme à 
Monsieur vous les paye, vous servira de sûreté. » 
M. de Valence prit ce billet, et, tirant de sa poche 
<les ciseaux, sépara le nom de Monsieur du reste 
4u billet. « Les syllabes respectables, dit-il, qui 
composent le nom de Monsieur sont sacrées, je 
vous^'prie de les vouloir reprendre; mais, pour le 
reste du billet, il me permettra de le mettre en 
pièces. » £t, remettant entre les mains de Boisfranc 
le mot Philippe, il déchira ce billet en mille pièces. 
Boisfranc rendit compte à Monsieur de tout ce qui 
s'étoit passé, peut-être y ajouta-t-il quelque chose. 
Je ne sais si d'autres gens ne soufflèrent point à 
Monsieur que les discours et les manœuvres, de 
M. de Valence l'offensoient. Enfin, Monsieur se 
mit en tête qu'il falloit qu'il sortît de Paris, et 
•que, pour abréger une infinité de contes qui lui 
jrevenoient, il étoit de sa dignité qu'il s'absentât; 
de sorte que Monsieur lui fit dire, non comme un 
ordre, mais comme une sorte d'insinuation qui 
ressemble à un commandement quand il vient de 



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76 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOIST 

ceux qui sont infiniment au-dessus de nous, qu'il 
devroit songer à aller à son diocèse. A cela M. de 
Valence répondit que, puisqu'il avoit eu le mal- 
heur de déplaire à Monsieur, il s'abstiendroit de 
se présenter devant lui, qu'il ne mettroit pas les 
pieds au Palais-Royal, ni dans aucun lieu où sa 
vue pût blesser Monsieur; mais que, n'ayant plus 
l'honneur d'être son domestique, il ne croyoil pas 
qu'il voulût lui commander d'autorité une chose 
dans laquelle il ne lui manquoit point de respect 
quand il ne la faisoit pas. Le même homme (dont 
j'ai oublié le nom) qui rendit compte à Monsieur 
de la résolution dans laquelle cet évêque étoit de 
ne pas obéir, fut chargé de lui dire en particulier que 
les fils et les frères de rois trouvoient des moyens 
de se faire obéir, et que Monsieur prendroit les 
voies les plus offensantes que son humeur et son 
dépit lui pourroient fournir pour le faire repentir 
du peu de respect qui paroissoit dans son obsti- 
nation. A cela M. de Valence répondit encore 
très respectueusement que, n'étant ni sujet de 
Monsieur ni son domestique, il le supplioit de 
trouver bon qu'il s'exemptât d'une loi dure à la- 
quelle ses affaires et son caractère d'évêque ne 
pouvoient se soumettre; et comme celui qui lui 
parloit de la part de Monsieur le pressa, et lui fit 
entendre que Monsieur prendroit des voies vio^ 
lentes : « Dites à Monsieur, lui dit-il, que je suis 



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LIVRE VIII yy 

prêtre et évêque, et qu'en rendant à Monsieur 
tout ce que le respect le plus profond peut exiger 
de moi, ne parlant jamais de lui et ne. me trou- 
vant jamais où il sera, il est trop juste pour me 
faire assassiner; et qu'à l'égard des autres violences, 
je porte à mon col, par la croix que j'ai, une sauve- 
garde pour laquelle il aura toujours lui-même de 
la considération. » Madame, à qui M>n« de Saint- 
Chaumont rendoit compte de tout ce procédé, 
n'étoit pas trop fâchée de la mortification de Mon- 
sieur, qui, de son côté, ne vouloit pas rendre pu- 
blic le peu de succès qu'avoit eu le dessein de 
faire sortir de Paris M. de Valence. Enfin, le même 
homme que Monsieur ayoit chargé de le menacer 
le revint trouver de sa part, et, après une répéti- 
tion à peu près des mêmes choses, il lui dit qu'il 
lui conseilloit comme son ami de se retirer dans 
son diocèse , et que , s'il ne le faisoit pas de 
bonne grâce et pour plaire, à Monsieur, Mon- 
sieur étoit résolu de demander au roi une lettre 
de cachet pour l'exiler, a Je n'ai point d'emplâtre 
à ce malheur, répondit l'évêque de Valence : j'o- 
béirai quand cela sera, parce que je ne pourrai 
faire mieux ; mais, puisque Monsieur me pousse à 
bout, je vous supplie de lui dire, de ma part, qu'il 
obtiendra plutôt une lettre de cachet qu'un gou- 
vernement. » 

L'imprudence de ce discours, relatif à ce qui s'é- 



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yS MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOIST 

toit passé du temps que Monsieur demanda le gou- 
Yernementde Languedoc, fit que Monsieur le redit 
au roi, qui sut très mauvais gré à M. de Valence 
de cette étrange imprudence, dans laquelle le se- 
cret du roi, c'est-à-dire ce qu'il avoit uniquement 
dit à M. de Valence, se trouvoit révélé; de sorte 
que M. de Valence fut exilé, et partit pour son 
diocèse, laissant Madame, qui avoit une entière 
confiance en lui, très fâchée de se voir privée de 
l'entretien d'un homme dans lequel elle avoit tou- 
jours trouvé des ressources de fidélité, de consola- 
tion, de service et d'attachement à ses intérêts. 

La paix qui s'étoit faite après la glorieuse cam- 
pagne de Lille n'avoit été pour ainsi dire qu'un 
essai de ce que la grandeur du roi lui promettoit. 
La Hollande n'avoit pas eu une conduite dont la 
France pût être contente ; elle avoit obligé le roi de 
faire la paix, et avoit personnellement offensé Sa Ma- 
jesté dans ses relations, dans ses lardons et dans ses 
gazettes. M. de Furstemberg, qui gouvernoit l'élec- 
teur et l'électorat de Cologne, répondoit que cet 
électorat et l'évêché de Liège demeurecoient dans la 
situation que le roi pouvoit désirer pour en tirer les 
secours nécessaires à la guerre qu'il délibéroif de 
porter en Hollande. Les forces d'Espagne étoient 
dans un anéantissement qui ne pouvoit tout au plus 
faire qu'une diversion très médiocre. Ce qui s'étoit 
passé à la campagne de Lille faisoit craindre aux 



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LIVRE VIII 7^ 

Pays-Bas de revoir une guerre qui eût achevé de 
ruiner la Flandre; il s'agissoit de faire en sorte que 
l'Angleterre demeurât neutre, ou se déclarât pour 
la France. Charles II, roi d'Angleterre, n'étoit pas 
si absolument maître de son Parlement que, quelque 
inclination qu'il eût pour la France et quelque ami- 
tié qu'il eût pour le roi, il fût en pouvoir de pro- 
mettre ni de faire ce qu'il eût voulu pour favoriser 
ses desseins. Il étoit pourtant absolument néces- 
saire de s'assurer de celui sans lequel les projets 
sur la Hollande n^eussent pu réussir. Le roi crut 
que Madame pourroit lui garder le secret de cette 
importante affaire, et qu'elle le serviroit dans ce 
dessein auprès du roi son frère, qui l'aimoit tendre- 
ment. M. de Louvois étoit trop nécessaire pour 
que l'on pût se passer de lui, de ses vues, de ses 
avis et de ses lumières; mais, avec toutes les quali- 
tés souhaitables dans un grand ministre actif et vi- 
gilant, plein d'expédiens, et tel que tout le monde 
Ta vu depuis, il avoit, dès ce temps-là, le malheur 
de porter dans toutes ses actions un air de dureté 
et de décision dont Madame n'avoit pu s'accom- 
moder. Cependant quel moyen y avoit-il de lui 
cacher une chose dans laquelle il étoit absolument 
nécessaire? Le roi trouva tant d'éloignement dans 
l'esprit de Madame pour M. de Louvois qu'il lui 
promit qu'il n'entreroit dans la conduite de cette 
affaire que lorsqu'il seroit absolument impossible 



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8o MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY 

de se passer de lui ; et parce que le roi et Madame 
ne pourroient pas tout seuls dresser les projets, 
faire les mémoires, les instructions nécessaires, et 
régler la mécanique et le détail de tout ce qu'il 
faut pour un aussi grand dessein que celui dont il 
étoit question. Madame proposa de se servir.de 
M. de Turenne, afin d'en exclure M. de Louvois. 
Le roi le voulut bien ; mais la vérité est que le roi 
fit confidence de tout à M. de Louvois, avec lequel 
Sa Majesté régloit toutes choses ; et ensuite sur ses 
mémoires, dont le roi écrivoit la meilleure partie 
de sa main. Madame se trouvoit informée de tout 
ce qu'elle devoit faire auprès du roi son frère. 

On ne peut point dire la joie que Madame avoit 
de se trouver ainsi le premier mobile de la plus 
grande affaire de l'Europe, et l'on ne peut assez 
louer la reténue et la modestie de M. de Louvois, 
qui ne parut jamais instruit de tout ce qui se pas- 
soit. La première convention entre le roi, Madame 
et M. de Turenne, ce fut que Monsieur ne sauroit 
rien de ce projet, et que, lorsqu'on ne pourroit plus 
cacher le voyage de Madame, on le prétexteroit, 
quelques semaines avant son départ, de la prière 
que le roi d'Angleterre feroit à Madame de ne 
lui pas refuser la joie de l'embrasser, quand la cour 
seroit près d'arriver à.Dunkerque ou à Calais. 

Il y avoit déjà quelques années que M. de Va- 
lence vivoit dans son exil, et pajoit chèrement 



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LIVRE VMI 8l 

l'imprudence qu'il avoit eue d'avoir parlé mal à 
propos. Madame avoit eu soin de l'informer, avant 
son départ, que le roi lui avoit dit qu'il ne se seroit 
point mêlé des petites choses qui s'étoient passées 
à sa sortie de la maison de Monsieur, s'il s'étoit 
abstenu de raconter ce que Sa Majesté lui avoit 
dit à l'occasion du gouvernement de Languedoc : 
de sorte qu'elle entretenoit un commerce de lettres 
avec lui, qui étoit la suite d'une véritable confiance. 
Elle eût été fort soulagée de pouvoir lui parler du 
dessein d'Angleterre ; et, comme il y avoit dans ce 
temps-là quelque espoir d'y rétablir la religion ca- 
tholique, cette princesse se mit en tête qu'il n'étoit 
pas impossible que M. de Valence la suivît en ce 
pays-lày ou qu'il s'y trouvât incognito, dans le temps 
qu'elle y seroit, pour s^ aider secrètement de lui. 
£lle n'osoit parler de ce dessein au roi, mais elle 
dit à M°>^ de Saint-Chaumont que, pour la plus 
importante affaire de sa vie, elle eût bien voulu lui 
parler et causer seulement une heure avec lui. 
M°^« de Saint*Chaumont l'en informa, et Madame 
lui manda précisément qu'elle vouloit lui parler. 
M. de Valence s'en excusa sur l'impossibilité de 
désobéir au roi, qui l'avoit exilé dans son diocèse, 
d'où il ne pourroit s'absenter sans que Ton s'en 
aperçût. Enfin, après bien des lettres, des répliques 
et des courriers envoyés et repartis, on convint 
que M. de Valence prendroit la liberté d'écrire au 
Mémoires de Choisy. II. 1 1 



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82 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY 

roi pour le supplier de lui permettre de faire ua 
voyage en Limousin pour les affaires de sa famille; 
et que, dans Tintervalle qu'il faut pour aller de Va- 
lence en Limousin, il prendroit le temps de se rendre 
secrètement à Paris. Cette permission d'aller en 
Limousin fut accordée, et M. de Valence se pré- 
paroit sourdement à ce voyage, quand la reine 
d'Angleterre, mère de Madame, qui s'étoit retirée 
depuis longtemps à Colombe, mourut. 

On ne peut pas assez dire la répugnance que 
M. de Valence avoit pour ce voyage, ni combien 
il représenta à Madame et à M°^« de Saint-Chau- 
mont, par ses lettres, les risques infinis qu'il cour- 
roit en allant à Paris. Il reculoit tant qu'il pouvoit 
de partir, quand un courrier de la part de Madame 
lui apporta une lettre que j'ai vue; elle commen- 
çoii par ces mots : « Vous ne m'aimez donc plus, mon 
pauvre évêque, puisque vous me refusez une consola- 
tion dont je ne puis me passera » Et dans le reste de 
cette lettre Madame mandoit que l'on feroit à Saint- 
Denis le trentain de la reine sa mère, c'est-à-dire 
un service solennel un tel jour qu'elle lui marquoit; 
que cette cérémonie, à laquelle elle assisteroit, se- 
roit très longue; que pendant le service elle fein- 
droit de se trouver mal à l'église; qu'elle ordon- 
neroit qu'on la portât chez un officier de sa bouche, 
lequel avoit une maison à Saint-Denis, dans laquelle, 
de concert avec cet officier, M. de Valence seroit 



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LIVRE VIII 83 

caché dès le jour d'auparavant. Cette princesse 
finissoit sa lettre par les termes du monde les plus 
pressans pour obliger M. de Valence à ne la pas 
refuser, et ajouta que c'étoit pour prendre ses con- 
seils et les suivre dans la plus grande et la plus 
importante affaire de sa vie. Quel moyen y avoit- 
il de ne pas vouloir ce que la plus gracieuse et la 
plus respectable princesse du monde ordonnoit? 
M. de Valence manda qu'il suivroit le projet de 
Madame : il passa le Rhône à Valence, prit le 
chemin du Puj, et dit publiquement qu'il avoit eu 
permission du roi d'aller en Limousin. Il étoit 
suivi de La Marck, son neveu, qui depuis a été tué 
aide de camp de M. de Turenne, de Fonton, son 
maître d'hôtel, qui depuis le fut de Madame la 
Dauphine, de son valet de chambre et de son co- 
cher, qui servit de palefrenier; de sorte qu'ils n'é- 
toient que cinq. Cette cavalcade n'eut pas sitôt ga- 
gné les montagnes d'Auvergne que M. de Valence, 
ayant mis sa croix dans sa poche et pris une perru- 
que noire, tant soit peu plus longue que celle d'un 
abbé bien régulier, prit tout d'un coup sur la droite, 
à grandes journées, et sur les mêmes chevaux se 
rendit à Gien, par des pays tout à fait détournés, 
avec dessein d'y laisser son cocher et ses chevaux; 
et, marchant la nuit en poste, de se rendre à Paris 
sans être vu de personne. Ce projet étoit possible, 
et le jour marqué pour le service de la reine d'An- 



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84 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY 

gleterre à Saint-Denis étoit celui sur lequel il fal<" 
ioit faire cadrer les circonstances de ce voyage. 
L'évêque de Valence s'étoit trouvé mal dès le Puj : 
les grandes journées qu'il étoit obligé de faire, 
l'inquiétude inséparable d'une telle entreprise, les 
mauvais pays, les mauvaises nuits, tout cela fit qu'il 
eut un gros accès de fièvre, deux jours avant que 
d'arriver à Gien. Il lui continua le lendemain, et, lors- 
qu'il arriva à Gien, il en eut un si terrible qu'il y 
fallut séjourner et faire des remèdes qui ne firent 
qu'augmenter son mal. La Marck savoit quelque 
chose du sujet de son voyage. Gien est un trop 
grand passage pour y pouvoir rester longtemps 
dans une hôtellerie sans y être découvert. La Marck 
proposa à son oncle de gagner Paris à quelque prix 
que ce fût. « Vous y serez, lui dit-il, plus caché 
et plus près des remèdes; il n'y a ici ni bon méde- 
cin, ni secours, ni commodités nécessaires. Il faut 
faire un effort, et, malgré la fièvre, vous approcher 
des médecins et de vos affaires. » Cette étrange 
maladie si mal à propos venue, la crainte d'être 
découvert, la nécessité de ne se fier à sa personne, 
l'embarras de se cacher : tout cela et mille autres 
inquiétudes augmentoient le mal de l'évêque, qui 
consentit que son neveu prît à l'instant la poste 
pour retenir, dans quelque faubourg de Paris, une 
chambre à l'écart, où l'on auroit soin de lui; de 
sorte que le lendemain l'évêque de Valence fit de 



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LIVRE vm 85 

nécessité vertu, et la mort entre les dents arriva 
de Gien à Paris. Il fut conduit par les soins de La 
Marck, qui revint au-devant de son oncle, chez 
un tireur d'or, au cinquième étage d'une maison, 
dans une petite rue qui aboutit dans la rue Saint- 
Denis. La Marck donna avis de son arrivée et de 
son état à Mn»« de Saint-Chaumont, qui en avertit 
Madame. Il y avott deux jours qu'il étoit entre 
les mains d'un apothicaire de réputation du quartier 
de Saint-Denis, qui fit venir un médecin de ses amis 
pour le voir, sans que l'on dît à l'un ni à l'autre 
que le malade fût évêque. Les remèdes qu'ils or- 
donnèrent apportèrent si peu de soulagement que 
l'on appela le curé de la paroisse, qui le confessa; 
cependant, comme sur les quatre heures du même 
jour il parut quelque adoucissement à l'extrémité 
de son mal, l'on remit au lendemain à lui donner 
Le saint viatique. 

Dans l'instant de ce premier soulagement , 
M. de Valence se fit jeter sur un petit lit de re- 
pos, sur lequel son valet de chambre couchoit 
ordinairement; et, tandis que l'on raccommodoit 
un peu son Ht, il se fit apporter le portefeuille 
dans lequel étoient quelques papiers qu'il fit brûler 
devant lui, et remit les autres dans ce même por- 
tefeuille, qu'il plaça entre les deux matelas de ce 
lit de repos , ayant recommandé à La Marck qu'en 
cas de mort il eût soin de les remettre à M^^ de 



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86 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY 

Saint-Chaumont. La nuit suivante il fut si mal que 
le curé qui Tavoit confessé la passa auprès de lui, 
mais il se porta mieux le lendemain ; de sorte que 
le curé s'en étant retourné pour se reposer, et La 
Marck et Fonton en étant allés faire autant, M. de 
Valence resté seul avec son valet de chambre, il 
ne fut pas peu surpris de voir entrer M. desGrais' 
avec cinq ou six archers. Des Grais étoit honnête 
homme, humain, qui ne faisoit que le mal dont ses 
ordres et son emploi ne pouvoient pas l'exempter. 
« Monsieur, lui dit-il, je vous arrête de la part du 
roi. Vous êtes un coquin de faux monnojreur, que 
nous cherchons depuis longtemps. Levez-vous, et 
ne vous faites point faire de violence, car, si vous 
en faites, je vous ferai garrotter. — Moi ! répliqua 
M. de Valence, moi faux monnoyeur? Vous vous 
méprenez : prenez bien garde à ce que vous 
allez faire ! — N*êtes-vous pas arrivé un tel jour 
céans? reprit M. des Grais. N'avez-vous pas cou- 
ché la veille dans un tel endroit? N*étiez-vous pas 
vêtu d'une telle sorte, et n*aviez-vous pas tant de 
gens avec vous? — Oui, Monsieur, répondit mon- 
sieur Tévêque de Valence, mais je ne suis point 
faux monnoyeur; et une marque de cela, c'est que 
j'ai dans ma cassette six mille pistoles. Je vais vous 
en remettre la clef, et, s'il y en a de fausses, je me 

I . célèbre exempt de police de ce temps-là. 



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LIVRE VIII 87 

soumets à tout ce qui vous plaira. » Pendant ce 
temps-là les archers s'étoient saisis de son valet de 
■chambre. La peine extrême peut faire dans Tesprit 
d'un malade ce que Témétique fait dans son corps; 
Tévêque de Valence fit un effort pour se lever, et 
remua le chevet de son lit, sous lequel il avoit mis 
6a croix d'évêque. « Voici, dit-il à M. des Grais, 
ce qui va décider qui je suis ; mais faites-moi le 
plaisir de faire retirer ces messieurs, et je vous 
avouerai tout. » En effet, M. de Valence lui dit 
qui il étoit; qu'étant exilé, il avoit cru ne pas faire 
un crime de venir à Paris, pour des affaires qui 
•ne regardoient ni le roi ni la justice ; qu'il avoit eu 
le malheur de tomber dans l'extrémité du mal qui 
l'accabloit; qu'il falloit que Ton se fût mépris, si 
4:*étoit un faux monnojeur qu'il cherchoit; et 
qu'il le prioit de lui sauver l'honneur et la vie : 
4'honneur en ne faisant point éclater ce qu'il lui 
confioit à titre de confession, et la vie en lui lais- 
sant prendre ses remèdes en liberté. J'ai déjà dit 
que M. des Grais étoit honnête homme, et le 
•caractère de la vérité se fait toujours sentir. 

Ce que M. de Valence disoit étoit trop vrai pour 
qu'il en pût douter; mais son ordre portoit d'ar- 
rêter un homme fait d'une telle et telle manière, 
venu à une telle heure, un tel jour, et faux mon- 
noyeur. Enfin , comme des Grais essayoit d'ajuster 
ioutes ces circonstances avec ses ordres, l'apothi- 



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88 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY 

Caire arriva, qui portoit un lavement. M. de 
Valence ne le vit pas plus tôt qu'avec une présence 
d'esprit surprenante : « Monsieur, dit-il en s'a- 
dressant à M. des Grais, je vous ai dit qui j'étois; 
le remède qui m'est ordonné me sauvera peut-être 
la vie, ne me permettez-vous pas de le prendre? » 
M. des Grais le lui permit, et fit relâcher son 
valet, que ses archers tenoient : de sorte qu'à 
l'aide de son valet et de son apothicaire, il se fit 
porter sur le petit lit de repos, et y reçut son lave* 
ment, ayant prié M. des Grais de tourner la tête,, 
parce que, disoit-il, il n'est pas séant qu'un prêtre 
reçoive un remède devant tout le monde. M. des 
Grais se tenoit à la porte, le dos tourné, pour lui 
laisser la liberté de recevoir son remède, qu'il ne 
garda qu'un moment; et, dès qu'il vit que M. des 
Grais se rapprocha de son lit : <x Je ne vous échap- 
perai pas, Monsieur, lui cria-t-il; au nom de 
Dieu, tournez le dos, que je rende ce remède^ 
que je ne puis plus garder. » Il le rendit en effet^ 
moitié sur le lit et moitié dans un bassin, que son 
valet lui présenta diligemment; et, comme il se 
plaignoit, et qu'il vit que M. des Grais avoit ef- 
fectivement le dos tourné pour éviter l'ordure de 
ce spectacle, il se tourmenta tant sur le lit qu'il 
attrapa son portefeuille, dont il jeta les papiers- 
avec le reste de son lavement dans le bassin, qu'il 
ordonna tout bas à son valet d'aller vider dans le 



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LIVRE VIII 89 

privé de la maison. M. de Valence m'a dit que 
)ttsque*là il avoit cru qu'il ne reviendroit pas de 
sa maladie; mais que, dès qu'il sut ses papiers en 
sûreté, il sentit que sa santé reviendroit. En effet,, 
son valet passa ce bassin auprès de M. des Grais, 
et au milieu de tous ses archers, dont chacun 
tournoit le dos et se bouchoit le nez, et revint 
aider à remettre son maître au lit, l'assurant tout 
bas qu'il s'étoit défait de ses papiers; après quoi 
il fallut recommencer à parlementer avec M. des 
Grais, qui ne pouvoit comprendre comment il 
avoit arrêté un évêque en croyant arrêter un faux 
monnoyeur. Le dénouement de tout ceci fut que 
M. de Valence écriroit au roi, et que, jusqu'à 
ce que M. des Grais eût réponse de M. de Lou-» 
vois, auquel il adressa une lettre en lui rendant 
compte de tout ce qui s'étoit passé, il demeureroit 
avec lui sans le tourmenter, et que ses archers se 
tiendroient dans cette maison. La Marck et Fonton 
revinrent, qui confirmèrent encore à M. des Grais 
que celui qu*il avoit cru faux monnoyeur étoit 
l'évêque de Valence, et La Marck alla avertir 
M^ne de Saint-Chaumont de cet étrange acciderit, 
et que les papiers étoient sauvés. 

Je ne sais si M. de Louvois en vouloit à mon* 
sieur l'évêque de Valence, ni si ce fut Sa Majesté 
qui le voulut mortifier; mais, pour toute réponse^ 
M. des Grais reçut un billet de M. de Louvois^ 



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4)0 MEMOIRES DE L ABBE DE CHOISY 

dans lequel il lui mandoit que rhomme qui se disoit 
monsieur Tévêque de Valence étoit un faux mon- 
noyeur, et qu'il eût sans réplique à le traiter en con- 
séquence et à le conduire au Châtelet, sans qu'une 
autre fois il lui arrivât de suspendre, au lieu d*exé- 
•cuter sans raisonnement ce qui lui étoit commandé. 

M. des Grais connut alors que la cour vouloit 
bien être trompée, et M. de Valence eut beau 
parler, représenter, crier, et se défendre sur Tétat 
auquel il étoit ; il fallut se lever, s'habiller, et se 
laisser conduire au Châtelet, où il fut écroué 
comme faux monnojeur. Sa cassette fut saisie, il 
fut fouillé partout ; et des Grais fit inventaire de 
tout ce qu'il trouva dans ses habits et dans ses 
cassettes. 

Un évêque au Châtelet n'est pas une chose bien 
ordinaire; mais, quand on y est, les plus sages sont 
4:eux qui rapprochent les moyens d'en sortir. 
M. de Valence écrivit à messieurs les agens du 
clergé, qui le vinrent trouver. Il les chargea d'une 
•seconde lettre pour le roi, auquel ces messieurs 
fendirent compte que M. de Valence étoit au 
Châtelet. « Au Châtelet, dit le roi, cela est im- 
possible, car il est dans son diocèse, ou en Li- 
mousin. )> Messieurs les agens lui assurèrent 
qu'ils l'avoient vu, et lui rendirent sa lettre. Alors 
le roi fît à ces messieurs les agens une espèce 
d'excuse de cette méprise, et leur ordonna d'as- 



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LIVRE VIII 91 

surer le clergé, à la première occasion, qu'il avoit 
été surpris de savoir qu'un évêque exilé fût venu à 
Paris sans ordre; mais qu'il n'en avoit donné 
aucun pour arrêter celui-là, qu'on n'avoit point 
connu tel , et que son intention n'avoit jamais 
été de nuire aux libertés dudit clergé; de sorte 
que le lendemain on expédia une seconde lettre 
de cachet pour changer le lieu de l'exil de 
M. de Valence; et, pour réparer en quelque ma- 
nière la honte de tout ce qui s'étoit passé, le roi 
ordonna à La Fond, gentilhomme ordinaire, de 
conduire cet évêque à l'Ile-en-Jourdain, honneur 
qui jusqu'alors n'avoit été accordé à aucun évêque, 
de donner un gentilhomme ordinaire pour l'ac- 
compagner. La cassette et l'argent furent remis à 
M. de Valence, qui partit en litière; sa santé avoit 
commencé à se rétablir depuis l'industrieuse con- 
servation de ses papiers. Monsieur fit un grand 
bruit de cet événement, et M»n« de Saint-Chau- 
mont fut exilée. 

Cependant tout ce qui se préparoit sourdement 
pour le voyage de Madame s'achevoit. Elle fut 
au désespoir de cet accident de M. de Valence, 
qu'elle ne vit point. Le roi fit, suivant son projet, 
un voyage en Flandre avec toute la cour. M. de 
Lauzun commandoit toute l'escorte du roi, com- 
posée de sa maison et de sa gendarmerie, et de ses 
mousquetaires ; ridée de la magnificence ne peut 



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<)2 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY 

pas aller plus loin que ce qu'on a vu dans ce 
voyage. Les troupes étoient superbement vêtues; 
la cour n'a jamais paru plus brillante. Le roi je- 
toit à pleines mains Tor, qu^il répandoit abondam- 
ment dans toutes les villes de ses nouvelles con- 
quêtes, et ajoutoit, à la qualité de toutes ces choses 
qu'il donnoit, les charmes de la manière av^c 
laquelle il parloit et agissoit. Le voyage finit par 
la visite des places de la mer, et Madame devoit 
s'embarquer au port le plus commode. Jamais se- 
cret n'a paru mieux gardé que celui qui devoit 
conduire Madame en Angleterre. 

Quelques semaines avant le départ de Madame,, 
le secret en fut révélé à Monsieur, lequel en parla 
au roi comme un homme instruit. Sa Majesté fit 
des reproches à Madame de n'avoir pu garder le 
secret. Madame assuroit, avec des sermens et des 
circonstances dont on ne pouvoit pas douter,, 
qu'elle n'en avoit jamais rien révélé. Le roi est 
impénétrable, et savoit bien que qui que ce soit en 
France ne pouvoit être informé de ses desseins ,. 
hormis M. de Louvois, dont il n'avoit osé parler 
à Madame, et M. de Turenne. Quel moyen y 
avoit-il de soupçonner M. de Turenne? Cepen- 
dant, si ce n'étoit ni le roi ni Madame, il falloit 
bien que ce fût l'un des deux qui en eût parlé. Le 
roi prit le seul bon parti qu'il y avoit pour appro- 
fondir cet embarras, et découvrit à Monsieur ce 



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LIVRE VIII 9$ 

qu'il ne pouvoit plus cacher : il lui dit, sans appro- 
fondir son grand projet sur la Hollande, que de- 
puis quelque temps il avoit jeté les yeux sur Ma- 
dame pour l'engager de passer en Angleterre , et 
cimenter, sur les instructions qu'il lui préparoit, 
une union des couronnes entre le roi d'Angle- 
terre et lui pour l'agrandissement du commerce; 
qu'il avoit expressément défendu à Madame d'en 
parler à qui que ce soit. Enfin, le roi tourna 
Monsieur son frère de tant de manières qu'il 
découvrit que cet avis du voyage de Madame en 
Angleterre lui étoit venu par le chevalier de Lor- 
raine. Mais par où le chevalier de Lorraine, qui 
n' étoit pas à la cour, en étoit-il informé ? Le roi 
envoya chercher M. de Turenne. « Parlez -moi 
comme à votre confesseur, lui dit le roi; avez- 
vous dit à quelqu'un ce que je vous ai confié de 
mes desseins sur la Hollande et sur le voyage de 
Madame en Angleterre ? » £n vérité , si le cœur 
de ce grand homme fut jamais combattu entre la 
vérité et la honte d'avouer sa foiblesse, ce fut dans 
cette occasion; cependant la vérité l'emporta, et ce 
fut un des grands combats et des plus embarras- 
sans oii ce grand capitaine se soit trouvé, «c Com* 
ment, Sire, répliqua M. de Turenne en bégayant, 
quelqu'un sait-il le secret de Votre Majesté ? — ^ 
Il n'est pas question de cela, reprit le roi pœs- 
samment : en avez-vous dit quelque chose ? — Je 



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94 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY 

n'ai point parlé de vos desseins sur la Hollande 
certainement, répondit M. de Turenne; mais je 
vais tout dire à Votre Majesté. J'avois peur que 
M*n« de Coatquen, qui vouloit faire le voyage de 
la cour, n'en fût pas, et, pour qu'elle prît ses 
mesures de bonne heure, je lui en dis quelque 
chose, et que Madame passeroit en Angleterre 
pour voir le roi son frère ; mais je n'ai dit que 
cela, et j'en demande pardon à Votre Majesté, à 
qui je l'avoue. » 

Le roi se prit à rire, et lui dit : 

a Monsieur, vous aimez donc Mn»ede Coatquen? 
— Non pas. Sire, tout à fait, reprit M. de Tu- 
renne; mais elle est fort de mes amies. — Oh bien ! 
dit le roi, ce qui est fait est fait, mais ne lui en 
dites pas davantage : car, si vous l'aimez, je suis 
fâché de vous dire qu'elle aime le chevalier de 
Lorraine, auquel elle redit tout, et le chevalier de 
Lorraine en rend compte à mon frère. » 

Quelques jours après, Madame passa en Angle- 
terre. Le temps qu'elle y resta fut autant de jours 
de triomphe. Cette charmante princesse enchan-^ 
toit tous ceux sur lesquels elle vouloit laisser tom- 
ber ses jeux. Elle réussit auprès du roi son frère 
dans la meilleure partie des choses dont le roi 
l'avoit chargée, et repassa en France, où, peu de 
temps après son retour elle mourut à Saint-Cloud, 
si subitement qu'il courut mille bruits di£Férens 



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LIVRE VIII 9S 

de sa mort, dont pas un peut-être n'a de fonde- 
ment que le malheur de l'humanité. 

A i'égard de M. de Valence, il resta quatorze 
ans exilé à l'Ile-en-Jourdain, et revint enfin dans 
son diocèse, d'où quelques années après son retour, 
ayant eu l'honneur de saluer le roi et de revoir 
Monsieur, qui le reçurent tous deux avec mille 
témoignages d'amitié , il fut transféré de l'évêché 
de Valence à l'archevêché d'Aix. C'est un homme 
d'une vivacité surprenante, d'une éloquence qui 
ne laisse pas la liberté de douter de ses paroles, 
bien qu'à la quantité qu'il en dit, il ne soit pas 
possible qu'elles soient toutes vraies. Il est d'une 
conversation charmante, d'une inquiétude qui fait 
plaisir à ceux qui ne font que l'observer, et qui 
n'ont point affaire à lui. Je me souviens que, dans 
une conversation où je me trouvai, en allant en 
Italie, entre le cardinal Le Camus et lui, le cardinal 
lui dit que le Pape lui avoit ordonné de mettre 
un peu de vin dans son eau, parce que l'eau pure 
lui gâtait l'estomac. « Monseigneur, reprit Tévê- 
que de Valence, il devoit bien plutôt vous ordon- 
ner de mettre de l'eau dans votre vin » ; et sur 
ce que, dans la même conférence qui se tint à 
Vienne, M. de Grenoble lui dit d'un ton aposto- 
lique, sur quelque chose qui regardoit la conduite 
de leurs diocèses, qu'il n'étoit pas venu là pour le 
gâter : a Ni moi, Monseigneur, reprit M. de Va- 



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^6 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY 

lence, pour vous canoniser. » Un jour qu'il vint à 
Grenoble voir M«c de La Baume, elle lui dit, 
en parlant d'elle-même, que, quand une femme 
approche de sa cinquantaine, elle ne doit songer 
qu'à la saivté. a Dites, Madame, reprit M. de 
Valence, quand elle s'en éloigne. » C'est grand 
dommage que Montreuil, qu'il avoit auprès de 
lui * , n'ait pas ramassé toutes les choses vives 
et singulières dont sa conversation ordinaire et 
toute sa vie ont été remplies. Pour moi, j'en ai dit 
tout ce que j'en ai pu apprendre par une longue 
et étroite familiarité. Je vais écrire à présent une 
suite d'aventures qui ne seront peut-être pas moins 
intéressantes. On y verra par quel enchaînement 
de circonstances bizarres le marquis d'Arquien, 
père de la reine de Pologne, n'a jamais pu par- 
venir à être duc. 



I. Mathieu de Montreuil, tuteur de quelques jolis ma- 
drigaux, était secrétaire de l'évèque de Valence. 



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LIVRE IX 




[ans tout le cours de la fortune de 
Jean Sobieski, même avant qu'il fût 
grand maréchal de Pologne, il avoit 
entretenu de grandes liaisons avec la 
France, et il avoit eu part aux propositions d'élec- 
tion que ce royaume avoit faites en faveur de M. de 
Longueville. 

Le roi s'étoit engagé d'assister ce grand maré- 
chal de tous les moyens possibles pour le faire roi 
lui-même, et de l'engager, supposé qu'il ne pût 
pas y parvenir, de donner ses suffrages et son parti 
à l'élection que la France protégeroit ; et que, sup- 
posé que la profession publique qu'il faisoit d'être 
à la tête du parti q^ue la France soutenoit lui fît des 
affaires dans son pays qui l'obligeassent d'en sortir, 
n'ayant pu le faire roi lui-même^ ou mettre la cou- 
Mémoires de Choisy. II. 1 3 



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98 MÉMOIRES DE L*ABBÉ DE CHOISY 

ronne sur la tête de celui que la France protégeroit; 
supposé, dis-je, que, par Téchouement de ces deux 
partis, il fût obligé de sortir de Pologne, après l'élec- 
tion d'un autre, le roi de France lui avoit promis de 
lui donner non seulement des établissemens consi- 
dérables en France, mais s'étoit obligé de le faire 
duc, s'il prenoit le parti de mener une vie tran- 
quille, et de le faire maréchal de France, s'il vou- 
loit continuer en France le métier de la guerre, 
auquel il avoit si bien réussi dans les guerres de 
Pologne. De sorte qu'il étoit naturel qu'étant 
devenu roi, et la reine sa femme souhaitant pas- 
sionnément l'élévation de son père en France, Sa 
Majesté polonoise tournât du côté du marquis 
d'Arquien, son beau-père, l'élévation dont il n'avoit 
plus besoin depuis qu'il étoit monté sur le trône. 
Ce prince en écrivit au roi, qui lui répondit 
gracieusement qu'il seroit très aise de trouver l'oc- 
casion de lui marquer, dans le père de la reine, Id 
considération qu'il avoit toujours eue pour lui; 
que très volontiers il feroit le marquis d'Arquien 
duc, mais que pour cela il falloit préalablement 
qu'il se mît en état de recevoir cette grâce par l'ac- 
quisition d'une terre qui pût soutenir le titre de 
duché, le marquis n'en ayant présentement aucun 
dans sa maison qui pût convenir à cette dignité; 
Le marquis de Béthune partit pour être ambassa- 
deur auprès du roi son beau-frère; il avoit eucon^^ 



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LIVRE IX 9^ 

noissance de cette promesse, supposé que le grand 
maréchal eût été obligé de se retirer en France; 
et, sans prendre connoissance des vues que le roi 
de Pologne avoit pour le marquis d'Arquien, il 
songeoit à rapprocher les moyens de tourner en sa 
faveur toutes les dispositions que Ton avoit eues 
de faire cette grâce, comme je viens de dire, au 
roi de Pologne. 

M. de Seignelay étoit intime ami du marquis 
de Béthune : c'étoit à lui et à M. de Colbert qu*i^ 
avoit fait part de ce projet, et ils avoient promis 
d'en ménager les conjonctures. Lt réponse que le 
roi avoit faite au roi de Pologne sur le marquis 
d*Arquien étoit inconnue au marquis de Béthune, 
et connue de M. de Colbert. Le roi même eût 
eu plus d'inclination d'élever le dernier que le 
marquis d'Arquien, qui étoit (jlomestique de Mon- 
sieur. De plus, cette terre pour donner un titre 
en faveur du dernier ne s'acbetoit point. Je ne saiâ 
si, pour favoriser les intérêts du marquis de Béthune, 
M. de Colbert lui-même ne traversoit point cet 
objet; et le roi enfin, fixé à ne pas faire deux 
ducs à la sollicitation du roi de Pologne, étoit 
résolu de faire celui des deux que Sa Majesté 
polonoise lui demanderoit ; jusque-là le roi de Po- 
logne ignoroit totalement les desseins du marquis 
de Béthune, son beau-frère, et songeoit véritable- 
ment à faire acheter une terre au père de la reine. 



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lOO MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY 

' Il arriva en ce temps-là à Varsovie un carme 
françois, qui fit demander au roi la permission de 
iùi parler en particulier. Après quelque difficulté 
j^our obtenir son audience, qu'il eut enfin, ayant 
fait dire qu'il s'agissoit d'une affaire particulière 
dont il importoit infiniment à Sa Majesté polonoise 
d'être informée, ce Père remit au roi une lettre 
dont le sens portoit : que celui qui.avoit l'honneur 
d'écrire à Sa Majesté, n'ayant pas celui d'être 
connu d'elle, se trouvoit obligé, aux dépens de la 
réputation de sa mère, de faire souvenir Sa Ma- 
jesté qu'étant en France, au sortir de l'Académie, 
il avoit eu commerce avec une belle femme, qui^ 
parce qu'elle étoit mariée, avoit fait paroître comme 
d^. son mari un 61s qu'elle avoit eu l'honneur 
d'avoir de Sa Majesté; que ce fils avoit eu, des 
biens de ce prétendu père, la seule fortune d'acheter 
la charge de secrétaire des commandemens de la 
rèinç de France; que, puisque la fortune et le 
mérité du roi avoient mis le père sur le trône, celui 
qui «voit l'honneur de se trouver et de s'avouer 
son fils avoit lieu d'espérer quelque élévation ; 
qu'au surplus il avoit l'avantage d'être protégé et 
considéré de la reine, à laquelle il avoit fait con-r 
fid^nce non seulement de ce qu'il étoit,^ mais de 
la prière qu'il faisoit à Sa Majesté polonoise; et 
qu'en le reconnoissantpour son fils, la reine seroît 
fort contente de contribuer de ;son côté à la prière 



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LIVRE IX lai 

qu'il lui faisoit de demander au roi de le faire duc 
et pair. ; 

Cette lettre étoit signée Brisacier, secrétaire des 
commandemens de la reine Marie-Thérèse, et por- 
toit que le carme auroit l'honneur d'entretenir Sa 
Majesté de quelques circonstances auxquelles il 
supplioit le roi d'avoir attention. Et tout de suite 
le carme lui remit deux lettres, Tune de la reine, 
dans les termes du monde les plus forts pour obliger 
Sa Majesté polonoise de demander au roi, son 
mari, la grâce de faire Brisacier duc ; et l'autre 
étoit une lettre de change de cent mille écus 
payable à Dantzig, aux ordres du roi de Pologne; 
Tout cela étoit accompagné d'un très beau portrait 
de la reine de France, dont le cadre étoit orné de 
quantité de diamans; et ce portrait, que le carme 
lui remit, étoit au moins de vingt ou vingt-cinq 
mille écus. 

Le roi, surpris d'une aventure si nouvelle, ne 
se souvient ni de M^^ Brisacier, ni d'avoir cru 
avoir un fils ; mais comme, dans le temps de ses 
premiers voyages en France, il avoit eu commerce 
avec plusieurs femmes de moyenne vertu, il étoit 
possible que tout ce que contenoit la lettre signée 
Brisacier fût vrai. Le roi commença par se saisir 
du portrait, envoya à Dantzig savoir si la lettre de 
change, dont il prit copie, étoit de l'argent comp-» 
tant, et, lorsqu'il eut appris qu'effectivement rien 



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I02 MEMOIRES DE L ABBE DE CHOISY 

n'étoit meilleur que ladite lettre de change, ce 
prince fit réflexion qu*au bout du compte cent 
mille écus étoient toujours aussi bons à prendre 
que le portrait, qu'il avoit mis à part; que la 
lettre de la reine de France étoit une chose effec- 
tive, qui ne lui laissoit quasi pas douter que Bri- 
sacier ne pût être son fils; et il remit au carme 
une lettre pour le roi, qui contenoit partie de ce 
que portoit celle de Brisacier, et le supplioit 
d'avoir égard qu'ayant un fils en France qu'il vou- 
loit reconnoître, il conjuroit Sa Majesté de vouloir 
l'honorer de ses grâces, et de vouloir bien, à sa 
prière, le faire duc. Moyennant cette lettre. Sa 
Majesté polonoise eut l'industrie de tirer la lettre 
de change. Ce prince aimoit l'argent, et ne perdit 
point de temps à envoyer à Dantzig prendre les 
cent mille écus qu'elle portoit. 

La surprise du roi ne fut pas médiocre quand il 
reçut la lettre du roi de Pologne. Brisacier n'étoit 
ni de figure, ni n'avoit jamais été regardé que 
comme un sujet très médiocre, que l'on trouvoit 
même très honoré de l'emploi de secrétaire des 
commandemens de la reine, qu'il exerçoit. Le roi, 
qui savoit les prétentions deBéthune et celles que 
le roi de Pologne lui avoit témoignées pour son 
beau-père, ne laissoit pas de trouver assez singulier 
que de la même part on lui demandât trois grâces 
considérables de la même nature. 



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LIVRE IX Io3 

Sa Majesté tint le cas secret, vécut avec Brisa- 
cier comme de coutume, et écrivit au marquis de 
Bélhune de découvrir si effectivement le roi de 
Pologne étoit persuadé que Brisacier fût son fils. 

Le marquis prit le temps que le roi étoit de 
bonne humeur à la chasse. « Oserai-je, Sire, lui 
dit-il, demander à Votre Majesté ce que c'est 
■qu'un nommé Brisacier qui fait courre le bruit en 
France qu'il a l'honneur d'être votre fils; et que 
Votre Majesté, prête à le reconnoître, a demandé 
au roi mon maître d'élever à la plus grande dignité 
■de son royaume? — Le diable m'emporte, dit le 
coi, si je sais ce que c'est que M. ni M^e Bri- 
sacier. Je n'étois pas chaste quand j'étois en 
France, y ayant de bonnes et de mauvaises for- 
tunes. » £t tout de suite le roi lui conta ce que 
•contenoit la lettre de Brisacier, les éclaircissemens 
'qu'il lui donnoit sur sa naissance, la circonstance 
de la lettre de change de cent mille écus, et celle 
au portrait de la reine enrichi de diamans ; et que 
-ce qui l'tvoit le plus déterminé à croire que ledit 
Brisacier étoit véritablement son fils, c'étoit une 
lettre de la reine de France qui lui assuroit qu'elle 
le protégeoit, et paroissoit avoir une extrême con- 
sidération pour lui. 

Le marquis de Bétbune lui dit tout ce qu'il sa- 
voit des talens et de la figure du sieur Brisacier, 
bien capable d'avoir fait une imposture qu'il étoit 



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I04 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY 

nécessaire d'approfondir. Au retour de la chasse, 
le roi lui remit l'original de la lettre de la reine de 
France, en lui disant : « Voyez, Monsieur, si je 
puis moins faire pour un homme qui se dit mon 
fils, et qui m'est recommandé aussi fortement par 
une princesse de la piété, de la vertu et du rang 
de la reine ! » 

Le marquis de Béthune envoya l'original de 
cette lettre au roi, qui passa chez la reine, et lui 
dit : « Voyez, Madame, ce que c'est que cette 
lettre. )> La reine reconnut son seing, et dit : 
« C'est mon écriture! » £t, à mesure qu'elle la 
lisoit, sa surprise augmentoit, et continua de dire 
qu'elle n*avoit jamais pensé à une telle imperti* 
nence; qu'elle ne savoit ce que c'étoit, et qu'il 
falloit que Brisacier fût devenu fol; qu'apparem- 
ment le fripon lui avoit fait signer cela en lui 
présentant des lettres de complimens, que I'od 
signe d'ordinaire sans les voir, parce que ce ne 
sont que des lettres d'usage dont le style est tou-* 
jours le même, et qui ne signifient rien. « Oh 
bien! Madame, dit le roi, prenez garde doréna- 
vant à ce qu'on vous fait signer. J'exige de vous- 
que vous ne direz rien du tout de cette aventure à 
ce fol de Brisacier. » Peu de jours après le roi le 
fit arrêter et l'envoya à la Bastille; on prit tous 
ses papiers, et on l'interrogea. 

Ce petit extravagant avoua qu'il avoit imaginé 



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LIVRE IX I05 

toute cette belle histoire. Il conta comme quoi 
il avoit engagé un carme de sa connoissance à 
porter la lettre qu'il avoit fait signer à la reine 
sans qu'elle sût ce que c'étoit; il n'oublia pas la 
circonstance du portrait, et de la lettre de change 
de cent mille écus. Le roi envoya les interrogations 
et les dépositions du tout à Sa Majesté polonoise, 
qui connut si bien la fausseté de l'engagement où 
l'on avoit voulu le mettre qu'il fit des excuses au 
roi de sa crédulité. 

Quand Brisacier eut fait quelque pénitence à la 
Bastille, on le mit en liberté comme un fol, avec 
ordre de sortir de France. Son premier soin fut de 
courir après la lettre de change de cent mille écus^ 
que le roi de Pologne avoit touchée ; il se rendit 
à Varsovie pour essayer d'en rapporter quelque 
chose. Le roi le reçut comme un fripon et comme 
un imposteur. Cependant ses créanciers firent tant 
de justes représentations à Sa Majesté polonoise 
qu^il promit d'en payer quelques-uns. 

Les princes ont toujours de la peine à rendre ce 
qu'ils ont touché. On donna cinq ou six cents pis-* 
tôles à ce malheureux, qui passa en Moscovie, où 
il mourut, dans le dessein d'aller aux Indes cher- 
cher la fortune qu'il n'avoil pu faire en Europe; et 
le roi peu à peu, et dans tous les plus mauvais 
et les plus reculés effets qu'il put avoir de temps 
en temps, et dans l'espace de quatre ans, ren-; 



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106 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY 

dit aux créanciers la somme qu'il avoit touchée. 
Le ridicule d'avoir demandé les plus grandes 
dignités du royaume pour un imposteur ralentit 
dans le roi et la reine l'empressement de demander 
la même grâce pour le père de la reine, qui s'étoit 
rendu en Pologne. L'affaire de Strick ' , la dissipa- 
lion des troupes qui dévoient passer au service de 
Tékély, et les brouilleries qui obligèrent de rap- 
peler le marquis de Béthune, lui firent absolument 
perdre les vues dont il avoit fait confidence au 
marquis de Seignelay. Les cours de France et de 
Pologne ne vécurent plus dans les mêmes liai- 
sons d'intérêt, et la reine ne put avoir dans tous 
ces contretemps la satisfaction, qu'elle avoit dé- 
sirée, de voir son père duc. Quelque temps après, 
l'on décora sa personne du cordon bleu, et on lui 
procura de la part du royaume de Pologne un 
chapeau de cardinal, avec lequel il est mort dans 
une extrême vieillesse, à Rome, auprès de la reine 
sa fille, qui s'y retira après la mort du roi son 
mari, et après avoir perdu l'espérance de mettre 
aucun des princes ses fils sur le trône de Pologne. 

I. Il est question de la levée de troupes que le marquis 
de Béthune faisait dans la starostie de Strick, aux frais de 
la France, pour secourir les mécontents de Hongrie. L*abbé 
de Cboisy donne des détails fort curieux sur ce point d'his- 
toire dans un Mémoire publié dans le Recueil A. B. C, en 
1745. On le trouvera ici dans le onzième livre. (Note de 
l'édition Michaud,) 



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LIVRE IX 107 

J'ai cru ce trait d'histoire assez important pour 
en conserver la mémoire à la postérité; mais me 
voici enfin à ce que j'ai promis dès le commence- 
ment de ces Mémoires, à la vie du cardinal de 
Bouillon. 




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LIVRE X 




PE petit voyage que je viens de faire 
, à La Ferté-Vidame , où M. le car- 
\ dinal de Bouillon a demeuré quelque 
temps en s'en retournant à Cluny, 
m*a fait venir la pensée d'écrire des mémoires sur 
sa vie; elle est pleine d'événemens si grands et si 
singuliers qu'ils méritent de passer à la postérité. 
Cinq conclaves où le cardinal de Bouillon a fait 
voir sa capacité, deux exils assez longs qu'il a sou- 
tenus avec fermeté, les évêchés de Liège et de 
Strasbourg qu'il n'a manques que par les intrigues 
de ses ennemis, le cardinalat, la charge de grand 
aumônier de France, l'abbaye de Cluny, dont il a 
eu la principale obligation à son habileté dans les 
affaires du monde, les disgrâces de sa fortune et 
ses faveurs, me fourniront une belle matière, pourvu 
que je sois instruit de toutes ces particularités; et 



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LIVRE X 109 

ye me vante que personne sur la terre ne l'est 
mieux que moi. Je suis ami du cardinal depuis son 
enfance; je l'ai suivi dans plusieurs de ses voyages; 
)'ai été son conclaviste à Texaltation du pape Inno*- 
cent XI; j'ai fait plusieurs campagnes du roi dans 
son carrosse, et dans tous les temps il a eu peu de 
choses cachées pour moi. Feu M. de Turenne 
étoit le meilleur ami de ma mère, jusque-là qu'é- 
tant devenue vieille, elle lui disoit : a Comment 
se peut-il faire qu'ayant passé notre vie ensemble, 
irous jeune , moi jolie , vous ne m'ayez jamais dit 
pis que mon nom? » Ainsi le cardinal et moi avons 
été accoutumés dès Tenfance à nous connoître,.et, 
si je Tose dire, à nous aimer. J'ai déjà dit qu'il 
commença à faire parler de lui par une querelle 
qu'il eut au collège avec l'abbé d'Harcourt, et qu'il 
soutint vigoureusement. Le lendemain, ma mère 
me demanda si j'avois été lui offrir mon bréviaire; 
je lui dis que non, et que l'abbé d'Harcourt éioit 
de mes amis. « Comment! me dit-elle, le neveu 
de M. de Turenne! courez vite, ou sortez de 
chez moi. » C'étoit une maîtresse femme, qui fai- 
soit ma fortune. J'y allai ; et depuis ce jour-là j'ai 
toujours été attaché à lui; et. jamais, ce qui est 
assez rare dans une amitié de plus de cinquante 
années, il n'y a eu le moindre froid entre nous. 
Je vais donc écrire des Mémoires que je commenr 
cerai dès sa plus tendre- enfance, et je me gs^rderai 



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IIO MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY 

bien de lui en parler. Je m'instruirai à fond dans 
nos conversations des choses que je ne sais pas 
assez exactement; il aime assez à parler de ce qui 
le regarde, quand il parle à un ami particulier, et 
cela est fort naturel; et, d'ailleurs, je me veux- 
réserver le droit de le blâmer quand il sera blâ* 
mtble. Tous les hommes font des fautes; mais la' 
plupart n'aiment pas qu'on les avertisse, et surtout 
les gratids seigneurs, qui sont accoutumés aux 
louanges. Je l'aime tendrement, mais j'aime en- 
core mieux la vérité , et tout mon attachement ne 
me fera jamais rien dire à son avantage qui ne soie 
vrai : aussi je ne cacherai rien de ce qui peut le 
justifier sur les prétendus crimes qu'on lui a im- 
putés; et, sans manquer au respect que je dois à 
ceux que Dieu a mis sur nos têtes, je dirai sim^ 
plement les choses comme elles se sont passées. 
Je dirai, de plus, que je n'ai pas été élevé dans 
une bouteille; ma mère, quoique femme d'up 
homme de robe, avoit tous les jours toute la cour 
chez elle. Nous logions dans une belle maison à la 
porte du Louvre; d'ailleurs, j'étois le dernier de 
mes frères, et, comme ma mère m'a eu dans un âge 
assez avancé, je la faisois paroitre encore jeune, 
ce qui faisoit sans doute qu'elle m'aimoit plus que 
mes frères. Elle envoja l'aîné conseiller à Tour 
louse, où nous avions beaucoup de parens. Le sen 
cond , qu'on appeloit Balleroj, alloit à la guerre, 



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LIVRE X III 

OÙ M. de Turenne, le héros du siècle, le faisoit 
valoir en toutes occasions; et moi, j'étois avec 
elle. Tous les matins j'écrivois au chevet de son 
lit toutes les lettres qu'elle écrivoit aux plus grandes 
princesses de l'Europe, avec qui elle avoit com- 
merce, et principalement à la princesse Marie, 
reine de Pologne, son amie particulière , et toutes 
ses lettres parloient d'affaires souvent très impor- 
tantes ; de sorte que j'ai été initié de bonne heure 
aux intrigues de la cour. Tout cela m'étoit fort 
avantageux, et devoit me former l'esprit; mais, 
d'uQ autre côté, ma mère avoit tant de foiblesse 
pour moi qu'elle étoit continuellement à m'ajus- 
ter. Elle m'avoit eu à quarante ans passés, et, comme 
elle vouloit absolument encore être belle, un enfant 
de huit à neuf ans, qu'elle menoit partout, la fai* 
soit paroitre encore jeune. On m'habilloit en fille 
toutes les fois que le petit Monsieur * venoit au 
logis, et il y venoit au moins deux ou trois fois la 
semaine. J'avois les oreilles percées, des diamans, 
des mouches, et toutes les autres petites afféteries 
auxquelles on s'accoutume fort aisément, et dont 
on se défait fort difficilement. Monsieur, qui ai- 
moit tout cela, me faisoit toujours cent amitiés. 
Dès qu'il arrivoit, suivi des nièces du cardinal 



I. Le duc d'Anjou, depuis duc d'Orléans, Monsieur^ 
frère de Louis XIV. 



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112 MEMOIRES DE L ABBE DE CHOISY 

Mazarin et de quelques filles de la reine, on le 
mettoit à sa toilette, on le coiffoit; il avoh un 
corps pour lui conserver sa taille; le corps étoit 
en broderie. On lui ôtoit son justaucorps pour 
lui mettre des manteaux de femme et des jupes; 
et tout cela se faisoit, dit-on, par l'ordre du car- 
dinal, qui vouloit le rendre efféminé, de peur qu'il 
ne fît de la peine au roi, comme Gaston avoit fait 
à Louis XIII. Mais la nature a été la plus forte en 
lui. Quand il a fallu se battre, il s'est montré du 
sang de France, et a gagné des batailles. Je l'ai 
vu pendant des campagnes entières quinze jours à 
cheval, en suivant les ordres du roi^ exposant toute 
sa beauté à un soleil qui ne l'épargnoit pas. Quand 
Monsieur étoit habillé et paré, on jouoit à la petite 
prime (c'étoit le jeu à la mode), et sur les sept 
heures on apportoit la collation ; mais il ne parois- 
soit point de valets. J'allois à la porte de la cham- 
bre quérir les plats, et les mettois sur dei guéri- 
dons autour de la table; je donnois à boire, dont 
j'étois assez payé par quelques baisers au front 
dont ces dames m'honoroient. M^"^ de Brancas 
y amenoit souvent sa fille, qui a été depuis la prin- 
cesse d'Harcourt. Elle m'aidoit à faire ce petit 
ménage ; mais, quoiqu'elle fût fort belle, les filles de 
-la reine m'aimoient mieux qu'elle, sans doute 
parce que,, malgré les cornettes et les jupes, elles 
sentoient en moi quelque chose de masculin. J'ou- 



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LIVRE X I i3 

bliois à dire que M™e de Brancas et ma mère en- 
-voyoient jouer leurs enfans à cul nu sur un petit 
Klegré dérobé, persuadées que cela les feroit ga- 
gner. J*ai cru devoir rapporter ici toutes les baga- 
telles, afin de fonder la créance de ceux qui liront 
ces Mémoires, en leur apprenant que j'ai passé 
ma vie avec des gens qui ont pu m'instruire de 
itout. 

J'ajouterai que dans la suite je me suis trouvé 
«dans la familiarité de tous les ministres, à l'excep- 
tion de M. de Louvois, qui me baïssoit fort, à 
•cause qu'il me croyoit attaché au cardinal de 
Bouillon. Je n''ai pourtant pas eu grand commerce 
avec M. Colbert; je n'aimois pas à aller chez lui, 
il sembloit qu'il fût toujours fâché; mais je voyois 
-souvent M. Le Tellier, encore plus souvent M. de 
Lionne, à cause de ses enfans qui m'aimoient fort, 
*t M. de Pomponne, qui avoit grande obligation à 
ma mère. Elle avoit un an durant montré au roi 
<le belles lettres qu'il lui écrivoit de Suède, et cela 
n'avoit pas peu contribué à le faire ministre. Il est 
vrai que ces belles lettres il étoit trois mois à les 
faire, et, quand il fut en place, on s'aperçut bien- 
tôt que c'étoit un homme d'un génie assez court. 
Je voyois aussi M. de Croissy, qui avoit plus de 
capacité qu'on n'a cru dans le monde. Son air 
grossier, pour ne pas dire brutal, lui a fait tort. 
Personne n'écrivoit mieux, et toutes ses dépêches, 

Mémoires de Choisy. II. i5 



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114 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY 

qu'il dictoit lui-même sans le secours de ses corn- 
mis, étoient admirables. Bergeret, son premier 
commis, se donnoit là-dessus une vanité ridicule; 
il alloit tous les jours écrire sous son maître les 
lettres qu'il lui dictoit, et n'étoit que simple scribe, 
quoiqu'il eût deux mille écus d'appointemens; il 
n'y changeoit pas une parole, et cependant, lors- 
qu'on parloit des belles dépêches de M. de 
Croissy et qu'on le flattoit d'y avoir quelque part^ 
il se donnoit un air modeste, qui laissoit entendre 
ce qui n'étoit pas, sans pourtant qu'on pût l'accu- 
ser de s'en être vanté grossièrement. J'ai moi- 
même été trompé comme les autres jusqu'au jour 
qu'à la honte de notre siècle, l'Académie Françoise 
le préféra à M. Ménage. Alors il me consulta sur 
une harangue que M. d'Haucourt, son ami, lut 
avoit faite, et je connus son incapacité par les 
manières innocentes et niaises dont il reçut mes 
corrections, dont il n'entendoit pas la moitié. 
M. de Pontchartrain, devenu chancelier, étoit aussr 
plus que pas un de mes amis. Nous avons étudié 
ensemble; et son père, président des Comptes, si- 
gna parmi mes parens quand on me fit émanciper. 
Après tout ce verbiage, dont je me serois peut- 
être bien passé, je viens à mon dessein. 

Emmanuel-Théodose de La Tour d'Auvergne, 
cardinal de Bouillon, naquit dans le château de 
Turenne, le 24 août 1648, quoique dans toute 



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LIVRE X ll5 

ritalie il passe pour êire né à Rome en 1644, 
dans le temps que le feu duc de Bouillon, son père, 
s'y rendit pour être généralissime des troupes du 
pape Urbain VIII. Sa femme, Éléonore de Ber- 
gue, princesse dont la piété solide égaloit le cou- 
rage, la beauté et la naissance, le suivit avec quel- 
ques-uns de ses enfans, et peut-être que le cardinal 
de Bouillon ne s'est pas opposé à cette créance 
commune, dans la pensée qu'étant cru né Romain, 
on l'en aimeroit mieux dans Rome en le croyant 
compatriote. Sa maison est regardée comme une 
des plus illustres de l'Europe'. Justel et Baluze 
en ont fait la généalogie, et la font descendre 
des ducs d'Aquitaine, comtes d'Auvergne; et, 
quoique Le Bouchet, fameux généalogiste, ait paru 
en plusieurs occasions peu favorable à M. de Bouil* 
Ion, il ne laisse pas d'avouer qu'ils descendent en 
ligne directe de Géraud de La Tour, qui vivoit eii 
987, qu'il dit bien être de la maison d'Auvergne, 
mais non pas descendre d'Asfred, comte d'Au- 
vergne et duc d'Aquitaine, dont Justel les a fait 



I. Les prétentions généalogiques de la maison de Bouil- 
lon eurent aussi une grande part à la disgrâce du cardinal. 
On voit même, par les documents que nous avons imprimés 
dans notre notice sur Turenne (t. III de cette série de la 
collection, p. 327), que Louis XIV donna des ordres se-» 
creis pour faire enlever les titres de cette maison, cachés à 
Rome par ordre du cardinal, afin d'examiner d*autorité la 
validité de leurs prétentions. {Note de l'édition Michaud,) 



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Ilb MEMOIRES DE L ABBE DE CHOISY 

descendre le premier, mais de Bernard, vicomte 
d'Auvergne, qui vivoit vers l'an 900. Une si 
grande ancienneté jointe à quinze alliances avec 
la maison royale mettent la maison de Bouillon 
au-dessus de beaucoup d'autres qu'on s'efforce 
tant de faire valoir. 

Quelque temps après la naissance d'Emmanuel- 
Théodose, on le destina à être chevalier de Malte, 
malgré la répugnance de la duchesse de Bouillon, 
sa mère, qui trouvoit fort dangereux pour le sa- 
lut un état de vie qui engage à des vœux reli- 
gieux, dont l'observation est si difficile par le 
commerce du grand monde et par la vie militaire. 
Il porta le nom de chevalier jusqu'à ce qu'il em- 
brassât l'état ecclésiastique. Au commencement de 
l'année 1644, le duc et la duchesse de Bouillon, 
sous prétexte d'un pèlerinage au Puy, partirent de 
Turenne et passèrent en Italie; ils remirent ce 
petit chevalier entre les mains de M^^ de Duras, 
sa tante, que le duc aimoit plus tendrement que 
ses autres sœurs : ce qui a bien paru dans la suite, 
MM. de Duras ayant plus profité de l'amitié et de 
la protection de M. de Turenne, qui pensoit sur 
leur sujet comme son frère, que tous ses autres 
neveux, fils de ses sœurs. M^^^ de Duras garda 
chez elle le petit chevalier de Bouillon jusqu'en 
1647, que le duc de Bouillon, étant revenu à la 
cour après la paix d'Italie, sollicita le dédomma- 



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LIVRE X I 17 

gement qu'on lui avoit promis pour la souveraineté 
de Sedan. 

Les livres sont pleins du traité que M. de Cinq- 
Mars, grand écuyer de France, fît avec le roi 
d'Espagne pour chasser le cardinal de Richelieu. 
J'ai été bercé de toutes les particularités de cette 
affaire; ma mère étoit de tous les secrets de la 
cour. La princesse Marie de Gonzague, qui a été 
depuis reine de Pologne, et son amie intime, lui 
avoit promis de faire mon père garde des sceaux, 
après qu'elle auroit épousé M. le Grand, qui de- 
voit être connétable. Elle étoit confidente de leurs 
amours; mais mon père, alors intendant de Lan- 
guedoc, ne savoit rien de tout cela : il eut ordre 
d'aller chez M. le Grand, qui avoit été arrêté, et 
de saisir tous ses papiers, même ceux qui étoient 
dans ses poches. Il le trouva dans sa chambre à 
Montpellier, se promenant à grands pas devant 
un grand feu, où il avoit jeté beaucoup de papiers, 
a Monsieur de Choisy, lui dit-il en le voyant, 
vous seriez ^bien fâché de trouver tout ce que je 
viens de brûler. » Enfin tout fut découvert. 

M. le duc d'Orléans, oncle du roi, avoit signé 
le traité d'Espagne, et l'on prétendoit même, sur 
de grandes apparences, que le roi, qui n'aimoit 
plus le cardinal de Richelieu, qui le craignoit, 
avoit tout approuvé. Ce prince, dont on a dit avec 
raison qu'il étoit grand dans les petites choses et 



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Il8 MÉMOIRES DE l'aBBE DE CHOIST 

petit dans les grandes, avoit eu envie de temps en 
temps de se défaire de ce cardinal, et n'avoir ja- 
mais eu la force de le faire. M. le Grand eut le col 
coupé; M. de Thou l'eut aussi, quoiqu'il n'eût 
point signé ce traité, mais parce qu'en ayant eu 
la connoissance, il n'en avoit rien dit. M. le duc 
d'Orléans en fut quitte pour aller à Biois, et 
M. de Bouillon, qui commandoit l'armée du roi 
en Italie, fut strrêté et conduit à Lyon, au châ- 
teau de Pierre-Encise. Il nioit fort d'être entré 
dans le traité, et il ne se trouva point de preuves 
contre lui ; mais comme Fontrailles, agent de 
M. de Cinq-Mars, l'avoit nommé parmi ceux qui 
n'aimoient pas le cardinal de Richelieu, et que 
Monsieur lui avoit fait promettre de lui donner 
retraite dans Sedan, en cas que le roi vînt à mou- 
rir, on le menaça de lui faire un mauvais parti s'il 
ne faisoit rendre au roi la ville de Sedan, dont on 
lui donneroit un dédommagement considérable. 
Le cardinal Mazarin, qui commençoit à entrer dans 
les affaires sous les ordres du cardinal de Riche- 
lieu, ménagea l'accommodement. Sedan fut livré, 
au grand regret d'Elisabeth de Nassau, mère du duc 
de Bouillon, qui vouloit plutôt souffrir les der- 
nières extrémités et hasarder la vie de son fils. Le 
duc de Bouillon fut mis en liberté et relégué à 
Turenne, où il demeura jusqu'à la mort du roi 
Louis XIII. Il fut alors persuadé que le cardinal 



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LIVRE X 119 

Mazarin, tout-puissant sur l*esprit de la reine ré- 
gente, lui feroit rendre justice sur le dédomma- 
gement qu'il lui avoit promis de la part du cardinal 
de Richelieu. Il revint à la cour avec de grandes 
espérances. Il y fut assez mal reçu. On le regarda 
comme un homme qu'on ne craignoit plus depuis 
qu'il n'avoit plus Sedan , et sa présence devint 
bientôt importune. Il s*en aperçut et s'en alla à 
Turenne, où il négocia pendant l'hiver le généra- 
lat des troupes du Pape, Il passa en Italie, et, y 
étant demeuré jusqu'en 1647, ^^ ^^ ^"^ point en 
état de solliciter son dédommagement. Il revint à la 
cour, où il fut traité d'abord assez bien, et ensuite si 
mal qu'il se vit obligé à suivre l'exemple de M. le 
prince de Conti, qui s'étoit déclaré pour la ville 
de Paris contre le roi; le duc de Longueville se 
déclara aussi. On mena les enfans de M. le duc 
de Bouillon à l'Hôtel de ville, pour y servir 
d'otages de la fidélité de leur père. M^^ de Lon- 
gueville, sœur des princes de Condé et de Conti, 
fut aussi conduite à l'Hôtel de ville, pour y servir 
d'otage. Elle y accoucha du comte de Saint-Paul, 
qui fut tenu sur les fonts de baptême par le prévôt 
des marchands et échevins de la ville de Paris, et 
par M™e de Bouillon, qui le nommèrent Charles- 
Paris. C'est lui qui fut tué au passage du Rhin en 
1672, dans le temps qu'il alloit tâcher de se faire 
roi de Pologne. 



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120 MEMOIRES DE L ABBE DE CHOISY 

Pendant que M. de Bouillon étoit déclaré l'uit 
des généraux de la ville de Paris, M. de Turenne, 
qui commandoit l'armée du roi en Allemagne, 1» 
faisoit confédérer contre la cour; mais peu après^ 
par les intrigues de M. le Prince, qui avoit con- 
servé beaucoup de crédit sur ces troupes qu'il avoit 
commandées longtemps, M. de Turenne s'en vit 
abandonné, et fut obligé de se retirer en Hol- 
lande. 

La guerre de Paris ne dura pas longtemps, la 
ville se soumit au roi; il y eut une amnistie géné- 
rale, et le duc de Bouillon et le vicomte de Turenne 
y furent nommés expressément; mais cette paix 
ne fut pas longue. Le cardinal Mazarin , fatigué 
de la manière impérieuse dont il étoit traité par 
M. le Prince, qui vouloit faire donner à ses créa- 
tures toutes les charges et tous les gouvernemens, 
persuada à la reine mère et régente (qu'il gou- 
vernoit absolument) de faire arrêter les princes 
(car M. le Prince, le prince de Conti et le duc 
de Longueville étoient unis inséparablement par le 
sang et par l'intérêt). Il s'assura en secret, avant 
que de l'entreprendre, du parti des frondeurs, et il 
gagna le coadjuteur de Paris, depuis le cardinal 
de Retz, et le duc de Beaufort, et fît conduite les 
princes au château de Vincennes, dans le temps 
qu'ils s'y attendoient le moins. Ils avoient reçu 
plusieurs avis secrets dont ils s'étoient moqués^ 



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LIVRE X 121 

quoiqu'ils prissent la précaution de n'aller jamais 
tous trois ensemble au Louvre. M. de Longueville 
étoit alors à une petite maison à Chaillot, où il 
prenoit des eaux. Quand toutes les mesures furent 
prises, la reine mère écrivit le soir à M. de Lon- 
gueville que, s'il vouloit la venir trouver le lende- 
main, elle lui donneroit contentement sur le gou- 
vernement du Pont-de-l'Arche, qu'il demandoit 
depuis longtemps; qu^elle étoit incommodée, et 
ne tiendroit pas conseil ce jour-là. Il n'y manqua 
pas, et fut bien étonné quand il vit les deux princes 
déjà arrivés. Le cardinal Mazarin entra aussitôt, 
et leur dit que la reine achevoit quelques dépê- 
ches. Un moment après, entra le vieux Guitaut, 
capitaine de ses gardes, qui les arrêta de la part du 
rai, et les pria de passer par un petit escalier dé- 
robé. M. le Prince, en voyant cet escalier fort 
obscur et plein de gardes du corps la carabine 
haute, hii dit : « Guitaut, ceci a bien l'air des 
États de Blois. — Non, non. Monseigneur, lui 
dit -il, je ne m'en mêlerois pas. » Ils descendi- 
rent, et furent mis entre les mains du comte de 
Miossens, capitaine-lieutenant des chevau-légers, 
qui en devint maréchal d'Albret; il les mena à 
Vincennes, et, dans le chemin le carrosse s'étant 
rompu, M. le Prince, pendant qu'on le raccommo- 
doit, dit tout bas à Miossens : « Voici une belle 
occasion pour un cadet de Gascogne. » Miossens 

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122 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY 

ne fut point ébranlé, et mena ses prisonniers à 
Vincennes. 

Dès que les princes eurent été arrêtés, le duc 
de Bouillon et M. de Turenne se déclarèrent 
hautement pour leur liberté. Le duc s'en alla à 
Montrond prendre Mn^e |a Princesse, et la con- 
duisit à Bordeaux avec trois ou quatre mille 
hommes de la vicomte de Turenne. M. de 
Turenne, de son côté, s'en alla à Stenay; la reine 
mère envoya aussitôt le sieur de Carnavalet, lieu- 
tenant des gardes du corps, arrêter la duchesse de 
Bouillon, qui logeoit dans la vieille rue du Temple, 
et qui étoit prête d'accoucher. Dès que ses Suisses 
virent venir les gardes du corps, ils fermèrent la 
porte, et la vinrent avertir. Elle n'eut que le temps 
de dire à un valet de chambre de faire sauver ses 
enfans. Elle avoit alors quatre garçons; le petit 
chevalier de Bouillon, dont j'écris la vie, étoit le 
troisième. Le valet fit mettre promptement les 
chevaux au carrosse pendant qu'on ouvroit les 
portes aux gardes du corps, qui se postèrent sur 
l'escalier, mais il passa hardiment au milieu d'eux 
avec les quatre enfans, en leur disant : « Allez- 
vous-en, Messieurs; nos petits princes ont bien 
d'autres affaires qu'à jouer, les voilà prisonniers », 
faisant accroire aux gardes que c'étoient des en- 
fans du quartier qui étoient venus pour jouer 
avec eux. Les gardes les laissèrent passer; il monta 



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LIVRE X 12^ 

en carrosse avec eux, et les mena chez le maré- 
chal de Guébriant, ami de la maison. Le marquis 
du Bec, son frère, étoit le meilleur ami de M. de 
Bouillon. Ils n'y demeurèrent que quelques jours, 
et la maréchale, pour les mieux cacher, les fit 
habiller tous quatre en filles, et les mena dans 
une petite maison qu'elle loua auprès de Belle- 
chasse, quartier où il n'y avoit alors que des jar- 
dins. Ils y demeurèrent près de deux mois, et y 
pensèrent être découverts par l'imprudence de 
ceux qui les servoient. Ils leur laissèrent faire dans 
le jardin un petit fort, que les uns attaquoient et 
que les autres défendoient avec grand bruit. Ces 
enfans n^étoient pas nés pour vivre en filles. Une 
jardinière du voisinage les vit par-dessus la mu- 
raille, et dit à ses voisines : « Il y a là dedans de 
plaisantes petites filles qui font les gens d'armes. » 
Le marquis du Bec, qui les venoit voir fort souvent, 
en fut averti, et résolut de les changer de lieu. 
Cependant la duchesse de Bouillon, qui étoit ac- 
couchée et en bonne santé, songea à se sauver 
pour aller trouver son mari à Bordeaux. M'^e de 
Bouillon, sa belle-sœur, et sa fille aînée, qui a 
été depuis duchesse d'Elbeuf, jouoient toute la 
journée avec Carnavalet. La duchesse les quittoit 
souvent pour aller écrire, disoit-elle, ou prier 
Dieu. Elle se cachoit les soirs dans quelque coin 
de la maison pour mettre en peine Carnavalet, qui 



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124 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY 

la trouvoit toujours; et enfin elle l'y accoutuma si 
bien que, quand il ne la trouvoit pas d'abord, il 
ne s*en étonnoit pas. Un soir qu'elle avoit bien 
pris ses mesures, elle sortit par le soupirail de la 
cave avec sa fille ainée, pendant que Carnavalet 
jouoit au reversis. Un gentilhomme de M. de 
Bouillon Tattendoit dans la rue, et la conduisit 
chez une de ses amies, à qui il fit accroire que 
c'étoit une riche veuve qu'il venoit d'enlever. Elle 
passa le lendemain dans la maison d'un frère de 
Bartet, qui a été depuis secrétaire du cabinet, et 
qui est mort en 1707, à Neuville, auprès de Lyon, 
chez le maréchal de Villeroi , âgé de plus de cent 
ans. Elle se préparoit à partir en poste, déguisée 
en homme, pour se rendre à Bordeaux, lorsque 
sa fille eut la petite vérole. Elle ne put pas se ré- 
soudre à la quitter en cet état-là, et cependant la 
cour, qui faisoit faire de grandes perquisitions, fut 
avertie du lieu de sa retraite. On vint l'arrêter pour 
la seconde fois pour la mener à la Bastille, dont 
elle n'est sortie qu'à la paix. Carnavalet y fut mis 
aussi pour le punir de sa négligence. On accusa 
Bartet d'avoir averti le cardinal Mazarin du lieu 
où étoit Mnï« de Bouillon, et ce soupçon fut bien 
fortifié lorsqu'on le vit peu de temps après secré- 
taire du cabinet. Cependant le marquis du Bec, qui 
s'étoit chargé de faire sauver les enfans de M. de 
Bouillon, les avoit fait partir tous quatre, toujours 



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habillés en filles, et voulul les conduire lui-même 
jusqu'au delà de la Loire, où ils n'avoient plus rieri 
à craindre. Il les mena heureusement jusque auprès 
de Blois, où le petit chevalier de Bouillon tomba 
malade si dangereusement que le marquis du Bec 
ie confia à M^^ de Fléchine, sa parente, qui avoit 
une assez belle maison près de Blois, la priant 
de le faire passer pour une de ses nièces. Cela 
n'étoit pas difficile, la beauté de son visage et la 
délicatesse de ses traits le pouvant fort aisément 
faire croire du beau sexe. M"»* de Fléchine en* 
voya chercher le sieur Bellay, fameux médecin de 
Blois (qui est mort premier médecin de feu Made- 
moiselle), et fut obligée de lui dire le secret; il le 
garda même à M. le duc d'Orléans, qui étoit retiré 
à Blois, et ne lui déclara la vérité qu'après que la 
paix fut faite. Le petit chevalier de Bouillon, étant 
guéri, demeura chez Mn»e de Fléchine toujours 
habillé en fille, sans que personne se doutât de la 
vérité de son sexe ; mais la reine régente et le car- 
dinal Mazarin ayant résolu d'aller assiéger Bor- 
deaux où Mine la Princesse s'étoit retirée sous la 
conduite du duc de Bouillon, et la cour étant 
venue à Blois, M*»* de Fléchine eut si grande 
peur qu'on ne trouvât chez elle un fils de M. de 
Bouillon, et qu'on ne le conduisît au siège pour 
le mettre à la bouche d'un canon, et obliger peut-» 
être son père à rendre la ville, qu'elle prit une 



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12$ MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY 

résolution qui paroîtroit fabuleuse, si Ton ne sa- 
voit pas qu'elle est véritable. Il y avoit dans le 
parc de sa maison, quoiqu'il ne fût pas fort grand, 
un petit bois très épais où elle avoit remarqué un 
gros buisson fait en forme de voûte, où Ton ne 
pouvoit entrer qu'en se traînant à terre sous des 
ronces et des épines. Ce fut dans cette niche qu'elle 
fit entrer le petit chevalier de Bouillon, après 
lui avoir fait quitter ses habits de fille, et l'avoir 
habillé en garçon, d'une étoffe fort simple, afin 
qu'on le remarquât moins. Elle fit entrer avec lui 
son valet de chambre nommé Desfargues, qui ne 
l'avoit pas quitté; elle leur donna du pain, du vin 
et de l'eau^ un pâté, un oreiller et un parasol de 
toile cirée pour les garantir de la pluie. Desfargues 
en sortoit le soir pour aller faire la ronde dans le 
parc, et observer s'il ne venoit personne pour en- 
lever son maître. La bonne dame craignoit son 
ombre, persuadée que la cour ne songeoit qu'à 
cette affaire-là. £lle soupçonna deux capucins 
d'être espions du cardinal Mazarin, parce que 
l'un d'eux avoit dans sa manche un mouchoir de 
toile fine avec des glands, ce qui étoit fort à la 
mode en ce temps-là, mais ne s'accordoit pas avec 
la simplicité religieuse. Un soir que le valet de 
chambre étoit sorti du buisson pour aller recevoir 
les petites provisions que M^^ de Fléchine lui 
apportoit elle-même, il fit un orage furieux ac- 



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LIVRE X 127 

compagne de pluie et de tonnerre ; le petit che- 
valier, qui n'avoit que sept ans, et qui étoit seul 
dans son buisson, fut fort désolé en voyant un 
ver luisant, animal qu'il ne connoissoit point ; il 
crut que c'étoit le tonnerre : il cria à son valet de 
chambre, qu'il aimbit fort, et qui vouloit rentrer 
dans le buisson, de prendre garde à lui. Desfar- 
gués prit aussitôt à la main le ver luisant, et ras- 
sura le petit chevalier, qui lui dit qu'un pareil 
tonnerre ne le feroit plus trembler. Un autre jour 
ils trouvèrent leur pâté tout plein de fourmis; ils 
ne laissèrent pas d'en manger, faute d'autre chose. 
Ils passèrent huit ou dix jours dans ce buisson» 
jusqu'à ce que, la cour étant partie de Blois, 
Mme de Fléchine les fit cacher dans une grange, et 
ensuite dans une petite tour qui étoit au bout de 
son parc, où ils étoient enfermés toute la journée, 
s'occupant à faire de petits paniers d'osier; elle 
leur donna aussi la VU dts Saints, et quelquefois 
la Gazttte, que le petit chevalier dévoroit, parce 
qu'il y apprenoit quelquefois des nouvelles de 
M. de Bouillon. Il fut un jour bien fâché de voir 
que la populace de Bordeaux s'étoit voulu révolter 
contre M™e la Princesse, et que les ducs de 
Bouillon et de La Ro(^hefoucauld avoient bien eu 
de la peine à l'apaiser. 

Ils s'étoient servis pour cela d'un fils de M. de 
Bouillon qui n'avoit que douze ans; on l'appeloit 



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128 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY 

alors le prince de Raucourt, et il s'est appelé depuis 
le chevalier de Bouillon, parce que celui dont j'écris 
la vie, en embrassant Tétat ecclésiastique, prit le 
nom de duc d*Albret. On mit un buffle au petit 
prince de Raucourt, une cuirasse et un casque en 
tête, et, monté sur un petit bidet, il alla dans 
toutes les rues de Bordeaux haranguer le peuple. 
Son esprit passoit son âge , il est mort à Tâge de 
vingt-trois ans; et, selon les apparences, il eût 
égalé, s'il eût vécu, les plus grands hommes de sa 
maison. 

Dans le temps que le duc de Bouillon s'en alla 
à Bordeaux, il écrivit à M. de Turenne que le 
cardinal de Mazarin avoit manqué à toutes les pa- 
roles qu'il lui avoit données; que l'on ne le regar- 
doit à la cour que comme un misérable solliciteur 
de procès, et que, s'ils ne trouvoient l'un et l'autre 
le moyen de se faire rendre justice en se faisant 
craindre , ils pouvoient compter leur maison abat- 
tue et ruinée. C'est ce qui obligea M. de Turenne 
à se remettre à l'armée d'Espagne, et à la faire 
entrer en France. Il y avoit joint quelques régi- 
mens d'infanterie et de cavalerie sur lesquels il 
avoit un pouvoir absolu ; il avoit hésité quelques 
momens à prendre le parti de M. le Prince, dont 
il n'avoit point sujet d'être content, ce qu'il lui 
avoit signifié en parlant à sa personne huit jours 
avant qu'il fût arrêté; mais, comme leur liaison 



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LIVRE X 129 

«toit publique, et que le sujet de leur brouillerie 
•étoit fort secret, il crut qu'il y alloit de son hon- 
neur de sacrifier en cette occasion son ressenti- 
ment particulier, et se déclara hautement pour lui. 
Il s'avança en Picardie et perdit la bataille de 
Rethel contre le maréchal du Plessis-Praslin. Le 
duc de Bouillon, de son côté, fut plus heureux à 
Bordeaux : il soutint quelque temps la guerre par 
son courage et par une action bien hardie. Il 
■apprit que les généraux de l'armée du roi avoient 
fait pendre quelques officiers de ses troupes ; il crut 
devoir user de représailles, et, dans le milieu de 
Bordeaux, il fit pendre, sans autre forme de justice, 
un officier des troupes du roi qui étoit prisonnier 
sur sa parole '. Cela fit un bon effet, et Ton se fit 
quartier de part et d'autre. 

Peu de temps après, les princes furent mis en 
liberté, et la paix fut faite. Le duc de Bouillon et 
le vicomte de Turenne y furent compris expressé- 
ment. Le duc, après avoir rendu Bordeaux, salua 
le roi, et se retira en Périgord, à son château de 
Lanquais. 

Cependant M™e de Bouillon sortit de la Bas- 
tille, et avec la permission de la reine prit le che- 
min de Périgord pour y aller trouver son mari. 

I . Le baron de Canole. Voir les Mémoires de Montglat. 
^Note de l'édition Michaud,) 

Mémoires de Choisy, IL 17 



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l3o MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY 

Elle étoit accompagnée de M^^^ de Bouillon, sa 
belle-sœur, et de sa fille aînée, qui a été depuis 
duchesse d'Elbeuf. Elle s'arrêta à Tours, et envoya 
un valet de chambre nommé François, en qui elle 
avoit une grande confiance, à M^^ de Fléchine, 
pour lui rendre mille grâces, et la prier de lui re- 
mettre entre les mains le chevalier de Bouillon. 
M^^ de Fléchine, qui ne connoissoit point l'écri- 
ture de M°^^ de Bouillon, et encore moins le valet 
de chambre, lui répondit qu'elle ne savoit ce qu'on 
vouloit dire, et lui dit de se reposer et de man- 
ger. Elle alla cependant à la petite tour dire à ses 
deux prisonniers ce qui se passoit, et les fit monter 
au haut de la tour afin qu'ils pussent voir dans le 
jardin le nommé François, et le reconnoître. Cela 
fut bien exécuté; ils le reconnurent, descendirent, 
l'embrassèrent comme leur libérateur et partirent 
avec lui, pour aller à Tours, sur des chevaux de 
paysans. Monsieur le cardinal m'a conté toutes 
ces petites particularités, dont il se souvenoit avec 
plaisir au bout de cinquante-six ans. Il m'a fait la 
description de la ville de Tours et de l'abbaye de 
Marmoutier, quoiqu'il n'y ait pas été depuis; et 
il croyoit être encore sur un certain grand pont 
où il trouva M™« de Bouillon, qui répandit bien 
des larmes en l'embrassant. Il ne reconnut point 
sa sœur, tant elle étoit changée de la petite vérole. 
Ils arrivèrent heureusement à Poitiers, et il se 



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LIVRE X 



souvenoit que pendant le voyage M™e de Bouillon, 
qui étoit bonne catholique, et M^le cle Bouillon, 
qui étoit bonne huguenote, avoient souvent des 
disputes assez aigres sur la religion, vivant en 
toute autre chose dans une parfaite union. Elles 
aroient l'une et l'autre beaucoup d'esprit et de 
mérite; le corps étoit bien différent. L'une étoit 
belle et bien faite, et Tautre étoit laide et bossue. 

Après quelque temps, M. et M"»* de Bouillon 
revinrent à la cour, et furent fort bien reçus. Le 
cardinal Mazarin, pour leur marquer une parfaite 
réconciliation, les vint voir; et, en faisant des ca- 
resses à leurs enfans, il dit au petit chevalier, qui 
n'avoit que sept ans et demi, et qui étoit beau 
comme un ange : « Et vous aussi, ne voulez-vous 
pas être de mes amis? — Non, reprit brusque- 
ment le petit garçon, vous avez trompé mon papa. » 
Ce qui déconcerta fort la compagnie, à ce qu'a dit 
depuis le vieux duc de Charost, qui étoit présent, 
et qui en fut bien aise. Charost n'aimoit pas le 
cardinal Mazarin; il avoit été au cardinal de Ri- 
chelieu, qu'il ne nommoit jamais sans l'appeler 
mon bon maître. 

Après avoir conduit le duc d'Albret à l'âge de 
vingt-quatre ans, et l'avoir fait passer par tous les 
degrés d'esprit, de vertu, de science et de capa- 
cité, pour parvenir à l'estime générale, que per- 
sonne ne lui refusoit, il est temps d'expliquer 



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l32 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY 

la manière dont il se fit cardinal : car on peut dire, 
et je m'en vais le prouver, que, si la naissance et 
la considération de M. de Turenne commencèrent 
l'ouvrage, il ne fut achevé que par une prudence 
infinie, une pénétration sans bornes et une fer- 
pieté à toute épreuve. M. de Péréfixe, archevêque 
de Paris, avoit lié une amitié très étroite avec 
le duc d'Albret depuis qu'il avoit présidé à son 
acte de tentative en 1664, et qu'il avoit voulu 
être le grand maître de ses études pendant sa li- 
cence. La fréquentation augmentoit chaque jour 
la tendresse; et le bon archevêque ne lui cachoit 
point que la chose du monde qu'il souhaitoit le 
plus étoit de le voir son coadjuteur, persuadé que 
l'Église de Paris seroit heureuse d'être conduite 
par un si digne pasteur. Le duc d'Albret, qui de- 
meuroit dans le cloître Notre-Dame, cultivoit une 
amitié qu'il pouvoit si bien rendre utile, et alloit 
souvent les soirs à l'archevêché, par la petite porte, 
y passer les après-soupers. M. de Péréfixe étoit le 
meilleur homme du monde, violent, aisé à mettre 
en colère, mais qui revenoit un moment après ; il 
avoit aussi bien de l'amitié pour moi, et me fit 
l'honneur de présider à mon acte de tentative, que 
je dédiai au roi. Il me souvient que la veille il me 
vint voir au Luxembourg, et me fit ses trois argu- 
mens; après quoi il me dit : « Monsieur l'abbé, 
vous savez que l'abbé Le Tellier, qui est en licence» 



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LIVRE X l33 

fait tout ce qu'il peut pour démonter tous les ré- 
pondans ; ses docteurs lui font de bons argumens, 
et son plaisir est d'obliger le président à prendre 
la parole. Je veux vous faire le plaisir de ne point 
ouvrir la bouche ; défendez-vous comme vous 
pourrez. » Il le fit comme il me Tavoit dit. L'abbé 
Le Tellier eut beau crier et demander justice au 
président, je criois aussi haut que lui; et, soit que 
j'eusse raison ou non, les docteurs frappèrent sur 
les écoutes et lui imposèrent silence. Le duc d'AI- 
bret, étant si bien avec M. de Péréfixe, apprenoit 
avec peine que quelquefois M. deTurenne blâmoit 
la conduite de l'archevêque à l'égard des filles de 
Port-Royal. M. de Turenne étoit encore hugue- 
not, et les huguenots, qui nient aussi bien que les 
jansénistes le mérite des bonnes œuvres, favori- 
soient en tout les jansénistes, à cause de la con- 
formité de leurs sentimens sur la grâce. Le duc 
d'AJbret supplia M. de Turenne d'avoir un peu 
plus d'attention pour un archevêque qui lui témoi- 
gnoit tant d'amitié, et qui avoit tant de considé- 
ration pour sa maison, dont il avoit souvent fait 
tant d'éloges dans les discours publics : ce qu'il lui 
promit de faire, et ce qu'il fit effectivement. 

Les choses en étoient là, et paroissoient vouloir 
demeurer quelque temps au même état, lorsque 
l'abbé Le Tellier obtint du roi la coadjutorerie de 
Langres. Cet évêché, l'une des six pairies ecclé- 



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l34 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY 

siastiques de France, étoit possédé par l'abbé de 
La Rivière, qui, en qualité de favori de M. Gaston, 
oncle du roi, avoit fait une si grande figure pen- 
dant la Régence ; mais Tabbé Le Tellier avoit de 
bien plus grands desseins, il songeoit à l'arche- 
vêché de Reims. Un nommé Saint-Laurent, com- 
mis de Mainnevillette, receveur général du clergé^ 
alla à Reims avec un feuillant qui avoit un grand 
pouvoir sur le cardinal Antoine, pour tâcher d'ob- 
tenir la coadjutorerie. Ils lui persuadèrent que, si 
l'abbé Le Tellier étoit son coadjuteur, il mettroit 
bientôt son chapitre à la raison par le crédit du 
ministre, et l'obligèrent à demander cette grâce, 
que le roi lui accorda. Le duc d'Albret en fut 
averti, et Palla dire à M. de Turenne,qui prit feu, 
et résolut d'en aller sur-le-champ avertir le i;oi, et 
rompre par là la négociation ; mais le duc d'Al- 
bret s'y opposa, a Si l'abbé Le Tellier, lui dit-il, 
est coadjuteur de Reims, il faut demander pour 
moi la coadjutorerie de Paris, et, en cas de refus, 
la nomination au cardinalat. Le roi sera si hon- 
teux d'avoir fait l'abbé Le Tellier coadjuteur de 
Reipns qu'il n'osera vous refuser. » Le roi éHoit 
bien disposé en faveur du duc d'Albret; ma mère, 
que Sa Majesté honoroit de quelque confiance, 
lui avoit dit plusieurs fois que le djuc d'Albret 
avoit tout le mérite du monde, et qu'il étoit, du 
bois dont on fait les cardinaux. £lle m'a conté 



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LIVRE X iJS 

qu'étant un jour dans la chambre du roi, en atten- 
dant l'audience particulière qu'il lui donnoit deux 
ou trois fois la semaine dans son cabinet, le duc 
d'Albret y étoit entré, et Tavoit entretenue pen- 
dant une demi-heure. Elle s'étoit fait donner ces 
audiences en disant au roi avec hardiesse, pour ne 
pas dire effronterie : « Sire, si vous voulez deve- 
nir honnête homme, il faut que vous m'entreteniez 
souvent. » Le roi la fit appeler, et eut la bonté 
de lui dire qu'il étoit fâché de l'avoir fait tant at- 
tendre. « Sire, lui dit-elle, je ne me suis point en- 
nuyée; j'étois avec ce petit duc d'Albret, qui a 
plus d'esprit que moi ; ce sont de ces gens-là, 
quand ils ont la naissance et le mérite, que Votre 
Majesté doit élever aux premiers postes. Vous de- 
vriez lui donner votre nomination au cardinalat; 
que pouvez-vous mieux faire ? » Elle prit là-des- 
sus occasion de passer en revue tous ceux qui 
pouvoient alors prétendre au cardinalat, et leur 
donna à chacun un petit coup de patte, sans 
€n exempter l'évêque de Laon, son bon ami (de- 
puis cardinal d'Estrées), mads qui ne l'étoit pas tant 
que le duc d'Albret. « Mais, reprit le roi, il est 
bien jeune. — Il est vrai, mais il est bien sage; et 
d'ailleurs, quand vous le nommeriez aujourd'hui, il 
ne seroit peut-être pas cardinal dans dix ans. » Ce 
discours, jeté à l'aventure, germa dans la suite; et 
le cardinal de Bouillon m'a dit plusieurs fois 



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l36 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY 

qu'elle avoit la première rompu la glace sur sod 
cardinalat; aussi, dès qu'il eut la nomination, il 
vint tout courant lui en dire la nouvelle, et sur sa 
table il m'écrivit un billet charmant pour me le 
faire savoir. J'étois allé en Bourgogne à mon ab- 
baye de Saint-Seine ; et, lorsque j'ai reçu son bil- 
let, je dinois à Dijon avec M. Bouchu, intendant 
de la province. J'eus bientôt pris mon parti, et de- 
mandé à l'intendant s'il vouloit mander quelque 
chose à Paris, et qu'au sortir de table j'allois 
prendre la poste ; je le fis et volai. J'embrassai le 
nouveau cardinal, et deux jours après je retournai 
à Saint-Seine faire mes affaires. Mais, pour revenir 
au duc d'Albret, M. de Turenne approuva son 
raisonnement, et lui dit : « Effectivement, vous 
avez plus d'esprit que moi; il n'y a qu'à laisser 
faire la coadjutorerie de Reims et en profiter par 
contre-coup en obtenant celle de Paris, ou la no- 
mination au cardinalat. » £n effet, quatre jours 
après l'abbé Le Tellier fut déclaré coadjuteur de 
Reims, et Saint-Laurent, pour sa récompense, fut 
receveur général du clergé. Le duc d'Albret alla 
aussitôt trouver l'archevêque de Paris, et lui dit : 
« Je ne viens point ici. Monsieur, vous presser sur 
une chose que vous m'avez témoigné tant de fois 
souhaiter avec passion ; c'est seulement pour vous 
dire que la conjoncture est favorable, le roi vient 
de faire l'abbé Le Tellier coadjuteur de Reims; il 



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LIVRE X iSy 

ne vous refusera pas si vous me demandez pré- 
sentement pour votre coadjuteur, et que M. de 
Turenne joigne ses prières aux vôtres. Mais, 
Monsieur, ne me répondez point présentement; 
demain j'aurai l'honneur de vous voir. » L'arche- 
vêque l'embrassa avant que de lui répondre, et 
lui dit qu'il falloit voir avec M. de Turenne com- 
ment il s'y faudroit prendre pour faire réussir une 
chose qu'il souhaitoit passionnément. Le lendemain 
M. de Turenne, que le duc d'Albret avoit fait 
avertir, vint dîner chez lui, et y trouva M. Bou- 
cherat, conseiller d'État, mort depuis chancelier de 
France. Il avoit été tuteur de MM. de Bouillon 
conjointement avec M. le premier président de 
Lamoignon et le président de Mesmes. 11 étoit ami 
particulier de M. de Turenne. Le duc d'Albret 
Tavoit prié d'y venir pour fortifier en cette occa- 
sion la foiblesse naturelle de M. de Turenne, que 
sa modestie et son désintéressement empêchoient 
souvent de parler au roi en faveur de sa maison. 
Aussitôt après-dîner, M. de Turenne alla voir l'ar- 
chevêque, et, l'ayant trouvé dans les mêmes senti- 
mens, il partit sur-le-champ pour Saint-Germain, 
et dès le soir il demanda au roi la coadjutorerie de 
Paris pour son neveu, assurant le roi que l'arche- 
vêque devoit lui faire la même prière, et en lui 
avouant qu'il avoit eu quelques vues sur l'arche- 
vêché de Reims. Le roi, qui se souvenoit encore 

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l38 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY 

de la guerre de Paris, où le coadjuteur cardinal de 
Retz lui avoit fait tant de peine, lui refusa tout 
net la coadjutorerie. « Le duc d'Albret, lui dit- 
il, est trop jeune pour le charger du soin de tant 
d'âmes. » Mais il le refusa avec les termes du 
monde les plus obligeans, l'assurant qu'il lui ac- 
corderoit toute autre chose. Alors M. de Turenne, 
suivant qu'il en étoit convenu avec le duc d'Âl- 
bret, lui demanda pour lui la nomination du car- 
dinalat, ce que Sa Majesté lui accorda avec plaisir, 
lui recommandant seulement de ne le dire à per- 
sonne du monde qu'à son neveu. Cette nomina- 
tion paroissoit alors fort éloignée, le pape Clé- 
ment IX, qui n'étoit pape que depuis un an, 
n'ayant pas encore songé de faire la promotion de 
ses créatures, qui devoit précéder celle des cou- 
ronnes. M. de Turenne envoya dans la nuit au 
duc d'Albret un courrier, et lui manda ce qui s'é- 
toit passé, conseillant à M. de Paris de différer 
son voyage à Saint-Germain de quelques jours. 
M. le duc d'Albret envoya sur-le-champ l'abbé 
Le Sauvage, son précepteur, mort depuis évêque 
de Lavaur^ dire à l'archevêque que le roi avoit 
refusé la coadjutorerie, et que M. de Turenne lui 
conseilloit de ne pas aller sitôt à Saint-Germain. 
Il lui dit en même temps que, malgré le respect 
que le duc d'Albret avoit pour les ordres de M. de 
Turenne, il lui conseilloit d'y aller dès le grand 



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LIVRE X l39 

matin, afin d'être à la première entrée, privilège 
qu'il avoit conservé comme ayant été précepteur 
de Sa Majesté, et de pouvoir lui dire qu'il venoit 
lui rendre compte de la proposition que M. de 
Turenne lui avoit faite la veille, proposition qu'il 
avoit acceptée de tout son cœur, persuadé qu'il 
n'y avoit point dans l'Église un meilleur sujet que le 
duc d*Albret. C'étoit la manière dont l'archevêque 
s'expliquoit prdinairement. L'abbé Le Sauvage ne 
lui dit pas un mot de la nomination au cardinalat, 
soit qu'il la sût ou qu'il ne la sût pas, ce que je 
n'ai jamais su moi-même. L'archevêque parut fort 
affligé, et dès la pointe du jour il alla au lever du 
roi, qui ne tâta point de ses raisons. Il lui dit assez 
durement qu'il ne devoit pas consentir à sa coad- 
jutorerie sans lui en parler, lui reprochant par là 
qu'il l'avoit exposé à refuser quelque chose à 
M. de Turenne; et peut-être dans son cœur pensa- 
t-il qu'il l'avoit forcé ^ lui accorder la nomina- 
tion au cardinalat. M. Le Tellier ne put pas 
cacher ce secret au coadjuteûrde Reims, qui quel- 
ques jours après, en retournant à Paris tête à tête 
avec le duc d'Albret, lui dit malicieusement en 
descendant la montagne de Chantecoq : « Voilà 
des tours (c'étoient les tours de Notre-Dame) qui 
vous siéroient bien, et que je vous souhaite de tout 
mon cœur. — Je ne vole pas si haut, lui répondit 
le duc d'Albret, qui affecta un air contrit et hu- 



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1^0 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY 

milié, quoique intérieurement il se sentît bien dé* 
dommage par la nomination au cardinalat; et dans 
la suite des années, Tarchevêque de Reims ayant 
avoué au cardinal de Bouillon qu'il lui avoit parlé 
des tours de Notre-Dame pour lui faire dépit, 
parce que son père lui venoit de confier que le roi 
les avoit refusées à M. de Turenne, le cardinal lui 
dit : « Je n'étois pas si abattu que vous le croyez. 
Le roi m'avoit accordé sa nomination au cardina- 
lat; nous nous moquions alors l'un de l'autre, et 
nous avions tous deux raison. » 

Il est bon de remarquer ici que Madame (c'étoit 
alors la princesse d'Angleterre), à la première nou- 
velle de la coadjutorerie de Reims, dit au roi qu'un 
coup de cette importance marquoit assez que ses 
ministres le gouvernoient. Ce discours, qu'elle fil 
au roi avant que M. de Turenne lui parlât de la 
coadjutorerie de Paris, disposa peut-être l'esprit 
du roi, qui vit bien que Madame avoit raison, à 
faire quelque chose en faveur du duc d'Albret, et 
à lui accorder au moins la nomination au cardina- 
lat, puisque la politique lui défendoit absolument 
de consentir qu'un homme si jeune et de sa nais- 
sance fût coadjuteur de Paris. Les Le Tellier 
crurent que M. de Turenne, pour se faciliter la 
coadjutorerie de Paris, avoit poussé Madame, qui 
étoit fort son amie, à tenir ce discours au roi; mais 
cela n'étoit pas vrai. M. de Turenne alloit ronde- 



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LIVRE X 141 

ment, et son mérite lui faisoit croire qu'il n'a voit 
pas besoin d'autre sollicitation. On a su que c'étoit 
le marquis de Bellefonds qui avoit prié Madame 
de parler ainsi, afin que le roi lui fît des grâces 
sans consulter ses ministres, qu'il affectoit de mé- 
priser, pour faire croire au roi qu'il ne s'attachoit 
qu'à sa personne. En effet, peu après le roi le fit 
maréchal de France avec Créqui et Humières, 
pour montrer au public que les ministres ne le 
gouvernoient pas. Ils furent très mortifiés de voir 
le roi s'adonner à faire des coups d'autorité sans 
leur en dire une seule parole; mais surtout ils 
furent fâchés de la nomination du duc d'Albret au 
cardinalat, quand ils l'apprirent cinq mois après. Le 
Tellier et Louvois n'étoient pas des amis de M. de 
Turenne depuis que la Sorbonne avoit fait une si 
grande différence entre le duc d'Albret et l'abbé 
Le Tellier, accordant à l'un toutes sortes de dis- 
tinctions, et refusant à l'autre les choses les plus 
communes, tant l'un étoit aimé et estimé, et l'autre 
haï et peu estimé. Le Tellier se souvint aussi d'un 
bon mot qui échappa à M. de Turenne pendant 
le procès de M. Fouquet. Quelqu'un blâmoit de- 
vant lui l'emportement de Colbert contre Fouquet 
et louoit la modération de M. Le Tellier. « Effec- 
tivement, dit M. de Turenne, je crois que 
M. Colbert a plus d'envie qu'il soit pendu, et que 
M. Le Tellier a plus de peur qu'il ne le soit pas. 



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142 MEMOIRES DE L ABBE DE CHOISY 

Et de plus M. de Turenne avoit sollicité pour 
M. Fouquet deux amis intimes qu'il avoit parmi 
ses juges, savoir : M. d*Ormesson, rapporteur, 
et M. de Catiaat, conseiller de la grand'chambre, 
qui opinèrent tous deux en sa faveur. Le sieur 
de Lionne fut assez aise de la nomination du duc 
d*Albret. Il avoit fait avec lui une amitié particu- 
lière, et n*aspiroit point à gouverner le roi, con- 
tent de faire sa charge avec honneur, de tirer de la 
cour de gros appointemens qu'il employoit souvent 
en des dépenses inutiles, et de s'abandonner sans 
mesure à toutes sortes de plaisirs. Cinq mois après 
le roi déclara publiquement qu'il avoit donné au 
duc d'Albret sa nomination au cardinalat. Lionne 
lui en expédia le brevet, et la lettre du roi, dont 
voici la copie. 

Très Saint Père, 

Entre tous Us sujets de notre royaume, de profes- 
sion ecclésiastique, qui nous ont semblé être plus 
dignes, par leurs grandes qualités, que nous leur 
procurions l'honneur d^entrer dahs le Sacré Collège 
des cardinaux, nous avons plus particulièrement con- 
sidéré notre très cher et bien aimé cousin EmmaHuel- 
Théodose de La Tour d'Auvergne, duc d'Albret; 
lequel, dans sa plus tendre jeunesse, fuyant dès lùrs 
toutes lés autres occupations agréables à cet âge^là, 



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LIVRE X 143 

qu€ sa naissance dt prince ne pouvait que trop lui 
inspirer, a si bien marché depuis par sa propre 
inclination et son seul mouvement dans le chemin le 
plus pénible comme le plus glorieux, qu'il a conti- 
nuellement donné des preuves d'une piété solide et 
exemplaire, et s'est d'ailleurs si laborieusement et 
avec tant de succès appliqué aux études de toutes les 
sciences les plus élevées^ qu'après les acclamations 
publiques données en plusieurs actes célèbres à la 
profondeur de son érudition et de sa doctrine, il a 
mérité à vingt-quatre ans le doctorat de la Faculté 
de Paris, avec des éloges qui ont été au delà de toute 
expression. Ces considérations, sans mélange d'au- 
cune autre, nous ont fait juger, Très Saint Père, 
que l'avancement de notredit cousin dans les dignités 
de l'Église les plus hautes sous la suprême seroit en 
plusieurs rencontres d'un très grand avantage au 
bien de la religion; c'est pourquoi nous requérons et 
supplions très instamment Y otke Sainteté de vouloir, 
à notre nomination et présentation, honorer de la 
dignité de cardinal notredit cousin le duc d'Albret, 
dans la première promotion qu'elle fera y selon l'usage, 
pour gratifier les couronnes. Les grandes et recom- 
mandables qualités qui se rencontrent en la personne 
de notredit cousin, jointes à Vardenie inclination que 
nous voyons en lui de les employer pour les intérêts 
de l'Église, nous donnent une pleine assurance que 
Votre Sainteté aura une entière satisfaction de ce 



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144 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY 

choix que nous faisons, et que nous nous promettons 
qu'elle voudra bien consommer le plus promptement 
quelle pourra par un nouvel effet de sa bonté pater- 
nelle, dont nous nous tiendrons très sensiblement 
obligé à votre béatitude , laquelle cependant nous 
prions Dieu, Très Saint Père, de vouloir conserver 
longues années au bon régime de notre mère Sainte 
Église, 

Écrit à Paris le dix-huit novembre mil six cent 
soixante-huit. 

Votre dévot fils. 

Signé : Le roi de France et de Navarre », 
LOUIS. 
Et plus bas : Lionne. 

On peut juger, par le style de cette lettre, que 
M. de Lionne étoit ami du duc d'Albret, qui avoit 
présidé Tannée d'auparavant à Tacte de tentative 
de l'abbé de Lionne, ce qui avoit fait une grande 
liaison entre eux, M. de Lionne l'ayant préféré à 
tous les évêques et archevêques de France, qui se 
fussent fait honneur de présider à Pacte de son dis; 
mais il faut avouer que, si l'abbé Le Tellier en 

I . Il est sans exemple connu que Louis XIV ait fait pré« 
céder sa signature des titres de « Roi de France et de Na- 
varre ». {Note de l'édition Michaud,) 



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LIVRE X 145 

obtenant la coadjutorerie de Reims avoit, en quel- 
c[ue sorte sans j penser, procuré la nomination au 
•cardinalat, il fut encore la principale cause qui la 
rendit publique. Ce coadjuteur fut sacré en Sor- 
bonne par le cardinal Antoine^ en présence de la 
reine et de toute la cour, qui oublia ce jour-là que 
le roi étoità Saint-Germain, où il n'y eut personne 
de toute la journée. Le duc d'AIbret se trouva par 
malice au sacre dans la foule des docteurs, afin 
qu'on fît la comparaison de lui et de Tabbé Le 
Tellier. Les nouvelles manuscrites ne manquèrent 
pas de marquer la différence de mérite de Tun et 
de l'autre, la modestie et la capacité de l'un oppo- 
sées à l'orgueil et à la pétulance de l'autre. L'abbé 
Le Tellier étoit entouré de trois ou quatre doc- 
teurs qui lui souffloîent continuellement de la 
science. Il avoit assez bonne mémoire, et n'appli- 
quoit pas mal ce qu'on lui avoit recordé; mais 
quand, plein de lui-même, gros d'argent, bouffi 
d'orgueil et ne croyant plus avoir besoin de con- 
seil, il s'est trouvé à la tête du clergé, il a vu les 
étoiles en plein midi, il a perdu terre, et a été 
obligé de remettre le gouvernail à une tête qui, 
quoique très médiocre, s'est trouvée meilleure que 
la sienne. Son sacre fut donc d'un grand éclat. 
Quelque bonne âme prit soin de faire tomber les 
nouvelles manuscrites entre les mains de M. de 
Turenne, sur lequel elles firent leur effet. Il courut 
Mémoires deChoisy, II. 19 



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146 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY 

à Saint-Germain, et supplia le roi de déclarer 
publiquement la nomination de son neveu au car- 
dinalat. Sa Majesté lui dit qu'elle le feroit avec 
plaisir; mais qu'il songeât qu'il ne s'étoit converti 
que depuis huit ou dix jours, et que les huguenots 
ne manqueroient jamais de dire que c'étoit la 
récompense de sa conversion. « Je suis trop bien 
connu, Sire, reprit M. de Turenne, pour craindre 
de pareils discours, et mon neveu sans moi pouvoit 
fort bien espérer cette grâce de Votre Majesté. Je 
me suis converti dans un temps non suspect. — Il 
est vrai, reprit le roi, que, si vous l'aviez voulu 
faire en 1660, vous pouviez espérer autre chose 
qu'un chapeau rouge. » Ce fut le matin avant que 
les ministres fussent assemblés pour le conseil que 
le roi fit appeler M. de Lionne dans son cabinet, 
pour lui ordonner d'expédier la lettre au Pape 
pour la nomination du duc d'Albret au cardinalat. 
Lionne, au sortir du cabinet, vit M. Le Tellier, et, 
sachant bien qu'il l'alloit mettre au désespoir, lui dit 
tout bas : « Devinez qui a la nomination du roi 
au cardinalat? » Le Tellier lui ayant nommé cinq 
ou six personnes l'une après l'autre : <c Non, lui 
dit Lionne, c'est le duc d'Albret. » Il pâlit, et 
Lionne pensa lui offrir son flacon d'eau de la reine 
de Hongrie. 

Je crois que voici le lieu de parler de la con- 
version de M. de Turenne. Elle a fait tant de brait 



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LIVRE X 147 

dans le monde, les catholiques en ont été si aises 
et les protestans si fâchés, qu'il faut apprendre 
aux uns et aux autres la vérité d'un fait dont on a 
parlé si diversement. Jurieu et quelques autres 
ministres ont osé dire qu'il avoit changé de reli- 
gion par politique^ mais, en le disant, ils se sont 
exposés à la risée de tout le monde, qui a su qu'à 
la paix des Pyrénées le cardinal Mazarin , ne sa- 
chant quelle récompense procurer à M. de Tu- 
renne pour les grands services qu'il avoit rendus 
à l'État, lui offrit l'épée de connétable, pourvu 
qu'il se fît catholique. L'accommodement de M. le 
Prince n'étoit pas encore fait , et le cardinal n'eût 
peut-être pas été fâché de le mortifier encore ; 
mais M. de Turenne, en fait de religion, ne se 
conduisoit pas par des vues humaines; et, se voyant 
attaqué d'une manière si forte, il se roidit contre 
la grâce qui vouloit l'éclairer, et demeura encore 
plusieurs années dans l'incertitude; il avoit toute 
sa vie aimé à parler de religion , dans l'espérance 
de trouver la véritable en la cherchant. Il me sou- 
vient à ce propos d'avoir ouï dire au cardinal de 
Bouillon qu'un jour M. de Turenne s'étant trouvé 
dans son cabinet avec M. de Beringhem et Van- 
Beuning, ambassadeur de Hollande, après avoir 
beaucoup parlé de religion, Van-Beuning avoua 
que, s'il étoit bien persuadé qu'il n'y eût qu'une 
religion de bonne, il choisiroit la catholique; 



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148 MEMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY 

mais qu'il croyoit qu'on pouvoit aller au Ciel par 
difPérens chemins, a Si je croyois comme vous, lui 
dit M. de Turenne, je serois bientôt catholique; 
ne faut-il pas toujours aller au plus sûr? » Il sen- 
toit assez souvent qu'il manquoit quelque chose à 
la doctrine qu'on lui avoit enseignée dans son en- 
fance. Ses premiers préjugéiS contre la religion 
catholique s'étoient évanouis par la conversation 
de quelques évèques de ses amis : M. de Choi- 
seul, évêque de Tournai, et M. Vialart, évêque 
de Châlons, l'avoient embarrassé; l'abbé Bossuet, 
depuis évêque de Condom , et enfin de Meaux, 
Tavoit peut-être ébranlé par quelques-uns de ses 
sermons, ou dans une conversation qu'il eut avec 
lui chez M™e de Longueville devant sa conver- 
sion; le duc d'Albret, son neveu, nouveau doc- 
teur, et frais sur ces m^^tières, lui en avoit parlé 
cent fois. Enfin le moment arriva, et, sans le dire à 
personne , sans sonner la trompette , sans ostenta- 
tion, et seulement pour le salut de son âme , il fit 
son abjuration dans la chapelle particulière de 
l'archevêché, entre les mains de M. de Péréfixe, 
dans un temps où toutes les raisons mondaines 
sembloient s'y opposer. Il vit fort bien qu'il se 
confondoit par là dans la foule des courtisans qu'on 
méprise parce que l'on ne les craint pas ; , au lieu 
que, demeurant huguenot, il se vojoit à la tête 
d'un parti autrefois si puissant, et qui ferpit les 



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LIVRE X 149 

derniers efforts pour se soutenir jusqu'à la fin. 
Ainsi sa conversion fut sincère, et la meilleure 
preuve qu'il en donna fut le zèle pour le salut de 
ses frères errans. Il dit à l'évêque de Condom , 
avec lequel il fit depuis une amitié très intime, que 
la plupart des huguenots ne se convertissoient pas 
faute d'entendre la véritable doctrine de l'Église 
catholique, et lui donna peut-être les premières 
vues qui ont produit le livre admirable de VExpo^ 
sition de la Foi, en lui exposant les articles qui lui 
avoient fait le plus de peine , et qui ne lui en fai- 
soient plus de la manière dont Tévêque de Con- 
dom les expliquoit. 

Je n'oublierai pas que M. de Turenne, ayant 
pris sa dernière résolution de se convertir, dit un 
matin au duc d'Albret : « Vous allez être bien 
aise et bien fâché ; je vais me faire catholique, et 
je vous en ai fait le secret de peur qu'on ne dise 
que vous m'avez converti. Je voudrois, si cela se 
pouvoit, que personne ne le sût, et je veux 
trouver un simple prêtre qui reçoive mon abjura- 
tion. » Le duc d'Albret l'assura que la joie étouf- 
foit en lui tout autre sentiment; mais qu'il le sup- 
plioit de se souvenir que monsieur l'archevêque de 
Paris étoit son pasteur, et qu'il devoit recevoir ses 
instructions, quand même il ne seroit pas autant 
de leurs amis qu'il l'étoit. 11 y alla, et fit son abju- 
ration entre ses mains le lendemain, en présence 



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l5o MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY 

de Perthuis, capitaine de ses gardes, de Desroziers, 
son maître d*hôtel, et de Duhault, son premier 
valet de chambre, tous trois catholiques, qui fon- 
doient en larmes en voyant leur maître rentrer 
dans le bon chemin. M. Boucherat et M. l'abbé 
Le Sauvage y furent aussi- présens; je ne sais pas 
pourquoi le duc d'Albret ne s'y trouva pas. 

M. de Turenne n'étoit pas alors en faveur. La 
campagne de 1667 avoit été trop brillante pour 
lui ; les ministres s'étoient réunis contre un si grand 
crédit naissant, et l'année suivante le roi lui avoit 
caché son entreprise sur la Franche-Comté, et s'é- 
toit servi de M. le Prince. Son crédit recommença 
en 1670, lorsque le roi, ayant pris la résolution 
secrète de faire la guerre aux Hollandois, envoya 
Madame en Angleterre signer le traité avec le roi 
son frère. Il n'y eut dans le secret que cette prin- 
cesse et M. de Turenne; mais il faut avouer qu'en 
cette occasion ce grand homme fit une faute im- 
pardonnable : il die à sa maîtresse le secret de son 
maître. Il avoit la foiblesse d'aimer M"ie de Coat- 
quem; elle étoit jeune, il avoit près de soixante 
ans. On veut réparer l'âge par un grand amour, 
qu'on croit marquer par une grande confiance. Il 
lui disoit tout ; elle avoit de son côté une passion 
bien plus vive. Le chevalier de Lorraine à vingt- 
six ans devoit l'emporter sûr un vieux guerrier. Le 
chevalier sut par elle le traité d'Angleterre, et le 



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LIVRE X l5l 

àïi à Monsieur, dont il étoit favori; et peut-être 
lui apprit-il en même temps les bruits ridicules qui 
•couroient sur le comte de Guiche. Quoi qu'il en 
•soit, Madame mourut peu de temps après d'une 
manière si subite qu*on ne la voulut pas croire 
naturelle. Le roi reprocha à M. de Turenne son 
indiscrétion, et l'excusa en apprenant ce qui Tavoit 
•causée. Mais, pour revenir à la nomination du duc 
d'Albret au cardinalat, à peine fut-il nommé qu'il 
alla trouver monsieur l'archevêque de Paris pour 
lui en dire la première nouvelle. Il lui avoit assez 
d'obligations pour cela; mais il fit plus, et lui offrit 
de lui céder une dignité qu'il méritoit, disoit-il, 
beaucoup mieux que lui. L'archevêque, qui con- 
tioissoit le cœur du duc d'Albret, ne traita point 
■ce discours de compliment, et l'embrassant avec 
tendresse : « S'il y avoit, lui dit-il, un chapeau de 
<:ardinal par terre, et qu'il dépendît de moi de le 
mettre sur votre tête ou sur la mienne, je ne 
balancerois pas un moment à le mettre sur la 
vôtre; et je m'en vais de ce pas remercier le roi, 
au nom de l'Église de France, du bon choix qu'il 
vient de faire. » Il le fît comme il avoit dit. 

Cependant le duc d'Albret songea aux moyens 
<ie faire avancer sa promotion, malgré tous les 
obstacles qui sembloient s'y opposer. Il envoya un 
courrier au cardinal Rospigliosi, neveu du Pape, 
pour lui en donner part. Il avoit fait une grande 



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l52 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY 

amitié avec lui à son passage de Bruxelles à Paris^ 
en allant à Rome après l'exaltation de son oncle. 
Le P. Rapin, jésuite, ami de l'un et de l'autre, 
étoit alors à Rome, et ne contribuoit pas peu à 
former entre eux une liaison plus intime. Il n'y 
avoit aucune apparence que le Pape, n'ayant point 
encore fait la promotion de ses créatures, en 
voulût faire une particulière uniquement pour le 
duc d'Albret, qui n'avoit droit qu'à celle des cou- 
ronnes, et cette promotion paroissoit fort éloignée; 
ainsi tout étoit à craindre d'un si long retarde- 
ment. Le prince de Conti et l'abbé de La Rivière 
avoient eu longtemps la nomination de France 
sans aucun effet : l'exemple étoit fâcheux et récent. 
Le duc d'Albret, jeune, plein de feu et d'une ima- 
gination féconde, ne désespéra pas d'y réussir. La 
conversion de M. de Turenne, que le Pape avoit 
regardée comme un triomphe pour l'Église, étoit 
une conjoncture favorable; le siège de Candie en 
étoit une autre bien plus importante. Cette ville, 
assiégée par les Turcs depuis douze ou quinze ans> 
étoit fort pressée par le grand vizir Coprogli, et 
le Pape ne songeoit qu'à y envoyer du secours. 
M. de Turenne en cette occasion pouvoit le servir 
auprès du roi, qui pouvoit seul y envoyer une 
armée capable de faire lever le siège. D'ailleurs le 
duc d'Albret étoit déjà fort connu de Sa Sainteté; 
il lui avoit écrit sur son exaltation au souverain 



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LIVRE X l53 

pontificat; il lui avoit dédié le recueil de ses 
thèses de théologie, ce qui lui avoit valu, sans que 
le roi s'en mêlât, le gratis de ses abbayes de 
Tournus et de Saint-Ouen. Il lui avoit écrit en 
d'autres occasions par M. le duc de Chaulnes, 
ambassadeur à Rome. Il résolut, pour avancer cette 
affaire, d'envoyer à Rome l'abbé Bigorre, qui y 
avoit déjà été le secrétaire de l'ambassade sous le 
duc de Chaulnes, et qui étoit fort connu et aimé 
de M. de Lionne. M. de Turenne en parla au 
roi, qui fit écrire au Pape et au cardinal Rospi- 
gliosi qu'ils lui feroient un plaisir sensible d'avancer 
la promotion du duc d'Albret, Sa Majesté leur' 
promettant de ne point demander d'autre chapeau 
à la promotion des couronnes. Le roi eut même la 
bonté de le dire de sa propre bouche à l'abbé 
Bigorre lorsqu'il prit congé de Sa Majesté, afin 
qu'il en pût rendre compte au Pape. M. de Lionne 
écrivit en conformité, quoiqu'il crût faire en cela 
des pas fort inutiles. M. de Turenne se fit prier 
pour en parler au roi. Il n'aimoit pas à faire le 
suppliant, et souvent manquoit les affaires parce 
qu'il ne vouloit pas se donner la peine d'y tra- 
vailler. Il écrivit néanmoins au Pape pour informer 
Sa Sainteté, comme vicaire de Jésus-Christ en terre, 
de la grâce que Dieu venoit de lui faire de le 
faire rentrer dans son Église. Dès que l'abbé 
Bigorre fut arrivé à Rome, il eut audience du 



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1S4 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOIST 

Pape. Il lui fît sa proposition. Sa Sainteté l'assura 
qu'avec une véritable joie elle comprendroit M. le 
duc d'Albret dans la promotion des couronnes, et 
lui fît bien des complimens pour M. de Turenne. 
Elle répondit à la lettre du roi dans les mêmes 
termes, et s'expliqua encore plus nettement avec 
Tabbé de Bourlemont , auditeur de rote, qui fai- 
soit les affaires de France en l'absence de l'ambas- 
sadeur. Le roi, sur ces nouvelles, dit à M. de 
Turenne : « Il n'y a rien à espérer pour votre 
neveu; mais il est bien jeune, il peut attendre. » 
Cette indifférence que le roi témoignoit là-dessus 
donna occasion au duc de Créqui, qui avoit été 
ambassadeur à Rome, et qui y avoit conservé 
quelque commerce, et au coadjuteur de Reims (il 
n'aimoit pas M. de Turenne), d'écrire à leurs 
amis, afin sans doute que cela parvînt aux oreilles 
du Pape, que le roi ne se soucioit guère de cette 
affaire. L'abbé Bigorre, en ayant eu connoissance, 
le manda au duc d'Albret, qui trouva moyen d'en 
tirer avantage. M. de Turenue et M. de Lionne 
le dirent au roi, qui renouvela ses instances avec 
plus de vivacité, ajoutant qu'il savoit les mauvais 
offices que des courtisans envieux avoient voulu 
rendre au duc d'Albret; mais il arriva quelque 
temps après un incident qui pensa tout gâter. Le 
prince d'Aversberg, l'un des principaux ministres de 
l'Empereur, avoit obtenu sa nomination secrète au 



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LIVRE X l5S 

cardinalat, et, pour y réussir, il avoit fait dire au 
roi qu'il seroit dans ses intérêts s'il y vouloit con- 
sentir. Le roi y consentit; mais le prince d'Avers- 
berg, averti des instances que le roi faisoit auprès 
du Pape pour le duc d'Albret, s'en plaignit, et le 
roi le dit à M. de Turenne, qui ne balança jamais 
entre ses intérêts et ceux de l'État, et étoit prêt à 
tout sacrifier au roi, lorsqu'on apprit que le prince 
d'Aversberg étoit disgracié, et que l'Empereur 
avoit donné la place dans son conseil au prince de 
Lobkowitz, et la nomination au cardinalat au prince 
de Bade, moine bénédictin, coadjuteur des abbayes 
de Fuldes et de Kampen. 

Il arriva dans ce temps un autre incident qui 
jeta quelque froideur entre le duc d'Albret et 
l'évêque de Laon. Ils ne s'étoient jamais fort 
aimés, se regardant comme rivaux. La naissance 
^t le mérite du duc d'Albret parioient' à l'âge 
«t à l'expérience de l'évêque de Laon. MM.d'Es- 
trées étoient parens de la reine de Portugal, 
<et par leurs intrigues ils avoient rompu le mariage 
du prince don Pèdre avec M''* de Bouillon. 
L'évêque de Laon avoit obtenu la nomination 
de Portugal, et le roi venoit de lui permettre 
d'envoyer à Rome le sieur Foucher pour solliciter 
son chapeau. Le duc d'Albret en fut averti, et 

I. De pariare, égaler; pariaient ^ étaient égaux. 



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l56 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY 

courut chez M. de Lionne pour savoir si cela étoit 
vrai. M. de Lionne lui dit que oui; mais que 
cela ne lui faisoit aucun tort, puisque le roi, en 
écrivant en faveur de i'évêque de Laon, renou- 
velleroit ses instances pour l'avancement de sa 
promotion. M. le duc d'Albret ne fut point tou- 
ché des raisons de M. de Lionne, d'autant plus 
que Ton parloit déjà du mariage de M"« de 
Lionne avec le marquis de Cœuvres, neveu de 
l'évêque de Laon. Tout ce qu'il put obtenir de 
lui fut que, si le roi à la prière de M. de Turenne 
en reparloit au conseil, il seroit d'avis de ne point 
envoyer Foucher jusqu'à ce que le duc d'Albret 
fût cardinal. La chose arriva ainsi. M. de Turenne 
en parla au roi, et le roi à son conseil; et Sa Ma- 
jesté fît dire à l'évêque de Laon de ne point en- 
voyer Foucher à Rome. Il l'envoya seulement à 
Turin, où il demeura deux ou trois mois jusqu'à la 
promotion du cardinal de Bouillon. 

Cependant les Vénitiens, appuyés de la recom- 
mandation du Pape, demandoient au roi des trou- 
pes et des vaisseaux pour tâcher de faire lever le 
siège de Candie. Morosini, leur ambassadeur, pres- 
soit fort. Le duc d'Albret lui fit dire qu'à sa prière 
M. de Turenne y emploieroit tout son crédit, et 
l'ambassadeur s'en aperçut si bien que, sur son 
rapport, la République parreconnoissance ordonna 
à son ambassadeur à Rome de presser le Pape pour 



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LIVRE X iSy 

la promotion du duc d'Albret. M. de Turenne 
avoit eu là-dessus plusieurs conférences avec Mo- 
rosini, qui seul de tous les ambassadeurs et minis- 
tres étrangers eut la permission de suivre le roi 
à son voyage en Flandre. Il fit le voyage avec 
M. de Lauzun, qui étoit une espèce de favori. Le 
maréchal de Navailles, qui devoit conduire les 
troupes du roi à Candie, disoit aussi tous les jours 
à l'ambassadeur que la République en avoit Tobli- 
gation à M. de TurenQe : ce qui étoit d'autant 
plus beau à lui qu'il avoit une liaison très intime 
avec M. Le Tellier, qui n'étoit pas des amis de 
M. de Turenne. Navailles étoit honnête homme 
€t rendoit honneur à la vérité. Les choses parois- 
soient assez bien disposées, lorsque le cardinal 
Rospigliosi, par ordre du Pape, écrivit à M. de 
Lionne que, si le roi vouloit donner la nomination 
à M. de Turenne lui-même, il le feroit cardinal le 
lendemain de l'arrivée du courrier, persuadé que 
les plus grands ennetnis de la France ne pourroient 
pas y trouver à redire. M. de Lionne lut à M. de 
Turenne la lettre du cardinal Rospjgliosi, et lui 
cita l'exemple récent de M. le cardinal de Ven- 
dôme, a Ah! Monsieur, lui dit M. de Turenne, 
que ferois-je d'une calotte et d'une grande queue? 
Cet équipage m'embarrasseroit fort. Je vous prie 
de remercier bien^ le Pape pour moi, et de le prier 
de faire mon neveu cardinal. » M*. de Lionne en 



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l58 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY 

rendit compte au roi, qui lui dit : « J'eusse été 
bien surpris si M. de Turenne avoit topé à la 
proposition. » M. de Turenne ne laissa pas de 
vouloir s'en divertir un moment, en disant au duc 
d'Albret : « Vous avez un concurrent pour le car- 
dinalat bien dangereux. Le roi n'a qu*à lui donner 
sa nomination, le Pape offre de le faire cardinal à 
l'arrivée du courrier. Ne craignez rien, ajouta-t-il; 
ce concurrent, c'est moi. » 

C'étoit le temps des incidens, tous capables de 
retarder la promotion du duc d'Albret. M. de 
Bonzi, ambassadeur du roi en Pologne, s'étoit 
trouvé à l'élection du roi Michel Wiesnowieski, et, 
lui ayant persuadé qu'il y avoit beaucoup contri- 
bué, quoique ce prince eût été mis sur le trône 
par la faction d'Autriche, il avoit tiré de lui parole 
de sa nomination au cardinalat, pourvu que le 
Pape promît d'y avoir égard à la promotion de^ 
'couronnes, et ne fît pas comme Alexandre VII, 
qui avoit méprisé la nomination du roi Casimir. 
Bonzi, sans perdre de temps, avoit dépêché un 
courrier au roi pour le supplier d'écrire au Pape 
pour tirer cette parole de Sa Sainteté, qu'il croyoit 
assez bien disposée en sa faveur. Ils étoient du 
même pays, tous deux sujets du grand-duc. Le duc 
de Chaulnes, ambassadeur du roi à Rome, avoit 
obtenu du Pape cette parole verbale dans le 
temps qu'on croyoit que les Polonois éliroient pour 



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LIVRE X l59 

leur roi ou le prince de Condé, ou le duc de 
Neubourg; et l'un et l'autre avoient promis leur 
nomination à M. de Bonzi. M. de Lionne, son 
ami particulier, avoit déjà fait la lettre du roi au 
Pape, et étoit prêt à l'envoyer, lorsqu'un remords 
le prit en faveur du duc d'Albret, jugeant bien que 
cette nouvelle prière du roi seroit peut-être un 
prétexte au Pape de différer encore sa promotion, 
qu*il promettoit de faire incessamment. Il envoya 
éveiller le duc d'Albret à six heures du matin, et 
le pria de venir chez lui. Il avoit loué une petite 
maison à Saint-Germain pour mieux solliciter son 
affaire. 

Dès qu'il fut entré dans le cabinet de M. de 
Lionne, ce ministre lui fît promettre un secret 
inviolable, même à l'égard de M. de Turenne. Il 
lui expliqua ensuite l'affaire de Bonzi, lui avouant 
qu'il n'avoit pas songé qu'en servant son bon ami, 
il nuiroit peut-être à son meilleur ami; que le 
remède étoit difficile, parce que la chose avoit été 
arrêtée au conseil, et que MM. Le Tellier et Col- 
bert l'avoient appuyée de tout leur cœur, dans la 
pensée peut-être d'éloigner sa promotion; qu'il 
falloit qu'il allât éveiller M. de Turenne, et lui 
dît qu'à l'insu de M. de Lionne il avoit appris 
par un commis l'envoi de ce courrier, et qu'il fal- 
loit l'empêcher de partir en représentant au roi les 
inconvéniens. M. de Turenne, qui sentit l'impor- 



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l6o MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY 

tance de la chose, s'habilla promptement, pendant 
que le duc d'Albret dressoit le mémoire au roi. Il 
monta en haut, et demanda à Sa Majesté un mo- 
ment d'audience dans son cabinet. Il lui expliqua 
toute l'affaire, et lui donna son petit mémoire, que 
le roi fît lire au conseil. M. de Lionne fut d'avis 
d'attendre au moins l'arrivée du premier courrier 
de Rome avant que de faire partir celui-ci ; mais 
les deux autres ministres insistèrent à le faire partir 
sur-le-champ, en ajoutant seulement aux lettres du 
roi que Sa Majesté, en faisant cette prière au 
Pape, renouveloit ses instances pour avancer la 
promotion du duc d'Albret. A la sortie du conseil, 
M. de Lionne vint dire à M. de Turenne et au 
duc d'Albret, qui étoit avec lui, ce qui s'étoit passé 
dans le conseil, et tâcha de leur persuader q^elçs 
additions ordonnées aux lettres du roi remédie- 
roient au mal; il persuada aisément M. de Tu- 
renne, qui crut qu'il y alloit du service du roi, de 
s'assurer au plus tôt de deux chapeaux, au hasard 
d'avoir celui de son neveu un peu plus tard. Le 
duc d*Albret, dont l'esprit étoit d'une vivacité 
surprenante, fertile en expédieqs, lui dit : « Per- 
mettez-moi, Monsieur, de vous dire que, pour 
assurer le chapeau de M. de Bonzi, il y a une 
voie bien plus courte : c'est, au lieu d'envojer le 
courrier à Rome, de le renvoyer en Pologne assu- 
rer le roi Michel que, le Pape ayant promis au duc 



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LIVRE X l6l 

de Chaulnes de faire cardinal l'ambassadeur de 
France en Pologne s'il avoit la nomination du 
nouveau roi, il peut en sûreté donner la sienne à 
M. de Bonzi, le roi se faisant fort de lui faire 
avoir son effet. » M. de Turenne et M. de Lionne 
approuvoient extrêmement la pensée de M. le 
duc d'Albret. « Mais comment faire? dit M. de 
Lionne. Le roi Michel n'a pas encore donné part 
au roi de son élection; le roi ne peut pas le pré- 
venir et lui écrire le premier. — Eh bien, reprit 
M. le duc d'Albret, le roi n'a qu'à écrire tout ce 
que je viens de dire à M. de Bonzi, et lui ordon- 
ner de remettre sa lettre en original entre les 
mains du roi Michel pour sûreté de la parole de 
Sa Majesté. » M. de Lionne, ayant approuvé 
encore ce nouvel expédient, et donné mille louan- 
ges au duc d'Albret de la fertilité de son imagina- 
tion, conseilla à M. de Turenne de l'aller propo- 
ser au roi, lui permettant de dire à Sa Majesté que 
M. de Lionne l'approuvoit en tout, persuadé que 
c'étoit le meilleur moyen d'assurer le chapeau de 
M. de Bonzi, sans reculer la promotion du duc 
d'Albret. M. de Turenne proposa la chose au roi, 
qui étoit pressé d'aller à la chasse, et qui lui dit : 
« Votre neveu a raison, et j'approuve l'expédient, 
puisque Lionne en est d'avis, lui qui appuyoit le 
plus l'envoi du courrier à Rome. Dites-lui qu'il 
n*a qu'à le dépécher en Pologne. » Cela fut fait le 
Mémoires de Choisy, II. 3 1 



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l62 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY 

même jour, et tout réassit. Le roi Michel, content 
de la parole du roi, donna sa nomination à Bonzi; 
et trois semaines après, au mois d'août 1669, le 
Pape déclara le duc d'Albret cardinal, le lende- 
main de la mort de don Thomaso Rospiglîosi, son 
neveu, qu'il feignit d'ignorer, afin de pouvoir 
tenir le consistoire et faire la promotion. Le Pape 
n'avertit que quatre personnes de la résolution 
qu'il avoit prise de faire le duc d'Albret cardi- 
nal, savoir : le cardinal Giacomo Rospigliosi, son 
neveu ; le cardinal Ottoboni , dataire , qui fut de- 
puis Alexandre VIII; le cardinal Azzolini, secré- 
taire d'État, et le cardinal Chigi, neveu de son 
bienfaiteur le pape Alexandre VIII. Il avoit tant 
de reconnoissance des plaisirs que l'on lui avoit 
faits, qu'il avoit résolu de faire l'abbé de Lionne 
cardinal aussitôt qu'il auroit pris le bonnet de 
(locteur. Il croyoit devoir la papauté à M. de 
Lionne, qui lui avoit ménagé secrètement l'amitié 
de la France, quoiqu'il eût été nonce en Espagne, 
et le cardinal de Retz nous a appris que, dans le 
conclave où Clément IX fut élu, la France sou- 
haitoit en premier lieu le cardinal Farnèse, et, en 
second lieu, le cardinal Rospigliosi; au lieu que 
l'Espagne souhaitoit Rospigliosi avant tout autre, 
ce qui fît réussir son affaire, la faction de France 
ayant aisément donné les mains à son élection. Il 
est bon de remarquer que, dans le consistoire ou 



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LIVRE X 168 

le Pape déclara le duc d'Albret cardinal de Bouil- 
lon, il déclara en même temps qu'il se réservoit 
un autre chapeau m petto pour celui en général 
que la reine régente d'Espagne, mère du roi 
Charles II, lui nommeroit. Or elle en nommA 
deux, savoir : Porto-Carrero, doyen de Tolède, par 
une nomination publique, souscrite par la junte au 
conseil d'Espagne; et le P. Nitard , jésuite, soa 
confesseur, par une lettre particulière fort pres- 
sante. Le Pape fut assez embarrassé, et, lorsqu'il 
se vit prêt à mourir, il se détermina par le conseil 
de ses ministres en faveur de Porto-Carrero, qui 
étoit appuyé de tous les ministres d'Espagne. C'est 
ce qui l'obligea de dire à l'abbé Bigorre, qui le 
remercioit pour le cardinal de Bouillon : « Je lui 
ai donné deux chapeaux, puisque, pour pouvoir 
lui en donner un, il m'a fallu en donner un autre 
à un inconnu, à la nomination de la reine d'Espa- 
gne. » Ce fut en 1671 que le roi donna au car- 
dinal de Bouillon la charge de grand aumônier de 
France, vacante par la mort du cardinal Antoine 
Barberin. Le public s'imagina que c'étoit à la 
considération de M. de Torenne, et il se trompa 
lourdement, comme la suite de cette affaire le fera 
voir dans ses plus petites circonstances, que je n'ai 
pas ignorées. On croit communément, et c'est le 
sentiment de l'apologiste du cardinal de Bouillon^ 
qu'il doit toute sa fortune k M. de Turenne; mais 



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164 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY 

x>n a déjà vu, par le récit que j'ai fait de la ma- 
nière dont il a été fait cardinal, la bonne part qu'il 
y a eue lui-même par son habileté et sa vigilance. 
Il se doit encore davantage la charge de grand 
aumônier, puisque M. de Turenne, bien loin de 
le servir, lui fut un obstacle pour l'obtenir. 

Je dirai, à propos de cette apologie tant vantée 
du cardinal de Bouillon, que, si en la lisant j'ai 
admiré comme les autres la manière d^écrire de 
l'auteur, j'y ai remarqué beaucoup de faits ou 
faux ou altérés, où j'ai reconnu d'abord qu'elle 
n'avoit point été faite par son ordre, puisque ja- 
mais il n'y eût laissé mettre qu'il doit toute son 
élévation à M. de Turenne; que sa vie est une 
suite continuelle de bienfaits que le roi a daigné 
répandre sur sa personne , et y eût peut-être fait 
couler un bon mot des évêchés de Liège et de 
Strasbourg que Sa Majesté a jugé à propos de 
lui ôter, ce qui pourroit faire compenser les in- 
jures avec les bienfaits; mais c'est ce que nous 
examinerons dans son lieu. 

La santé du cardinal Antoine étoit depuis quel- 
que temps fort altérée : cela faisoit penser à sa 
dépouille. M. Le Tellier avoit déjà eu pour son 
fils la coadjutorerie de l'archevêché de Reims. Il 
lui avoit aussi fait offrir six cent mille livres pour 
avoir sa démission de la charge de grand aumô* 
nier. Mais l'évêque d'Orléans, depuis cardinal de 



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LIVRE X l65 

Coasiin , premier aumônier du roi depuis trente 
ans, avoit tiré parole de Sa Majesté que personne 
n'auroit à son préjudice l'agrément de traiter de 
cette charge avec le cardinal Antoine , soit par 
démission, soit par coadjutorerie. Les choses étoient 
dans cet état-là lorsque le cardinal de Bouillon 
partit de Paris, au mois de décembre 1669, pour 
aller à Rome avec le duc de Chaulnes, ambassa- 
deur de France, assister au conclave qui se tenoit 
pour élire un pape après la mort de Clément IX. Il 
apprit en chemin que le cardinal Antoine étoit fort 
malade, et prit dès lors sa résolution de faire tous 
ses efforts, au cas qu'il le trouvât encore en vie, 
pour obtenir de lui la démission de sa charge de 
grand aumônier. Il en vint à bout : la santé du 
cardinal Antoine se raffermit un peu, et son amitié 
pour le cardinal de Bouillon fut si grande qu'il 
lui donna parole de lui envoyer sa démission dès 
que le roi l'auroit agréée ; mais, pendant que le 
cardinal de Bouillon négocioit cette affaire à 
Rome, l'évêque d'Orléans fit dire à M. de Tu- 
renne par Perthuis , capitaine de ses gardes et 
l'ami particulier de l'évêque , que , s'il songeoit à 
faire tomber à M. le cardinal de Bouillon la charge 
de grand aumônier, il n'y songeroit plus, ne vou- 
lant pas se trouver en son chemin. M. de Turenne, 
qui ne savoit rien des vues de son neveu, et qui 
dans le vrai n'avoit eu aucune idée pour cette 



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t66 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY 

charge, répondit à Perthuis qu'il n'y pensoit point, 
et qu'il souhaitoit de tout son cœur que M. d'Or- 
léans pût l'obtenir. Il l'en assura lui-même dès fe 
Fendemain , et tous les Coaslin , ravis de n'avoir 
point un compétiteur si dangereux, l'en remerciè- 
cent et s'en vantèrent hautement. Le cardinal fut 
aussitôt averti à Rome d'un engagement pris si 
légèrement, et capable de renverser son projet. Il 
n'en écrivit rien à M. de Turenne, et lui manda 
seulement qu'il ne pouvoit suivre son conseil, qui 
étoitde demeurer encore longtemps à Rome; qu'il 
SToitdéjà pris congé du Pape et du sacré collège; 
que son équipage étoit parti pour s'en retourner 
en France, et qu'il alloit à Munich voir M«n« la du- 
chesse de Bavière; qu'il y attendroit des nouvelles 
de M. de Turenne, et que, s'il le vouloit absolu- 
ment, il retourneroit à Rome, quelque dépense 
qu'il fût obligé d'y faire à cause de son âge et de 
sa naissance. M. de Turenne lui manda à Munich 
qu'il n'avoit qu'à revenir en France, ce qu'il fit 
aussitôt. Il lui rendit compte en arrivant de ce 
qu'il avoit négocié avec le cardinal Antoine , sans 
faire semblant de savoir les engagemens que M. de 
Turenne avoit pris avec Tévêque d'Orléans. Alors 
ce grand homme vit bien qu'il s'étoit engagé un 
peu vite, et dit à son neveu qu'il pouvoit aller son 
chemin; mais que, pour lui, après la sottise qu'il 
avoit faite (ce sont les termes dont il se servit en 



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LIVRÉ X 167 

lui avouant tout), il ne pou voit en honneur solli- 
citer pour lui ; mais qu'il lui conseilloit de conter 
au roi comme la chose s'étoit passée, et de dire à 
Sa Majesté que c'étoit la raison qui Tempêchoilde 
lui en parler. Dès que le cardinal de Bouillon fut 
arrivé, il demanda au roi une audience particulière 
dans son cabinet, et lui déclara que M. le cardinal 
Antoine lui avoit promis de lui envoyer la démission 
de sa charge, si Sa Majesté Tavoit pour agréable, 
la suppliant seulement de lui accorder une place 
de prélat, commandeur de Tordre du Saint-Esprit, 
parce qu'il ne lui convenoit pas de porter le Saint- 
Esprit par brevet , comme ayant eu la charge de 
grand aumônier. Le roi lui parut écouter la pro- 
position avec plaisir; mais, sans donner de parole 
positive, il lui dit qu'il seroit bien aise que cela se 
pût faire dans la suite, et qu'il lui donneroit la 
chaîne dans le moment, s'il n'avoit pas promis 
à l'évêque d'Orléans, son premier aumônier, de 
ne point agréer que personne, à son préjudice, 
traitât avec M. le cardinal Antoine, soit par sur- 
vivance, soit par démission, et qu'il pouvoit le 
ntander au cardinal Antoine. Il le fît aussitôt, et 
le cardinal Antoine lui répondit qu'il ne changeoit 
point de sentiment à son égard, et seroit toujours 
prêt à lui envoyer sa démission lorsque le roi l'au- 
roit pour agréable. 

Les choses en étoient là , lorsqu'un incident 



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l68 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY 

pensa tout renverser. M. de Péréfixe, archevêque 
de Paris, mourut au commencement de Tannée 
1671. Il étoit proviseur de la maison de Sorbonne. 
Aussitôt tous les docteurs se dirent publiquement 
les uns aux autres qu'il falloit élire deux jours 
après le cardinal de Bouillon, qui étoit de leur 
maison et société, et dont la naissance et le mérite 
personnel leur feroient honneur. Il en fut bientôt 
averti, et l'écrivit au P. Ferrier, confesseur du 
roi, le priant de dire à Sa Majesté qu'il auroit été 
lui-même au Louvre lui en faire part s'il n'avoitpas 
eu peur qu'on ne crût qu'il alloit demander l'arche- 
vêché de Paris, et que ce qui l'arrêtoit encore da- 
vantage, c'étoit qu'il venoit d'apprendre que M. de 
Péréfixe , à son insu , avoit en mourant ordonné à 
Tabbé de La Motte , son meilleur ami , de dire à 
Sa Majesté qu'il ne connoissoit personne en France, 
par rapport au service de PÉglise et du roi, plus 
propre que le cardinal de Bouillon à remplir digne- 
ment le poste d'archevêque de Paris. 

Le P. Ferrier, plus ami de M. de Chanvallon, 
alors archevêque de Rouen, que du cardinal de 
Bouillon, ne se pressa pas de parler de lui au roi, 
Sa Majesté lui ayant dit d'abord, à ce que dit le 
révérend père, qu'elle donnoit l'archevêché de 
Paris à M. de Chanvallon, et que, pour le bien de 
son service, elle souhaitoit qu'il fût aussi proviseur 
de Sorbonne. Et Je P. Ferrier en ayant donné 



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LIVRE X 169 

avis au cardinal, ce jeune homme, vif, et piqué 
qu*on lui enlevât ainsi la provisorerie de Sorbonne 
malgré tous les docteurs, s'en alla au Louvre fort 
échauffé, et représenta au roitlans son cabinet, avec 
une vivacité surprenante, et même avec des larmes 
aux yeux qui lui échappèrent, que c'étoit le dés- 
honorer que de le croire moins attaché au service 
de Sa Majesté que M. de Chanvallon, et qu'enfin 
c'étoit le traiter comme le cardinal de Retz, qui 
n'avoit pas été proviseur de Sorbonne, parce qu'il 
avoit fait la guerre au roi, et qu'il étoit alors dans 
les pays étrangers. Le roi lui répondit assez froi- 
dement : « Je verrai, et je vous ferai savoir dé- 
main ma volonté. » Le cardinal de Bouillon, qui 
songeoit en même temps à plus d'une chose, s'i- 
maginant que la vacance de l'archevêché de Rouen 
pourroit dégager le roi des engagemens qu'il avoit 
pris avec monsieur l'évêque d'Orléans pour la 
grande aumônerie, proposa à Sa Majesté de lui 
donner l'archevêché de Rouen, à quoi Sa Majesté, 
sans doute piquée de la hardiesse, pour ne pas 
dire de l'indiscrétion du jeune cardinal, ne répon- 
dit rien. Elle eut pourtant la bonté d'ordonner à 
M. Roze, secrétaire du cabinet, d'aller trouver 
monsieur l'archevêque de Paris pour lui dire de 
ne parler à personne de la provisorerie de Sor- 
bonne; mais Roze, intime ami de l'archevêque, 
rapporta sur-le-champ qu'il en avoit déjà reçu les 



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lyo MEMOIRES DE L ABBE DE CHOISY 

complimens de tous les docteurs, et qu'ainsi l'af- 
faire étoit consommée, soit que cela fût vrai, soit 
que cela eût aidé à la précipiter. J'oubiiois de dire 
que le roi en parlant de la provisorerie de Sor- 
bonne, ayant dit au cardinal que les docteurs, sui- 
vant les apparences, lui préféroient un archevêque 
de Paris, dont ils avoient besoin tous les jours, il 
répondit fièrement que, si le roi vouloit bien ne 
point s'en mêler, il étoit assuré d'avoir dix voix 
contre une. 

Le lendemain, le cardinal s'étant trouvé au prie- 
Dieu du roi avec l'archevêque de Paris, cet arche- 
vêque, croyant adoucir les choses, lui dit tout bas 
qu'il souhaitoit passionnément que le roi donnât 
l'archevêché de Rouen à une personne qui, par sa 
naissance et par son mérite, pût réparer les fautes 
qu'il y avoit faites; mais le cardinal, piqué de ce qui 
s'étoit passé, lui répondit : « Je crois, Monsieur, 
qu'il y a des gens qui seroient bien aises d'être ar- 
chevêque de Rouen; mais, pour moi, je n'en fais 
pas l'objet de mes désirs. » 

Le même jour, le P. Ferricr vint dire au car- 
dinal de Bouillon que le roi, pour le bien de soa 
service, persistoLt à vouloir -que la provisorerie de 
Sorbonne fût unie à l'archevêché de Paris; que 
cela ne le regardoit point personneUemest; qu'il 
n'y avoit en cela aucune préférence d'estime et de 
confiance, et que, pour lui en donner une preuve». 



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LIVRE X 171 

Sa Majesté le nommeroit, s'il vouloit, à Tarchevê- 
ché de Rouen. Le cardinal répondit au P. Fer- 
rier qu'il étoit prêt d'obéir au roi en toutes 
choses; mais que, dans la conjoncture présente, il 
accepteroit l'archevêché de Rouen comme si c'é- 
toit l'évêché de Grasse, réponse qui ne plut point 
au P. Ferrier, qui alla trouver M. de Turenne 
pour le prier de modérer, s'il pouvoit, la vivacité 
du cardinal. Il fit cependant réflexion de lui-même 
sur ce qu'il venoit de faire, et s'en alla au Louvre, 
où il dit au roi qu'il avoit cru jusque-là qu'il y 
alloit de son honneur d'être proviseur de Sor- 
bonne, mais qu'il en venoit faire le sacrifice à Sa 
Majesté, et que même, si elle le vouloit, il iroit 
en Sorbonne parmi les docteurs donner sa voix à 
monsieur l'archevêque de Paris. Le roi lui répon- 
dit qu'il ne lui en demandoit pas tant, et qu'il le 
remercioit de cette offre. Le cardinal, au sortir de 
son audience, alla rendre compte à M. de Turenne 
de tout ce qui s'étoit passé. M. de Turenne le 
gronda fort, et craignit avec grande raison qu'une 
si grande hauteur ne lui fît tort dans l'esprit du 
ror et ne nuisît à la grande aumôncrie, sur laquelle 
il n'avoit que de bonnes paroles. Il lui dit même 
que l'abbé Le Camus, depuis peu mort cardinal, 
étoit sorti de sa retraite auprès des Chartreux, où 
il n'étort pas toujours en or>aison, pour le venir 
avenir que le roi n'étoit point content du cardi- 



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lya MÉMOIRES DE l'âBBÉ DE CHOISY 

nal, et qu'il le savoit de bonne part. Le cardinal, 
sur cet avis, s'en alla le lendemain au lever du roi, 
et lui dit tout bas, lorsqu'il se mit à genoux pour 
prier Dieu, quMl étoit pénétré de douleur dans la 
crainte où il étoit de lui avoir déplu, et qu'il de- 
mandoit un moment d'audience dans son cabinet. 
Le roi lui répondit avec un visage assez sérieux : 
« Monsieur, cela n'est pas nécessaire. » Et, sur ce 
que le cardinal insista, le roi lui promit avec un 
visage riant de le faire appeler, ce qu'il fit un mo- 
ment après. Dès qu'ils furent seuls, le cardinal dit 
au roi qu'il venoit lui demander pardon de lui avoir 
parlé d'une manière qu'on disoit lui avoir déplu. 
« Il est vrai, dit le roi, que je n'ai pas été con- 
tent de votre vivacité sur la provisorerie de Sor- 
bonne, que j'ai regardée comme bonne à mon 
service. — Sire, reprit le cardinal, j'ai encore 
eu grand tort en osant proposer à Votre Majesté 
de donner l'archevêché de Rouen à monsieur l'é- 
vêque d'Orléans, comme si elle ne savoit pas bien 
les moyens de contenter tout le monde. » Le roi 
lui répondit qu'en cela il n'avoit fait aucune faute, 
puisqu'il étoit résolu de lui donner la charge de 
grand aumônier, au plus tard à la mort du cardinal 
Antoine. Le cardinal pensa se jeter à ses genoux; 
mais, comme Monsieur alloit entrer dans le cabinet, 
il lui dit seulement : « Sire, Votre Majesté en 
vingt-quatre heures m'a vu en deux états bien dif- 



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LIVRE X 173 

férens de douleur et de joie, tous deux causés par 
mon attachement à sa personne et par Tenvie de 
lui plaire. » 

Au sortir de chez le roi, le cardinal alla dire ce 
qui venoit de se passer à M. de Turenne, qui le 
lendemain dit au roi : « Sire, je vis hier au soir un 
homme bien pénétré de la bonté qu'a eue Votre 
Majesté de lui pardonner toutes ses fautes et d*y 
ajouter encore des grâces. — Il avoit eu tort, lui 
dit le roi; mais il a bien réparé tout cela, et nous 
sommes fort contens Tun de l'autre. » Depuis ce 
temps-là le cardinal se tint assuré de la charge de 
grand aumônier, d'autant plus que le cardinal An- 
toine, qui languissoit toujours, lui fît écrire que 
monsieur l'évêque d'Orléans lui offroit quatre cent 
vingt mille livres de la coadjutorerie, mais que, 
pour l'amour de lui, il ne vouloit écouter aucune 
proposition. Le cardinal porta sa lettre au roi, et 
lui avoua qu'il craignoit toujours que le cardinal 
Antoine, prêt à mourir, entouré de parens et de 
valets ardens à l'argent, ne se laissât enfin aller aux 
sollicitations de M. d'Orléans, qui pouvoit bien un 
beau matin apporter à Sa Majesté la démission de 
sa charge en sa faveur, et qu'alors elle seroit bien 
empêchée. Le roi lui dit qu'il avoit raison, et sur- 
le-champ ordonna à Chamarante, l'un de ses pre- 
miers valets de chambre, de dire à M. d'Orléans 
qu'inutilement il traiteroit avec le cardinal An- 



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174 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY 

toine, puisque la charge de giaad aumônier ne 
seroit exercée à i'aveak que par an cardinal. 

Ce pas fait, le cardinal de Bouillon vit son af- 
faire faite, et attendit en patience que Dieu dis- 
posât de M. le cardinal Antoine. Il mourut au 
mois d*août de la même année. Le roi en reçut la 
nouvelle à Fontainebleau, et, sitôt que M. de 
Turenne Teut apprise, il envoya un courrier au 
cardinal, qui étoit à Saint-Martin, lui conseillant 
de venir sur-le-champ à Fontainebleau, à moins 
qu'il n'eût changé d'avis, en pensant que peut- 
être ce grand empressement déplairoit au roi, 
après la parole positive que Sa Majesté lui avoit 
donnée de le faire grand aumônier à la mort du 
cardinal Antoine. En effet, M. de Turenne, après 
y avoir réfléchi, trouva qu'il avoit raison, et lui 
manda de retourner à Saint-Martin, au lieu de 
venir à Fontainebleau. Le roi lui avoit dit à To- 
reille : « Le cardinal Antoine est mort, et je me 
souviens bien de ce que j'ai promis à votre neveu. » 
Là-dessus M. de Turenne dit au roi qu'il avoit 
mandé au cardinal de venir incessamment à Fon- 
tainebleau, et qu'il n'avoit pas jugé à propos de le 
faire, a II a bien fait, dit le roi, sa présence nV 
vanceroit pas ses affaires, et en cette occasion il 
a mieux pensé que vous. » 

Cependant le cardinal, croyani avoir besoin de 
tout, envoya faire des complimens à monsieur l'ar- 



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LIVRE X lyS 

dievéque de Paris, avec qui il éloit en quelque 
froideur depuis ce qui s'étoit passé au collège de 
Navarre à un acte de l'abbé Amelot, et ses com- 
plimens furent si bien reçus qu'à peine fut-il 
arrivé de Saint-Martin au cloître de Notre-Dame, 
où il demeuroit encore, que l'archevêque le vint 
voir, lui apprit la mort du cardinal Antoine, et lui 
souhaita la charge de grand aumônier. Le cardinal 
lui avoua confidemment que cette nouvelle l'em- 
barrassoit, et qu'il ne savoit s'il devoit aller à 
Fontainebleau. Le lendemain, ayant reçu la ré- 
ponse de M. de Turenne, il alla voir l'archevêque, 
et lui dit qu'après y avoir bien pensé il n'iroit 
point à Fontainebleau, et s'en retourneroit à 
Saint-Martin, ce qu'il fit. Le roi avoit dit à M. de 
Turenne : « Mandez au cardinal de Bouillon de 
venir à Versailles le jour que j'y arriverai, et je 
bi donnerai la charge tant souhaitée. » En effet, 
elle étoit demandée par le cardinal d'Esté, par le 
cardinal Rospigliosi, par l'évéque de Laon, qui 
attendoit à tout moment le chapeau, en vertu de 
la nomination de Portugal; par l'évéque d'Orléans, 
par l'archevêque de Reims, et par l'archevêque dç 
Tours, depuis cardinal de Bonzi. Le cardinal d^ 
Bouillon ne manqua pas au lever du roi; mais Sa 
Majesté ne lui parla que de I9 nouvellç, qui venoit 
d'arriver, que l'évéque de Laon étoit cardinal, 
sans faire aucune mention de la grande aumônerie. 



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176 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOIST 

Quelques mois se passèrent sans qu'on en pariât. 
Enfin, un matin que le hasard avoit fait que le 
cardinal, au défaut des aumôniers, avoit fait la 
prière du roi, Sa Majesté lui dit de la suivre dans 
son cabinet, où elle lui dit qu'elle lui donnoit la 
charge de grand aumônier, et qu'elle ne l'avoit 
pas fait plus tôt afin de régler certaines choses sur 
cette charge , comme d'en distraire les mala- 
dreries, etc. « Mais, lui dit le roi en riant, je 
vous laisse les Quinze-Vingts. » Le cardinal^ en 
sortant du cabinet du roi, affecta un visage sérieux 
pour tromper M. Le Tellier, qui Texaminoit, et 
pour avoir le plaisir d'en porter la première nou- 
velle à M. de Turenne. 

Ce fut alors que monsieur l'évêque d'Orléans 
et tous les Coaslin se déchaînèrent contre M. de 
Turenne, qu'ils accusèrent d'avoir manqué à sa 
parole, ce qui n'étoit pas vrai, sa bonne foi et sa 
droiture l'ayant empêché de faire là-dessus aucune 
sollicitation auprès du roi, et s'étant contenté de 
savoir toute la suite de cette affaire. 

J'ai déjà dit que le roi, à la sollicitation du Pape 
et à la prière de M. de Turenne, avoit envoyé au 
secours de la ville de Candie six mille hommes de 
ses meilleures troupes, sous la conduite du duc de 
Navailles. Plus de la moitié y étoient demeurés, et 
le duc de Beaufort y avoit été tué. Le Pape ne se 
rebutoit point, et sollicitoit un nouveau secours ; 



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LIVRE X 177 

et, pour ^obtenir plus facilement, il résolut enfin 
de consoler le roi, et de témoigner à M. de 
Turenne la joie qu'il avoit de sa conversion en 
faisant le duc d'Albret cardinal, ce qu'il fit au 
mois d'août 1669, au grand déplaisir de M. Le 
Tellier, et encore plus de M. de Louvois. Ce 
ministre, si habile dans les détails où sa prévoyance 
n'oublioit rien, avoit toujours été mal avec M. de 
Turenne, qui ne lui faisoit aucune part de ses en- 
treprises; il prenoit des villes et gagnoit des ba« 
tailles, et ne l'apprenoit que par la gazette. Le 
roi étoit presque dans le même cas, et dit un jour 
à un officier qui s'en retournoit à l'armée d'Alle- 
magne ces célèbres paroles si dignes d'un bon roi : 
a Dites à M. de Turenne que je voudrois bien 
savoir quelquefois ce qu'il veut faire, j» 

Le cardinal de Bouillon ne songea guère dans la 
suite à regagner les bonnes grâces de M. de Lou- 
vois ; il soutint vivement les intérêts du comte de 
Marsan, jeune prince de la maison de Lorraine, 
qui galantisoit la vieille duchesse d'Aumont, que 
l'on croyoit riche à millions, et qu'il ne trouva pas 
digne de son attachement. Ap^ès la mort de M. de 
Turenne, il obtint pour le comte d'Auvergne, son 
frère, la charge de colonel général de la cavalerie, 
que ce ministre, pour lui faire dépit, voulott faire; 
supprimer, comme celle d'infanterie Tavoit été 
après la mort de M. d'Épernon; mais M. de 
Mémoires de Choisy, II. 2 3 



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lyS MÉMOIRES DE l'âBBÉ DE CHOIST 

LoQvois se vengea bien. L'évéché de Liège étoit 
vacant, et disputé entre le cardinal de Bouillon et 
le prince Guillaume de Furstemberg et le prince 
de Neubourg. Le cardinal avoit sept voix, le prince 
de Neubourg neuf, et le prince Guillaume qua- 
torze; mais le prince Guillaume étoit prêt à cé- 
der ses voix au cardinal, lorsque N..., envoyé 
extraordinaire du roi à Liège, déclara aux cha- 
noines, par Tordre de M. de Louvois, que le roi 
ne consentiroit jamais à l'élection du cardinal, et 
qu'il aimoit mieux que ce fût un étranger. A ces 
nouvelles, le Pape s'attribua, comme il ne manque 
jamais de faire en pareilles occasions, toute l'auto- 
rité de l'élection, et, ne voulant point le prince 
Guillaume, qui étoit désagréable à l'Empereur, il 
donna un bref d'éligibilité au prince de Neubourg, 
qui fut reçu unanimement. 

M. le cardinal de Bouillon, après avoir pris 
congé du roi, pour aller au conclave, où fut élu 
Odescalchi, dit Innocent XI, me demanda en ba* 
dinant si je voulois venir à Rome être son con- 
daviste; je lui dis que cela me feroit grand plai- 
sir. « Je m'en vais partir dans deux heures, me 
dit-il, mais vous me rattraperez bien. Allez en de- 
mander la permission au roi, et les instructions du 
ministre, et vous mettez dans la diligence de 
Lyon : j'y serai encore dans six jours. » Cela fut 
fait fort brusquement, et, en arrivant à deux lieues 



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LIVRE X 179 

de Lyon, je trouvai un carrosse de M.de Villeroi, 
archevêque de Lyon, qui m'attendoit; et j'arrivai 
que le cardinal étoit encore à table; je lui rendis 
compte, après-dîner, de ce que j'avois fait à Saint- 
Germain. Il me demanda si je savois l'italien, je 
lui dis que non. « Et comment ferez-vous? me dit- 
il, la plupart des cardinaux n'entendent point le 
François. — Oh 1 Monseigneur, lui répondis-je, cela 
ne m'embarrassera pas; nous ne serons à Rome 
que dans quinze jours, et je m*en vais tâcher de 
parler italien, bien ou mal. Je le saurai quand nous 
arriverons à Rome. » Il se mit à rire, et dit : « Vous 
ferez comme vous pourrez. » Et je le fis fort bien. 
Je metiois partout des Vostra Signoria; le latin et le 
françois apprennent bientôt un latin de cuisine, qui 
suffit pour se faire entendre. Mais, quand nous fû- 
mes entrés au conclave, je me trouvai fort décon- 
certé. J'avois compté savoir toutes les négociations 
les plus secrètes, et le cardinal de Bouillon ne me 
disoit rien. Le cardinal de Retz étoit son ancien et 
avoit seul le droit de parler. Heureusement le car- 
dinal de Retz eut la goutte, et je lui allois tenir 
compagnie dans sa chambre; il me demanda com- 
ment je m'accommodois du conclave, a Fort mal. 
Monseigneur, lui répondis-je ; je ne sais rien, les 
valets du conclave en savent plus que moi. » Ce 
bon cardinal avoit envie de me faire plaisir. Outre 
l'ancienne amitié des Caumartin, mes parens, mon 



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l8o MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY 

frère étoit intendant de Lorraine et de Commercy, 
et lui rendoit tous les services qu^l pouvott. « Je 
veux, me dit-il, vous prendre pour mon concla- 
viste; le cardinal de Bouillon en sera bien aise, et 
par ce moyen vous saurez tout, et serez le concla- 
viste général des cardinaux françois. » Le lende- 
main je fus installé dans le conseil des François ; 
je fis toutes leurs dépêches. Ils étoient quatre : 
Retz, Bouillon, d'Estrées et Bonzi; le cardinal 
Maldachini étoit reçu parmi eux, quand il y vou- 
loit venir; mais alors ils changeoient de discours, 
sans jamais lui dire le secret. Les cardinaux de 
Retz et de Bouillon avoient toujours quasi les 
mêmes avis; les deux autres étoient d'avis con- 
traires : d'Eslrées vouloit être chef de parti, et 
Bonzi ne pensoit qu'à la fin du conclave pour s'en 
retourner à Montpellier. La faction d'Espagne et 
celle de l'Empereur étoient les plus fortes; elles 
vouloient Odescalchi. Les cardinaux françois se sé- 
parèrent, et résolurent d'écrire au roi leurs senti- 
mens. Je fis leur dépêche l'un après l'autre. Retz 
et Bouillon lui proposoient Grimaldi qui avoit 
quatre-vingts ans, et qui auroit pour lui la faction 
des Chigt, et tous les vieillards, dans l'espérance 
de revenir à la passe. D'autre côté, les cardinaux 
d'Estrées et Bonzi lui disoient nn bien infini 
d'Odescalchi : qu'il avoit cinquante mille écus de 
rente; qu'il soutageroit la Chambre apostolique; 



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LIVRE X iBi 

qu'il étoit homme de bien. Le roi en cette occa- 
sion fit voir sa piété, et manda que, préférablement 
à tout, il souhaitoit le bien de rÉglise, et qu'ils 
concourussent à l'élection d'Odescalchi. Il fut élu 
le même jour et proclamé le lendemain. M. le 
cardinal de Bouillon m'envoya à neuf heures du 
soir, heure indue, demander à Odescalchi une au- 
dience secrète; il y alla, et fut une demi-heure 
avec lui sans lui faire aucune proposition. Il n'étoit 
pas homme à en recevoir. Quand le cardinal fut 
sorti, je me jetai aux pieds d'Odescalchi en disant: 
« Ho baciato il primo i pitdi di Vosira Santità, » 
Il me répondit : « Non è ancora » , mais il me parut 
qu'il n'étoit pas indifférent à cette nouvelle. Il a 
toujours depuis ce temps-là suivi sa pointe « sans 
oublier que la France lui avoit fait perdre six an« 
nées de pontificat en lui donnant l'exclusion à la 
dernière vacance. Il faut aussi un peu avouer que 
l'Assemblée de 1 682 l'avoit poussé à bout. On a bien 
voulu dire qu'il avoit envoyé de l'argent au prince 
d'Orange , mais je n'en crois rien : la passion ne 
mène pas si loin les plus gens de bien. Le cardinal 
de Bouillon demeura encore six semaines à Rome 
après le conclave, faisant une dépense effroyable. 
11 avoit vingt-quatre pages et soixante valets de 
pied, le soir, autour de sa chaise avec des flambeaux 
de cire blanche, et vingt-huit carrosses de ses li- 
vrées, dont il en envoyoit deux à chaque François 



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l82 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOIST 

de condition qui arrivoit à Rome. Il dépensa cent 
mille ëcus en trois mois de temps. Le cardinal de 
Retz fit bien une autre dépense quand il se sauva 
<lu château de Nantes. Il craignoit d'être enlevé 
par le cardinal Mazarin. Il prit pour valets de 
pied trois cents soldats bien armés sous la mandille. 

Je me garderai bien de vouloir défendre M. le 
cardinal de Bouillon sur sa dernière escapade. Il 
n'y a eu ni rime ni raison. Il écrit au roi comme 
à son égal ; et, dans le temps qu'il étoit prêt de 
rentrer en grâce, il va se jeter parmi les ennemis, 
qui le reçurent en triomphe. Le prince Eugène 
4ui fit des honneurs extraordinaires, mais cela ne 
dura guère : car, s'étant aperçu qu'il ne lui étoit 
bon à rien, il le laissa en Flandre sans lui marquer 
aucune considération. Il s'en aperçut bientôt^ et 
alla à Rome. Il s'y étoit fort signalé dans son der- 
nier voyage. Cinq ou six vieux cardinaux l'avoient 
laissé passer devant eux; il étoit devenu doyen, 
avoit ouvert la porte sainte pendant la vacance du 
Saint-Siège, et eut grande part à l'élection de 
Clément XI. Ce Pape ne lui en témoigna pas 
grande reconnoissance , et fît peu de pas pour le 
raccommoder avec le roi, qui lui permit seulement 
de revenir en France en exil, et de jouir de ses 
bénéfices. 

Cet exil dura dix ans assez doucement. Le car- 
dinal alloit et venoit à La Claire , près de Lyon , à 



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tIVRE X l8S 

qn« maison près d'Orléans, et à une près de Rouen. 
J'allois de temps en temps passer deux mois avec 
lui. Il passoît ordinairement par Paris ; et enfin, 
quand il eut pris sa dernière et funeste résolution, 
il me manda de le venir trouver à Ormesson , me 
fit beaucoup d'amitiés, ne voulut voir que moi de 
tous ses amis de Paris , et me dit que le roi lui 
avoit permis d'aller visiter ses abbayes de Flandre. 
Je lui offris de le suivre à ce petit voyage : il me 
dit qu'il vouloit aller seul, et que dans six semaines 
je le vinsse trouver à Rouen. Il savoît bien qu'il 
n'y seroit pas, et, jugeant bien que je n'approu- 
verois pas un dessein si mal concerté, il ne voulut 
pas m'y embarquer malgré moi. J'ai déjà dit qu'il 
n'eut pas grande satisfaction en Flandre. Le Pape 
le reçut à Rome assez froidement , et lui accorda 
seulement sûreté de sa personne. Il n'avoit rien à 
craindre du roi, qui ne songeoit pas à le faire ar- 
rêter. Il en eût été embarrassé, et ne ressembloit 
pas à Louis XI, qui tint le cardinal de La Balue 
treize ans en prison. 




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LIVRE XI 



Mémoire ou histoire secrète des motifs qui ont 
donné lieu au grand vizir Kara^-Mustapha d'en- 
treprendre le siège de Vienne Fan i683. 




E marquis de Béthune ' avoit tous les 
talens d*un courtisan aimable : il étoit 
vif, éloquent, laborieux; il écrivoit 
avec une facilité merveilleuse , il étoit 
bien fait; il avoit du courage et de l'ambition; il 
étoit capable des vues les plus élevées; et, par le 
mariage qu'il avoit fait avec M}^ d'Arquien, il se 
trouvoit beau-frère de Jean Sobieski, devenu roi 
de Pologne. 

Ce Jean Sobieski avoit été envoyé jeune pour 

I . François de Béthune, comte de Selles, dit le marquis 
de Bithune. (A. £.) 



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LIVRE XI l85 

faire ses exercices en France ; et, dans les différens 
degrés par lesquels il s'éieva à la dignité de grand 
naréchal de Pologie, il conserva un attachement 
pour la France que le roi entretenoit par quelques 
•bienfaits : de sorte qu'en Pologne il étoit regardé 
comme à la tête de la faction françoise que le roi 
étoit bien aise de maintenir dans ce royaume. La 
reine sa femme', qu'il aimoit, Tentretenoit dans le 
goût naturel d'avoir plus de penchant pour la cour 
de sa nation que pour les autres cours d'Allema- 
gne, avec lesquelles ce prince auroit pu prendre 
quelque engagement ; de sorte que, lorsqu'il fut 
élevé à la couronne élective de Pologne, le roi ne 
demanda pas mieux que de lui donner le cordon 
de son ordre, que ce nouveau roi lui témoigna 
sonhaiter; et comme, par les statuts que fit 
Henri III, il faut que ce soit un chevalier qui fasse 
la cérémonie de donner le collier, le roi fit une 
promotion particulière du marquis de Béthune, 
afin qu'en lui donnant l'ordre il eût l'honneur de 
le porter, et de le donner au roi son beau-frère, 
auprès duquel il fut envoyé en qualité d'ambassa- 
deur extraordinaire. Le voyage qu'il y fit avec sa 
femme, sœur de la reine, étoit dans le commence- 
ment des troubles que Tékély fomentoit avec les 



I. Mftrie-Casimire de La Grange d'Arquien, reine de 
Pologne. (A. £.) 

24 



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l86 MEMOIRES DE L*ABBÉ DE CHOIST 

roécontens de Hongrie; et le marquis de Béthune, 
attentif à ce qui pouvoit faire son élévation et con- 
tribuer au service du roi son maître, reçut une 
instruction particulière d'engager son beau-frère à 
soutenir autant qu'il pourroit les desseins et la fac- 
tion de Tékély. 

Quoique l'autorité des rois de Pologne soit 
grande, elle ne laisse pas d'être bornée par les lois 
du royaume, et le roi n'y peut faire la guerre sans 
le consentement de la République, ni lever des 
troupes que de concert avec ce qui compose le 
corps de l'État; de sorte que toute l'inclination 
que le roi de Pologne avoit de faire plaisir au roi, 
et de contribuer à la fortune et aux avantages de 
son beau-frère le marquis de Béthune, aboutit à 
fermer les yeux sur la levée de quelques troupes 
que le marquis de Béthune faisoit à ses dépens; et 
ledit marquis, ayant pris des liaisons secrètes avec 
le Tékély, devoit lui conduire et commander lui- 
même un corps de dix mille hommes, avec lequel 
il s'étoit engagé de joindre les mécontens de Hon- 
grie. 

Le roi de France fournissoit la dépense et l'en- 
tretien de cette levée : c'étoit un coup mortel pour 
l'Empereur que la jonction d'un corps aussi consi- 
dérable. Quelques officiers françois passèrent en 
Pologne. Cette levée se faisoit sans bruit, et avec 
succès; ce n'étoit ni le roi ni la République qui 



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LIVRE XI 187 

augmentoient ces» troupes. L'assemblée, qui éloit 
déjà de sept à huit mille homme bien payés, se 
faisoit dans la starostie de Strick : cette starostie 
étoit au roi de Pologne pendant qu'il n'étoit que 
grand maréchal, et il en avoit conservé la posses- 
sion depuis qu'il étoit roi. 

Ce que l'on appelle en Pologne starostie est une 
espèce de commanderie séculière qui forme le 
gouvernement d'un canton, dont le roi donne le 
commandement et les revenus; et c'étoit dans le 
lieu de Strick et ses dépendances que s'assembloient 
les troupes : ce que, par complaisance pour le roi 
et le marquis de Béthune, Sa Majesté polonoise 
faisoit semblant d'ignorer. 

La reine avoit une extrême passion que son 
père, le marquis d'Arquien, la pût voir dans la 
splendeur du trône où sa bonne fortune l'avoit 
conduite. Le marquis d'Arquien avoit la charge de 
capitaine de la garde de Monsieur, frère unique 
du roi; il avoit vécu dans un dérangement de ses 
affaires qui les avoit infiniment délabrées. Sortir 
de France sans payer ses dettes étoit une chose 
quasi impossible et honteuse. Ses créanciers le 
persécutoient; il n'y avoit de moyen que celui de 
vendre sa charge secrètement, pour que, disposant 
de tout le produit de la vente, il pût en payer les 
créanciers les plus pressés, et garder quelque chose 
pour faire son équipage et son voyage. Un profit 



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l88 MÉMOIRES D£ l'aBBE DE CHOISY 

considérable que le chevalier de^Liscouet fit au jeu 
donna occasion à la proposition qu'il fit d'acheter 
la moitié de sa charge, dont le prix fut fait à vingt 
mille écus; et Monsieur, qui ne demandoit pas 
mieux que d'augmenter le nombre des gens de 
condition qui vouloient bien s'attacher à lui, don- 
na l'agrément au chevalier de Liscouet pour la 
moitié de cette charge, dont quelques années après 
le marquis de Foix acheta l'autre pour autres vingt 
mille écus. 

La marquise de Béthune étoit naturellement 
très intéressée : elle eut avis de la vente de la 
charge de son père, et cette nouvelle réveilla en 
elle les prétentions d'une dot mal payée, qui lui 
avoit été promise en la mariant. Cette femme ne 
laissoit pas d'avoir, par son esprit difficile, jaloux 
et impérieux, une sorte d'autorité sur l'esprit du 
marquis de Béthune, son mari. L'un et l'autre écri- 
virent secrètement à l'évêque de Verdun, frère du 
marquis, de représenter à Monsieur que c'étoit 
leur ôter leur bien que de permettre au vieux 
d'Arquien de toucher l'argent de sa charge; qu'il 
le dissiperoit, ne pajeroit aucune dette de la mai- 
son, et feroit perdre à la marquise de Béthune la 
dot qui lui étoit promise par son mariage. Mon- 
sieur défendit à Liscouet de payer les vingt mille 
écus dont il vouloit voir l'emploi. Le bon homme 
marquis d'Arquien eut beau se plaindre : l'évêque 



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LIVRE XI 189 

de Verdun avoit si bien instruit et prévenu Mon- 
sieur que ce prince témoigna qu'il aimoit mieux 
faire plaisir au marquis et à la marquise de Béthune 
qu'à son ancien domestique, qui passoit pour être 
grand dissipateur. 

Le bon homme marquis d'Arquien, au déses- 
poir, rendit compte à ia reine sa fille du nouvel 
inconvénient qui Tempéchoit de partir. Le roi et 
la reine de Pologne envoyèrent un matin chercher 
le marquis de Béthune, et lui firent des reproches 
de sa conduite. « La peste m'étouffe, dit le mar- 
quis de Béthune, si j'ai jamais entendu parler de 
cette affaire! Vous verrez, dit-il, que c'est ma 
diable de femme qui aura fait à mon insu cette 
tracasserie. Vos Majestés n'ignorent pas combien 
tous les jours elle me tourmente par ses fureurs de 
jalousie; et celle-ci est une rage d'intérêt que je 
désavoue, et à laquelle je n'ai nulle part. » 

Cette plainte de la mauvaise humeur de sa 
femme étoit venue dans le temps d'un éclat 
effroyable qu'elle venoit de faire : car, ayant su, 
quelques jours auparavant, par des espions qui lui 
rendoient compte de toutes les actions de son 
mari, qu'il étoit entré le soir chez une femme dont 
elle étoit jalouse, elle vint la nuit dans le logis où 
elle savoit qu'il étoit, monta dans la chambre, où 
le marquis de Béthune, averti de l'arrivée de sa 
femme, ne put autre chose que de se cacher préci- 



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190 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY 

pitamment sous le lit. Cette furieuse entra comme 
une lionne, en disant à cette dame, qui étoit de 
grande naissance : a Rends-moi mon mari, tu me 
l'as débauché. » Et, faisant un bruit épouvantable, 
elle chercha son mari dans le lit et de tous les 
côtés. Ne le trouvant point, elle alla malheureuse- 
ment s'aviser de regarder sous le lit : cette jalouse 
femme, trouvant un pot de chambre plein d'urine, 
le prit et le lui jeta au visage. Le pauvre marquis, 
honteux, fît mille reproches sanglans à sa femme; 
sa femme lui en fit mille autres, et à la dame de la 
maison. Ce vacarme, comme je viens de le dire, 
avoit précédé de quelques jours les plaintes du roi 
et de la reine sur le procédé qui regardoit les vingt 
mille écus; de sorte que le marquis de Béthune 
n'eut pas de peine à persuader qu'il n'avoit aucune 
part à la conduite de sa femme, et il fut conclu 
qu'il remettroit à la reine une lettre par laquelle il 
consentoit de tout son cœur que son beau-père 
touchât l'argent de la vente de sa charge; et le roi 
et la reine se chargèrent de déterminer M™* de 
Béthune à la même chose. Cela ne fut pas difficile : 
le marquis et la marquise de Béthune écrivirent 
tout ce que le roi et la reine désirèrent. Cette 
princesse, dans la passion qu'elle avoit de voir son 
père, lui dépêcha un courrier qui porta non seule- 
ment les susdites lettres, mais elle écrivit elle-même 
à Monsieur, lui reprocha son injustice, le peu 



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LIVRE XI 191 

d'égards qu'il avoit pour elle et pour son père, 
ajoutant que, s'il ne vouloit pas lui rendre justice, 
elle ne pourroit pas s'empêcher de s'en plaindre 
au roi; qu'elle espéroit qu'il la lui feroit rendre. 

Le bon homme marquis d'Arquien rendit à 
Monsieur la lettre de la reine sa fille, et deux jours 
après lui remit les lettres du marquis et de la mar- 
quise de Béthune, qui levoient toutes les difficultés 
des vingt mille écus qu'il devoit toucher du che- 
valier de Liscouet. 

Monsieur étoit le meilleur prince du monde, 
mais en même temps le plus foible, le plus facile 
et le moins capable de garder un secret; il eût 
même forcé son tempérament s'il eût perdu l'occa- 
sion de faire une tracasserie, a Ne voyez-vous pas^ 
dit-il, bon homme, en parlant au marquis d'Ar- 
quien, que l'on se moque de vous? » £t il lui fit 
confidence non seulement que le marquis et la 
marquise de Béthune avoient fait précéder le cour- 
rier de la reine par un exprès, pour le prier de ne 
rien faire de ce que contenoient les lettres que le 
roi et la reine de Pologne avoient exigées d'eux, 
mais de plus Monsieur lui montra l'original de la 
lettre du marquis et de la marquise : et, sur ce que 
le bon homme d'Arquien pressa Monsieur de lui 
en remettre l'original. Monsieur lui permit d'en 
prendre copie; après quoi Monsieur s'étendit sur 
les plaintes qu'il fit de la reine, qui lui écrivoit. 



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192 MEMOIRES DE L ABBE DE CHOISY 

disoit-il, d'une plaisante manière; que la fortune 
qu'elle avoit d'être reine ne devoit pas l'empêcher 
de connoître ce qu'elle étoit; qu'il trou voit fort 
étrange qu'elle se méconnût au point de le mena- 
cer; qu'il étoit le maître dans sa maison, et qu'in- 
dépendamment du plaisir qu'il étoit bien aise de 
faire à M. et à M^^^ de Béthune, il étoit encore 
plus aise de trouver une occasion de chagriner la 
reine de Pologne; et qu'il alloit réitérer les ordres 
qu'il avoit donnés au chevalier de Liscouet de ne 
remettre Targent de sa charge qu'aux créanciers du 
marquis, ou à la marquise de Béthune. 

L'étonnement du marquis d'Arquien fut grand; 
mais celui du roi et de la reine de Pologne^ quand 
ils surent, par le retour de leur courrier, ce qui 
s'étoit passé entre le marquis d'Arquien et Mon- 
sieur, et qu'ils eurent la copie de la lettre de 
M. et de M"»* de Béthune, ne peut s'exprimer. 
La reine principalement entra dans une fureur qu'il 
faut être femme et offensée pour ressentir. « A 
quoi tout cela sert-il, Madame? dit le roi. Il n'y a . 
qu'un parti à prendre : c'est d'envoyer d'ici les . 
vingt mille écus à votre père, le faire venir; et, 
sans vous fâcher ni vous inquiéter davantage^ je ferai 
couper le cou à monsieur l'ambassadeur de France 
mon beau-frère^ si cela peut vous contenter, car 
aussi bien la noirceur de son procédé le mérite. » 
Quand les premiers mouvemens de colère furent 



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LIVRE XI 193 

passés, voici le parti que la reine prit : elle envoya 
chercher le grand et le petit général de Pologne, 
et leur dit qu'elle étoit surprise d'apprendre que, 
contre les lois et les privilèges de la République, 
ils levassent des troupes; qu'elle étoit informée 
qu'il y avoit sept à huit mille hommes dans la 
starostie de Strick; que cette levée ne pouvoit être 
faite qu'avec quelque dessein de leur part contraire 
au repos du royaume, et que cette conduite ca- 
choit quelque mauvaise intention. Le grand et le 
petit général ne manquèrent pas d'avouer que tout 
ce qui s'étoit fait avoit été par un ordre tacite que 
le roi leur avoit donné de favoriser cette levée, 
dont ils dévoient feindre de n'avoir aucune con- 
noissance. a Allez donc. Messieurs, leur dit la 
reine, voir le roi : vous lui pourrez rendre compte 
du reproche que je vous ai fait; et je ne doute pas 
que Sa Majesté ne vous donne des ordres conve- 
nables au repos de la République, et à la dignité 
tie son règne. » 

Le grand et le petit général virent en effet le 
roi, et reçurent Tordre de lui d'aller eux-mêmes à 
Strick licencier les troupes, vendre les chevaux, 
congédier tous les François que le marquis de Bé- 
thune avoit fait venir, et il leur enjoignit qu'il ne 
fût plus question de cette levée, qu'il leur ordon* 
noit de dissiper. Cependant la dépense que le 
marquis de Béthune avoit faite se montoit déjà à 
Mémoiret de Choby, II. 2$ 



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194 MÉMOIRES DE L'aBBÉ DE CHOISY 

plus de huit cent mille francs. La France se trouva 
offensée de ce licenciement des troupes, qui ren- 
versoit les projets de Tékély : car, outre la perte 
de l'argent, c'étoit encore renoncer à faire cette 
grande diversion que Ton espéroit en Allemagne. 
Le roi de Pologne de son côté se plaignit forte- 
ment du procédé du marquis et de la marquise de 
Béthune : Tun et l'autre furent rappelés; la femme 
fut exilée dans une de ses terres de Touraîne, 
nommée Selles ; le marquis eut permission de venir 
conter ses raisons à la cour, rejetant tout son 
malheur sur la mauvaise humeur et la conduite de 
sa femme. 

Le Tékélj ne fut pas sitôt averti de ce man- 
quement de parole, et du renvoi des troupes qui le 
dévoient joindre, que, dénué d'espoir et de se- 
cours, ne se trouvant plus en état de se défendre 
en Hongrie, il résolut de se rendre à Constanti- 
Dople,, exhortant ceux de son parti à le soutenir 
pendant son absence, qui ne seroit pas longue, et 
les assurant qu'il alloit déterminer lui-même le 
Grand Seigneur aux grands secours avec lesquels il 
viendroit bientôt les retrouver. 

Il avoit quelque accès auprès de la sultane, mère 
de Mahomet IV, qui régnoit. Elle étoit russienne : 
le Grand Seigneur, son fils, avoit beaucoup de 
considération pour elle. Le Tékély entretint Ma- 
homet, lui fit voir les facilités d'assiéger la capitale 



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LIVRE XI 195 

d'Allemagne; il eut de grandes conférences avec 
le grand vizir Kara-Mustapha-Pacha, qu'il déter- 
mina au traité qu'il fit avec lui, et au siège de 
Vienne : de sorte que, par Tenchaînement des 
circonstances, la mauvaise humeur, l'intérêt et les 
caprices d'une femme rompirent le cou à la fortune 
de son mari, à celle de sa maison, à l'heureuse 
disposition que la fortune de sa sœur, reine de 
Pologne, donnoit à son élévation ; et, par grada- 
tion des mêmes circonstances, firent perdre au roi 
la favorable conjoncture de faire faire en Allema- 
gne une puissante diversion des forces de l'Empe- 
reur, et donnèrent occasion à Mahomet IV et à son 
grand vizir de mettre la chrétienté et l'Allemagne 
dans les plus grands périls où elle ait jamais été : 
tant il est vrai que les plus grands événemens ont 
presque toujours pour principe des bagatelles, des 
puérilités et des tracasseries de femmes. 



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196 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY 



Mémoire sur ce qui donna lieu en 168 3 à Jean 
Sobieski, roi de Pologne, de secourir Vienne 
assiégée par les TurcSy et dont l'Empereur et toute 
sa famille avoient été obligés de sortir; avec quel- 
ques circonstances de l'entrevue de Sa Majesté 
Impériale et de Sa Majesté Polonoise, 

Jean Sobieski avoit, comme chacun sait, pen« 
dant qu'il étoit grand maréchal de Pologne, 
épousé une Françoise, fille du marquis d'Arquien, 
qui depuis fut cardinal ; et il étoit naturel que cette 
Françoise, devenue reine et ayant un extrême crédit 
sur l'esprit du roi son mari, souhaitât en France 
l'élévation de son père. La cour ne se trouva pas 
disposée à lui accorder, dans le temps qu'elle le 
demanda, la grâce de le faire duc. 

Le roi de Pologne avoit fait une ligue avec 
l'Empereur, et cette ligue portoit que, si la Polo- 
gne étoit attaquée par les Turcs, l'Empereur en 
personne, avec toutes ses forces, iroit secourir la 
Pologne, comme aussi le roi de Pologne iroit en 
personne secourir l'Empereur, si l'Empereur étoit 
attaqué. 

Le grand vizir Kara-Mustapha-Pacha, homme 
ambitieux, s'étoit uni avec le Tékély, chef des 



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LIVRE XI 197 

mécontens de Hongrie ; il avoit promis audit Té- 
kély ce royaume : de sorte qu'avec la plus formi- 
dable armée des Turcs qui eût jamais paru en Eu- 
rope, il entra en Hongrie. 

Le roi de Pologne, suivant ses engagemens, 
dépêcha un envoyé à l'Empereur pour lui dire qu'il 
étoit prêt d'assembler toutes ses forces, qu'il 
lui offroit dans un si pressant danger. L'Empereur 
ne crut peut-être pas le péril si imminent, et n'étoit 
pas bien aise d'attirer dans son pays un roi et des 
forces aussi considérables que celles de Pologne; 
Sa Majesté impériale reçut froidement des offres si 
obligeantes. Le roi Jean, bien averti, s'en trouva 
blessé, et dépêcha en France un courrier pour 
avertir le roi que, si l'on vouloit faire son beau- 
père duc, non seulement il ne secourroit pas l'Em- 
pereur ni Vienne, qui étoit sur le point d'être 
assiégée, mais qu'il offroit au roi d'unir ses forces 
aux siennes pour faire en Allemagne toute la di- 
version qui conviendroit au dessein que pourroit 
avoir Sa Majesté, qui, de ?bn côté, avoit offert à 
l'Empereur de faire passer des troupes en Allema- 
gne pour le secourir, et qui en avoit été refusé dés- 
obligeamment. 

Cependant le grand vizir tout à coup se porta 
sur Vienne, et obligea M. de Lorraine de jeter 
habilement son infanterie dans l'île de Schultz. 
L'Empereur fut obligé de sortir avec précipitation 



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198 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY 

de Vienne; et certainement la dignité de l'Empe- 
reur et de l'Empire céda à la frayeur qui obligea 
ce prince d'abandonner sa capitale d'une manière 
qui ressembla fort à une fuite honteuse. Ce fut 
alors que l'ambassadeur de Sa Majesté polonoise 
et le nonce Palavicini firent d'instantes prières au 
roi Jean de sauver l'Empire et la chrétienté. Le roi 
de Pologne ne leur donna que de foibles espéran- 
ces. Le siège de Vienne étoit formé et pressé, 
sans aucune apparence de secours. 

Un jour que le roi de Pologne alloit à la messe, 
le nonce du Pape et l'ambassadeur de l'Empereur 
se jetèrent à ses pieds, criant à haute voix : « Au 
nom de Dieu, Sire, sauvez la chrétienté et l'Em- 
pire! » A la voix de ces deux ministres se joigni- 
rent celles de leur suite et du peuple. Le roi Jean 
répondit : « Allons à la messe prier Dieu, et nous 
verrons ce que l'on pourra faire. » Il attendoit le 
retour du courrier qu'il avoit dépêché en France, 
dont il eut pour toute réponse des remercî- 
mens de ses offres, et une négative de la grâce 
qu'il avoit demandée pour le père de la reine. Ce 
refus le piqua au point que, sans balancer, ce 
prince envoya dire à l'ambassadeur de l'Empereur 
qu'il secourroit Vienne, et que pour cela il parti- 
roit le lendemain. L'ambassadeur lui répondit que, 
comme c'étoit la meilleure nouvelle qu'il pouvoit 
donner à son maître, il demandoit permission à 



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LIVRE XI 199 

Sa Majesté de l'aller porter lui-même, et il partit en 
poste pour aller trouver l'Empereur, qui s'étoit 
retiré à Lintz. 

Sa Majesté polonoise dépêcha des courriers à 
tous les palatinats, et à ceux qui commandoient ses 
troupes réglées, pour marcher au rendez-vous qu'il 
leur donna; et il monta lui-même à cheval le len- 
demain pour s'y rendre. Quinze mille Polonois de 
la plus belle cavalerie, et l'élite de la noblesse du 
royaume, se trouvèrent au rendez-vous : le roi fit 
lui-même le choix de quinze mille chevaux, et 
renvoya le reste. Il ne perdit pas un moment pour 
se mettre en marche, et envoya un courrier à Té- 
kély, qui étoit resté avec trente mille mécontens 
ou Turcs dans le royaume de Hongrie. Il lui man- 
da qu'il lui donnoit sa parole de ne le point 
inquiéter dans ses desseins, ni même dans la pos- 
session des conquêtes qu'il feroit; mais qu'il exi- 
geoit qu'il ne vînt point aussi le troubler dans 
ses projets. Le Tékély le lui promit; ce qui étoit 
absolument nécessaire. L'arrangement de ses vivres 
et l'ordre de sa marche ne fut pas sitôt fait que 
dans peu de jours, et sans obstacle, ce prince ar- 
riva sur les hauteurs de Closterberg. 

M. le duc de Lorraine, général des troupes de 
l'Empereur, le vint trouver pour lui apprendre ce 
qu'il savoit de la situation du camp des ennemis et 
du siège. Il le remercia au nom de l'Empereur, et 



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300 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY 

lui dit que non seulement sa présence et son se- 
cours étoient nécessaires, mais que lui seul pouvoit 
terminer une infinité de divisions et de difficultés 
entre monsieur l'électeur de Bavière, qui n'avoit 
que seize ans, et qui étoit venu joindre ses troupes 
à celles de l'électeur de Saxe, qui, de son côté, 
comme plus vieux, prétendoit le commandement; 
que chaque prince particulier de l'Empire, qui avoit 
amené pareillement ses troupes, avoit des préten- 
tions d'indépendance; et qu'en un mot la présence 
de Sa Majesté lèveroit tous les obstacles que la 
différence de sentimens et d'intérêts, si contraire 
à la cause commune, faisoit naître. 

Quelques-uns des principaux de ces messieurs 
vinrent les mêmes jours, sur les mêmes hauteurs 
de Closterberg, faire la révérence au roi Jean, qui 
s'avança avec eux jusqu'au lieu d'où l'on voyoit le 
camp du grand vizir, l'armée turque, et les ouvra- 
ges de la tranchée. Le roi, après avoir un peu re- 
gardé avec sa lunette, dit : « Cet homme-là est mal 
campé ; je le connois, c'est un ignorant présomp- 
tueux. Nous n'aurons pas d'honneur à cette affaire, 
par la facilité qu'il y aura d'y réussir; ces coquins-là 
ne m'attendront point. » £t se tournant vers le duc 
de Lorraine : « Monsieur, lui dit-il, prenez la peine 
de faire commander seulement deux petites pièces 
de canon, et qu'elles se trouvent demain à la 
pointe du jour dans le même lieu où nous sommes. 



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LIVRE XI 201 

et je vous réponds que vous verrez un beau remue- 
ménage. 7> En effet, à la pointe du jour du lende- 
main, un peu après le lever du soleil, le roi, ayant 
fait avancer les deux pièces de canon que M. de 
Lorraine avoit fait monter, en fit tirer une sur la 
grande tente du quartier du grand vizir; et, ayant 
pris sa lunette, il dit : a Je le vois qui sort de sa 
tente. » Et ayant ordonné que Ton tirât un second 
coup dans le même lieu : « Je le vois, dit-il, qui 
rentre » ; et ayant ordonné que Ton tirât sans 
cesse : « Je le vois, continua-t-il, qui monte à 
cheval, et beaucoup de désordre dans son quartier; 
il n'y a pas un moment de temps à perdre pour 
descendre. » 

Alors, donnant ordre que Ton tirât toujours des 
deux pièces, il fît passer devant lui la compagnie 
des gardes de son fils Jacques, deux des siennes, 
se mit à la tête du reste, et commanda que Ton 
allât droit aux tentes du grand vizir, et que Ton 
chargeât les troupes qui pouvoient faire quelque 
résistance; ajoutant qu'il prétendoit se mettre en 
bataille à mesure que ses troupes descendroient 
dans la plaine qui étoit entre le pied de la monta- 
gne et le quartier du grand vizir. 

La résistance des premières gardes des Turcs 
fut médiocre ; le quartier du grand vizir, avec ses 
tentes, son bagage et ce qu'il n'avoit pas eu le 
temps d'emporter, fut abandonné; on trouva dans 

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202 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY 

la tente du grand vizir un Polonois les mains liées, 
en état de recevoir la mort; et Ton sut bientôt 
que c'étoit le chevalier de Trosky, envoyé de Sa 
Majesté polonoise à la Porte, que le grand vizir 
avoit mené avec lui pour lui servir, disoît-il, 
d'otage de la conduite de son maître, l'ayant sou- 
vent assuré qu'il lui feroit trancher la tête si les 
Polonois se mettoient en campagne : et, quand le 
roi avec sa lunette l'avoit vu rentrer dans ses tentes, 
c'étoit pour donner l'ordre que l'on exécutât cet 
envoyé. Il l'alloit être lorsque le canon, qui tiroit 
toujours sur le quartier du grand vizir, l'obligea de 
l'abandonner avec précipitation ; et ceux qui 
avoient ordre d'exécuter le chevalier Trosky, voyant 
leur maître parti, ne songèrent eux-mêmes qu'à se 
sauver, et ne remplirent pas l'ordre qu'ils avoient 
de lui couper la tête. L'on sut aussi qu'en montant 
à cheval, le grand vizir avpit lui-même coupé la 
tête de son autruche favorite, qui ne le quittoit 
jamais, et qui couchoit dans sa chambre, parce que, 
ne la pouvant emmener, il ne voulut pas qu'elle 
tombât entre les mains de ses ennemis <. 

Ceux qui du haut de la montagne défîloient 
donnèrent avis au roi que l'on voyoit l'armée 

I . Sobieski parie de cette circonstance dans la lettre qu'il 
écrivit à la reine Marie-Casimire le i3 septembre i683. 
(Voyez les Lettres de Sobieski, publiées par M. de Salvandy, 
p. 63. Paris, Michaud, 1826.) 



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LIVRE XI 203 

turque qui se retiroil en diligence, mais en assez 
bon ordre. Le roi s'avança sur les tranchées et tra- 
vaux des ennemis, où il ne trouva rien que beau- 
coup de canon abandonné, tout le camp des en- 
nemis presque tendu pareillement abandonné, et 
presque tous les bagages de l'armée à sa discré- 
tion. Le premier soin de Sa Majesté fut de donner 
des ordres très sévères que personne ne pillât; et, 
ayant seulement fait avancer quelques gardes dans 
le camp abandonné des ennemis, et leur arrière- 
garde avec de grandes précautions, pour empêcher 
le pillage et pour observer la marche des Turcs, ce 
prince alla droit à la porte de la ville, où M. de 
Staremberg le vint trouver avec une multitude de 
peuple étonnante, au milieu desquels et des accla- 
mations de Vive Jean, notre libérateur! il marcha ou 
plutôt fut porté, avec des cris de joie et de louan- 
ges, à la grande église Saint-Étienne, où il voulut 
mettre pied à terre pour remercier Dieu d'une si 
grande et glorieuse journée, si avantageuse à la 
chrétienté. 

Le roi s'avança de la même sorte, porté par 
tons ceux qui vouloient en approcher, au pied du 
grand autel, où il se prosterna, et demeura assez 
longtemps dans cette posture de respect et d'hu- 
milité; après quoi se relevant, et les acclamations 
du peuple, le bruit et les fanfares des trompettes 
faisant dans l'église une sorte de dévotion militaire, 



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204 MEMOIRES DE L ABBE DE CHOISY 

quasi plus édifiante par son désordre que par l'ar- 
rangement d'un Te Deum que l'on voulut chanter, 
ce prince vit tant de larmes de joie aux yeux de 
tous ceux qui le regardoient et qu'il regardoit» 
qu'il ne put s'empêcher lui-même de fondre en 
larmes ; il a avoué depuis qu'il avoit si bien ressenti 
pour lors l'humanité que depuis ce moment-là et 
pendant ceux qui le suivirent, c'est-à-dire non 
seulement tant qu'il fut dans l'église, mais encore 
quand il fut remonté à cheval, et qu'il traversa les 
rues au milieu des acclamations de triomphe, long- 
temps même après être sorti de la ville, il n'avoit 
rien vu ni connu, tant l'excessive joie de tant de 
gens délivrés s'étoit mêlée avec la sienne particu- 
lière, et l'avoit mis hors d'état de ressentir aucune 
autre chose, sinon qu'il étoit dans un désordre de 
plaisir et de joie qu'il n'avoit jamais éprouvé. 

Il se retira dans les tentes du grand vizir, qu'il 
trouva toutes tendues. Il chargea M. le duc de 
Lorraine de prendre quelque soin de l'ordre du 
campement de l'armée, et de savoir au vrai la 
marche que tenoient les Turcs, et la façon dont ils 
faisoient leur retraite. Il dépêcha dans le moment 
un courrier à la reine sa femme, qu'il avoit laissée à 
Cracovie, et lui manda en peu de paroles le succès 
de son voyage, la levée du siège, et qu'il pouvoit 
l'assurer qu'elle ne lui reprocheroit pas ce que les 
femmes des Tartares ont coutume de reprocher à 



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LIVRE XI 2o5 

leurs maris, quand lis reviennent à la maison les 
mains vides après une expédition heureuse. Effec- 
tivement, on a plutôt reproché à ce roi d'avoir eu 
un peu trop d'attention à mettre et à faire mettre 
à part pour lui tout ce qui se rencontra de riche, 
de curieux et d'utile dans toutes les tentes du 
grand vizir, qu'il trouva toutes pleines, et même 
d'avoir fait ramasser avec avidité ce qu'il sut que 
quelques particuliers avoient pris, malgré la défense 
qu'il avoit faite de piller. 

L'armée turque étoit si considérable que l'on 
sut seulement qu'elle se retiroit en bon ordre du 
côté de Barcan, où étoit son pont sur le Danube, 
qui la séparoit de la ville de Gran; et, comme il 
falloit quelque arrangement pour suivre avec ordre 
une armée si supérieure, on convint que de deux 
ou trois jours on ne se mettroit point en marche, 
tant pour donner le loisir d'arriver aux troupes 
qui venoient de plusieurs endroits, que pour raser 
les tranchées et les ouvrages des Turcs; quelques 
jours même de séjour étoient nécessaires pour 
l'arrangement des vivres. Le lendemain donc de 
cette grande journée de la levée du siège, le roi 
se reposa ; mais le jour d'après, sans en rien dire, 
ce prince, qui souhaitoit une action qui ne fût glo- 
rieuse que pour lui et pour sa nation, donna 
l'ordre que le lendemain matin ses quinze mille 
t:hevaux se trouvassent prêts. Il tint son dessein 



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2o6 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY 

si secret que MM. de Lorraine et de Bavière, 
l'électeur de Saxe, ni aucun prince d'Allemagne, 
n'en eurent pas la moindre notion; et quand au 
matin M. de Lorraine voulut aller visiter le quar- 
tier des Polonois, qui étoit séparé du sien, il n'eut 
connoissance du roi ni de l'armée des Polonois 
que par la piste de leur marche, qui alloit sur 
celle du chemin que les Turcs avoient pris pour 
se retirer. Sa Majesté polonoise avait cru, pour 
ainsi dire, escamoter la gloire d'une action non 
seulement à M. de Lorraine, mais à l'armée de 
l'Empereur, et à tous les princes qui la compo- 
soient. 

Son ambition n'eut pas le fruit qu'il en espéroit : 
ce prince trouva l'armée turque non seulement en 
état de le recevoir, mais, l'ayant attaquée avec plus 
de courage de sa part et de mépris pour eux qu'il 
ne convenoit au petit nombre des Polonois qu'il 
conduisoit, et le grand vizir ayant, suivant l'usage 
de bataille des Turcs, élargi ses files en croissant 
dans la plaine de Barcan, le roi de Pologne, loin 
de pouvoir remporter aucun avantage sur les enne- 
mis, fut presque enveloppé avec ses troupes, qui, 
comme je l'ai dit, ne composoient que quinze 
mille chevaux. Sa retraite fut précipitée; il fut 
obligé lui-même de marcher en se retirant bien 
plus vite qu'il n'eût voulu, et peu s'en fallut qu'il 
n'y perdît la liberté ou la vie. Cette action témé- 



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LIVRE XI 207 

raire et malheureuse lui coûta plus de trois mille 
Polonois. 

Il trouva dans le désordre de sa retraite, en 
approchant du camp d'où il étoit parti, M. de 
Lorraine et tous les princes d'Allemagne, qui 
venoient au petit pas par le même chemin savoir 
des nouvelles de ce qui s'étoit passé. Le roi Jean 
étoit le premier homme du monde pour avouer lui- 
même ses fautes. « Messieurs, dit le roi en parlant 
à M. de Lorraine, et à la plupart des généraux et 
princes qui Taccompagnoient, j'ai été bien puni 
de mon imprudence ; j'ai été bien battu. J'avoue 
que j'ai voulu vous dérober une action dont je 
désirois que moi et ma nation eussions seuls la 
gloire; en un mot, je me suis attiré et j'ai bien 
mérité le malheur qui vient de m'arriver. » Ce 
prince remarqua assez que sa disgrâce n'avoit pas 
trop déplu à ceux à qui il la contoit. Plus on le 
plaignoit et l'excusoit, plus on l'aigrissoit. Enfin 
ayant rejoint les tentes du grand vizir, où étoit 
son quartier : « Que l'on me donne, dit-il, mon 
lit ordinaire, et que l'on renouvelle seulement ma 
paille. » Jamais ce prince ne se servoit à la guerre 
d'autre lit que de tapis de Turquie, que l'on met- 
toit à terre avec beaucoup de paille, sur laquelle il 
couchoit. 

M. de Lorraine entra dans sa tente dans le 
temps qu'il se faisoit désarmer, et qu'on lui prépa- 



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2o8 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY 

roit sa paille, c Sire, lui dit M. de Lorraine, Votre 
Majesté veut-elle commander quelque chose? — 
£h, morbleu! Monsieur, lui dit le roi, venez-vous 
encore ici m'insulter? Ne suis-je pas assez puni, 
sans que les yeux d'autrui soient encore témoins 
de ma disgrâce par les questions qu'ils me peuvent 
faire? Il est question d'avoir sa revanche : ne vou- 
lez-vous pas que nous la prenions dès demain? » 
M. de Lorraine lui répondit modestement qu'il ne 
croyoit pas que l'on pût encore marcher le lende- 
main. « Et quand donc? lui répliqua le roi. — Il 
est aujourd'hui jeudi, lui répliqua M. de Lorraine, 
et je ne crois pas que Votre Majesté puisse être 
en état de marcher avant samedi. — Samedi, soit, 
dit le roi; donnez vos ordres, et qu'on me laisse 
dormir jusques à samedi matin. Je ne veux voir 
personne; j'ai besoin de repos, et je ne trouverai 
de consolation que dans la défaite des ennemis, 
que Dieu nous prépare. » 

Effectivement le roi ne vit aucune personne de 
l'armée impériale jusqu'au samedi à la pointe du 
jour, que l'armée se mit en marche. Sa Majesté 
polonoise étoit à la tête de l'aile droite, compo- 
sée de sa cavalerie polonoise, et de quelques-uns 
des princes d'Allemagne. L'électeur de Bavière 
commandoit le centre, et M. de Lorraine com- 
mandoit la gauche, composée des troupes impé- 
riales ; l'électeur de Saxe et les autres princes de 



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LIVRE XI 209 

l'Empire commandoient différens postes de la pre- 
mière et de la seconde ligne. L'armée marcha sur 
différentes colonnes et se mit en bataille à la vue 
de l'armée turque; et, sans s'amuser à faire le détail 
de ce combat, les Turcs furent battus. Le grand 
vizir voulut sauver une partie de l'armée, en la fai- 
sant passer sur son pont entre la petite ville de 
Barcan et la ville de Gran, qui est de l'autre côté 
du Danube. Le pont rompit, par le désordre de 
ceux qui vouloient passer avec trop de précipita- 
tion : une infinité de Turcs se noyèrent, et tout 
ce qui resta en deçà du pont fut tué, ou pris pri- 
sonnier. Le roi Jean donna dans cette action des 
marques de valeur et de grand capitaine; l'électeur 
de Bavière, tout jeune qu'il étoit, s'y distingua 
fort; et le duc de Lorraine eut grande part au 
succès de cette action par son courage et sa con- 
duite. Presque tout le bagage des Turcs fut pris : 
le roi demanda pour sa part de la victoire les sabres 
et les chevaux, abandonnant les esclaves et le 
reste du butin à ceux à qui M. de Lorraine le des- 
tineroit. 

Pendant toutes ces actions, l'Empereur, tran- 
quille, revenoit de Lintz : il rentra dans sa capi- 
tale ; et, comme s'il eût eu part à la peine que 
l'on avoit prise pour son service, il trouva son 
cœur si susceptible de jalousie de la gloire d'au- 
tnii qu'à peine vouloit-il voir le roi de Pologne 

Mémoireide Choisj, H. 27 



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2IO MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY 

son libérateur. M. le duc de Lorraine scMiliaîtoit 
que Sa Majesté impériale allât au-devant de Sa 
Majesté polonoise, Tembrassàt, et la remerciât. 
L'Empereur fit des difficultés sur ce qu'il n'y avoit 
pas d'exemples dans le cérémonial qu'aucun roi 
électif se fût trouvé avec l'Empereur. Le duc de 
Lorraine faisoit tout de son mieux pour surmonter 
ces difficultés dont il étoit honteux, et vouloit au 
moins qu'après un service aussi considérable le roi 
de Pologne se séparât content de l'Empereur. 
Cela ne fut pas possible, et l'on convint enfin que 
l'Empereur monteroit à cheval, et que l'entrevue 
seferoitaucamp, en sorte qu'en s'abordant chacun 
eût la droite. 

Le roi de Pologne étoit armé, le bonnet à la 
polonoise, avec une belle aigrette, une grosse perle 
pendant du côté de l'aigrette, monté sur un des 
plus beaux chevaux du monde, dont le harnois 
étoit magnifique. Ce prince, avec l'air d'un con- 
quérant, aborda l'Empereur, qui, vêtu très pauvre* 
ment et monté de même, à peine ôta son chapeau, 
n'eut jamais le courage de remercier le roi de 
Pologne, ni de lui tenir aucun discours flatteur ni 
qui témoignât la plus foible reconnoissance ; et le 
peu que lui dit l'Empereur roula sur les services 
que les Polonois avoient toujours reçus de l'amitié 
et de la protection des Empereurs. 

Enfin cette entrevue, qui se fît de la plus mau* 



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LIVRE XI 211 

vaise grâce du monde, finit par ces paroles que ie 
roi de Pologne dit en se séparant de PEmpereur : 
a Mon frère, je suis bien aise de vous avoir rendu 
ce service. » £t, tournant la bride de son cheval 
pour s'en aller, comme il aperçut le prince Jacques, 
son fils aîné, qui n'avoit point fait la révérence à 
l'Empereur, il retourna son bonnet sur la tête, et 
présenta le prince Jacques, qui mit pied à terre et 
salua l'Empereur, qui eut bien de la peine à porter 
la main à son chapeau sans l'ôter, lui fit un petit 
signe de tète, et ne lui dit pas un mot, quoique le 
roi de Pologne, en le présentant, lui dît que c'étoit 
un jeune prince <ju'il élevoit pour le service de la 
chrétienté. 

Cette occasion de présenter son fils fit naître 
celle de présenter en même temps quelques palatins 
des plus considérables. Un d'entre eux ayant mis 
pied à terre et baisé la botte de l'Empereur, le roi 
de Pologne s'avança, et, lui donnant un petit coup 
de son fouet sur la fesse, lui dit : « Monsieur le pa- 
latin, ne faites point de bassesse » ; en quittant ainsi 
l'Empereur, il marcha à son quartier, d'où le lende- 
main il reprit le chemin de son royaume, ne trou- 
vant partout où il passoit, et où il eût dû recevoir 
des honnêtetés de la part de Sa Majesté impériale, 
qu'ingratitude, manquement de vivres, qu'il se fit 
donner par force, et ordre dans tous les lieux de 
son passage de se faire payer de tout ce qu'on lui 



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212 MEMOIRES DE L ABBE DE CHOISY 

fourniroit. Il sut même que les blessés polonois 
qu'il avoit fait mettre à Vienne pour être soignés 
en avoient été chassés sans secours. 

C'est ainsi que le plus grand et le plus important 
service du monde fut payé; et, excepté de M. de 
Lorraine et de l'électeur de Bavière, le roi de Po- 
logne n'eut lieu d'être content d'aucune personne 
de la cour de l'Empereur. Ce prince, de retour dans 
son royaume, donna avis de son mécontentement 
en France, et l'on n'y profita pas de ses bonnes 
dispositions. Cent fois il a dit aux ambassadeurs de 
France, et à tous ceux qui en pouvoient rendre 
compte au roi : « Je me montre tel que je suis. 
Ne sait-on pas que j'aime l'argent ? Si l'on m'en 
eût un peu donné, j'aurois mis la couronne impé- 
riale sur la tête du roi très chrétien. » La fatalité 
ne l'a pas voulu, mais les conjonctures y pouvoient 
être disposées. 




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LIVRE XII 



MADAME DE GUERCHEVILLE 




[ NTOiNETTE de Pons , marquise de 
^ Guercheville, étoit une des plus belles 
femmes de son temps; mais la beauté 
la rendit moins recommandable que 
la vertu. Elle échappa à la plus sensible des tenta- 
tions, aux soins empressés d'un roi, le plus galant 
des rois. Henri le Grand sentit pour elle tout ce 
que Testime et Tamitié peuvent inspirer de plus 
tendre. Ses hommages n'étoient pas méprisables : 
il étoit monté par sa valeur sur un trône qui lui 
appartenoit par sa naissance, et que la fortune lui 
disputa si longtemps. 11 eut de profonds respects 
pour Mïne de Guercheville; il voulut lui faire des 
présens; elle n'écouta rien, n'accepta rien; et, pour 
lui ôter toute espérance, elle évita de le voir, et se 
priva des plaisirs de la cour pour se conserver tout 



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214 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOIST 

entière à son honneur, a II ne faut pas, disoit-elle, 
qu'une femme soit assez téméraire pour attendre 
son ennemi ; elle succombera en présence : qu'elle 
évite le combat, si elle veut être la plus forte. Il 
est de certaines victoires qu'on ne remporte qu'en 
fuyant. » Elle se confina dans ses maisons de cam- 
pagne, et ne parla jamais au roi que malgré elle, 
et toujours avec une fierté respectueuse qui le fai- 
soit rentrer en lui-même. «Je ne suis peut-être pas 
d'assez bonne maison, lui disoit-elle un jour, pour 
être votre femme; et j'ai le cœur trop noble pour 
être votre maîtresse ». » 

Henri ne se rebuta point : accoutumé à vaincre 
en toutes sortes de combats, la résistance de 
M"»« de Guercheville l'irritoit, et ne le guérissoit 
pas. Il prit des villes, il gagna des batailles; il 
acquit une nouvelle gloire; il s'en crut plus aima- 
ble : il recommença ses assiduités, et trouva les 
mêmes respects et la même indifférence. Elle avoit 
épousé en secondes noces M. de Liancourt, et 
n'avoit point voulu quitter le nom de son premier 
mari, par un scrupule peut-être trop affecté : la 
duchesse de Beaufort avoit porté quelque temps 
le nom de Liancourt, et ne Tavoit pas honoré par 



I . Cette belle réponse a été aussi attribuée à Catherine 
de Rohan, duchesse de Deux-Ponts. ( Voyez le Dictionnaire 
de Bayle, au mot Catherine de Parthenay,) 



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LIVRE XII 2l5 

sa conduite. M. de Liancourt avoit une terre à dix 
lieues de Paris, nommée La Roche-Guyon. 
M»»® de Guercheville y demeuroit toute Tannée, 
sous prétexte qu'aimant la dépense, elle y pouvoit 
vivre plus magnifiquement qu'à Paris ou à Saint- 
Germain. £n vain le roi lui avoit fait dire par ses 
amies qu'elle étoit faite pour la cour : ces discours 
flatteurs, loin de l'ébranler, l'affermissoient dans sa 
résolution. Enfin ce prince s'avisa un jour, pour 
dernière ressource, de faire une partie de chasse du 
côté de La Roche-Guyon ; et, sur la fin de la jour- 
née, s'étant séparé de la plupart de ses courtisans, 
il envoya un gentilhomme à La Roche-Guyon de- 
mander le couvert pour une nuit. M^^ de Guer- 
cheville, sans s'embarrasser, répondit au gentil- 
homme que le roi lui feroit beaucoup d'honneur, 
et qu'elle le recevroit de son mieux. En effet, elle 
donna ordre à un magnifique souper; on éclaira 
toutes les fenêtres du château avec des torches 
(c'étoit la mode en ce temps-là) ; elle se para de 
ses plus beaux habits, se couvrit de perles (c'étoit 
aussi la mode) ; et, lorsque le roi arriva à l'entrée 
de la nuit, elle alla le recevoir à la porte de sa 
maison, accompagnée de toutes ses femmes et de 
quelques gentilshommes du voisinage. Des pages 
portoientles torches devant elle. Le roi, transporté 
de joie, la trouva plus belle que jamais : les om- 
bres de la nuit, la lumière des flambeaux, les 



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2l6 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CMOISY 

diamans, la surprise d'un accueil si favorable et si 
peu accoutumé, tout contribuoit à renouveler ses 
anciennes blessures, a Que vois-^je, Madame? lui 
dit ce monarque tremblant; est-ce bien vous, et 
suis-je ce roi méprisé?» Mn»«de Guercheville l'in- 
terrompit en le priant de monter dans son apparte- 
ment pour se reposer. Il lui donna la main. Elle le 
conduisit jusqu'à la porte de sa chambre, lui fit une 
grande révérence, et se retira. Le roi ne s'en 
étonna pas; il crut qu'elle vouloit aller donner 
ordre à la fête qu'elle lui préparoit. Mais il fut 
bien surpris quand on lui vint dire qu'elle étoit 
descendue dans sa cour, et qu'elle avoit crié tout 
haut : Qu'on attelle mon coche I comme pour aller 
coucher hors de chez elle. Il descendit aussitôt, et 
tout éperdu lui dit : « Quoi! Madame, je vous 
chasserois de votre maison? — Sire, lui répondit- 
elle d'un ton ferme, un roi doit être le maître par- 
tout où il est; et, pour moi, je suis bien aise d'avoir 
quelque pouvoir dans les lieux où je me trouve. » 
Et, sans vouloir l'écouter davantage, elle monta 
dans son coche, et alla coucher à deux lieues de 
là chez une de ses amies. Le roi tenta la même 
aventure une seconde fois, et M™* de Guercheville 
y répondit de la même manière, toujours honnête, 
polie, respectueuse, mais toujours sage. Une pa- 
reille conduite désarma le roi ; et, ne voulant pas 
laisser sans récompense une vertu si rare et si bien 



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LIVRE XII 217 

éprouvée, il l'envoya chercher lorsqu'il se maria, 
et la mit auprès de la reine Marie de Médicis, en 
lui disant : a Madame, je vous donne pour dame 
d'honneur une véritable femme d'honneur. » Ainsi 
ce prince, qui connoissoit le mérite, lui fit justice : 
il jugea contre lui-même. L'estime et l'amitié pri- 
rent la place d'une passion toujours condamnable 
quand elle n'est pas réglée par la vertu ' . 



MADEMOISELLE DE MONTPENSIER^ 

La grande Mademoiselle, dans sa jeunesse, avoit 
pensé épouser l'Empereur, le roi d'Angleterre et 
M. de Savoie. Son humeur impérieuse lui avoit 
fait rompre tous ces mariages. Enfin, en 1660, elle 
eut envie d'épouser le prince Charles de Lorraine : 
elle lui donnoit tous les soirs des soupers et des 
violons; on dansoit une partie de la nuit. Mais, 
par malheur pour elle, M^ï« d'Orléans, sa sœur, 

1 . L'abbé de Choisy parait être le premier écrivain qui 
ait fait connaître cette anecdocte : il était à la source des 
traditions sur le règne de Henri IV, dont sa mère avait pu 
voir la fin. Il a seulement erre sur un point. M™» de Guer- 
cheville n'était pas remariée à M. de Liancourt quand 
Henri IV lui rendit visite à La Roche-Guyon : elle ne con- 
tracta ce second mariage qu'au mois de février i 594. (A.E.) 

a. Manuscrits de Choisy, tome I®', f» 2 58, r<». 

28 



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2l8 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY 

étoit de toutes ces fêtes, belle comme le jour à 
seize ans ; Mademoiselle paroissoit sa grand'mère. 
Le prince Charles en devint amoureux. La vieille 
s*en aperçut bientôt, et rompit toutes les fêtes. 
Mlle d'Orléans épousa le grand-duc, et le prince 
Charles sortit de France. Mademoiselle songea 
alors à épouser Monsieur, qui reçut la proposition 
avec tant de mépris qu'enragée contre les grands 
princes, il lui vint à l'esprit de faire la fortune d'un 
seigneur françois qui la servît bien, et qui fût sou- 
mis à toutes ses volontés. L'amour qui étoit entré 
dans son cœur ne la laissoit pas en repos. M. de 
Lauzun, capitaine des gardes, étoit alors en fa- 
veur : il étoit petit, malpropre, de mauvaise mine; 
mais son esprit, sa' vivacité, ses airs gascons, et 
certaines qualités occultes, le faisoient aimer des 
dames. Mademoiselle jeta les yeux sur lui. Sa nais- 
sance étoit bonne, et l'amitié du roi lui donnoit 
un grand relief. Jamais homme n'avoit si bien su 
se plier à toutes les inclinations et fantaisies des 
gens à qui il vouloit plaire. Son aventure avec 
M»ne de Monaco avoit fait beaucoup de bruit; et 
d'ailleurs, comme il étoit attaché particulièrement 
à Mme de Montespan, alors la maîtresse régnante. 
Mademoiselle pouvoit espérer par là que le roi ne 
s'opposeroit pas à son dessein. Elle commença par 
faire une confidence à M. de Lauzun. « Je suis 
résolue, lui dit-elle, d'épouser un seigneur fran- 



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LIVRE XII 219 

çois : ma sœur vient d'épouser un prince lorrain à 
qui les grands seigneurs de France ne le cèdent 
point. Qu'en pensez-vous, Monsieur? — Ah! 
Mademoiselle, s'écria Lauzun, Votre Altesse royale 
voudroit-elle s'abaisser jusque-là? » Elle lui en 
parla deux ou trois fois; et lui, s'apercevant, au 
regard tendre de la princesse, qu'elle pensoit à 
lui, l'en dissuadoit toujours; ce qui augmentoit sa 
passion. Enfin, n'y pouvant plus tenir, elle lui dit 
que le jeudi suivant elle lui apprendroit le nom de 
celui qu'elle aimoit; et effectivement le jeudi au 
soir elle lui montra un billet. « Son nom est là 
dedans, lui dit-elle; mais je n'ai pas la force de 
vous le donner : je suis trop honteuse. Il est de- 
main vendredi, c'est un jour malheureux; mais je 
vous le donnerai samedi. » Elle tint sa parole, et 
lui donna un papier où il n'y avoit d'écrit que ce 
mot : Lauzun» Il pensa se jeter à ses pieds, et la 
remercia avec une passion qui étoit moins dans 
son cœur que dans son esprit. Le lendemain elle 
en parla au roi, qui lui dit : « Ma cousine, quelque 
amitié que j'aie pour Lauzun, je ne saurois ap« 
prouver un tel mariage ; mais vous avez quarante 
ans, je ne m'oppose à rien. » La permission don- 
née, quatre seigneurs de la cour (M. de Créqui et 
M. de Montausier en étoient) allèrent faire en 
forme la demande de Mademoiselle. Jamais affaire 
n'a fait tant de bruit. Monsieur et M. le Duc 



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220 MEMOIRES DE L ABBE DE CHOISY 

s'emportèrent extrêmement, et en parlèrent au roi, 
qui leur répondit froidement qu'il n'approuvoit 
point, mais aussi qu'il n'empéchoit point. M. le 
Prince, plus modéré, mérita que le roi le fît cacher 
derrière une tapisserie pour être témoin de la 
conversation qu'il vouloit avoir encore avec Ma- 
demoiselle. Sa Majesté lui parla avec amitié, lui 
représentant le tort qu'elle faisoit à la maison 
royale. Ce furent paroles perdues : elle persista, 
et retourna au Luxembourg préparer tout pour le 
mariage. M. de Lauzun, de son côté, avoit offert 
au roi un sacrifice entier. Enfin l'affaire eût été 
bientôt consommée, si la vanité ne s'y étoit point 
mêlée, Lauzun voulant être marié, comme s'il eût 
été un souverain, dans la chapelle des Tuileries. 
Le roi eut quelque peine à s'y résoudre; mais 
enfin il y consentit. Le jour fut pris pour la céré- 
monie après minuit. J'étois à six heures du soir 
dans la chambre de Mademoiselle, qui nous dit de 
la suivre dans une chambre voisine destinée pour 
M. de Lauzun. Elle étoit meublée magnifique- 
ment. « Ne trouvez-vous pas, nous dit-elle, qu'un 
cadet de Gascogne sera assez bien logé? » Elle 
venoit de lui faire une donation entre vifs du duché 
de Montpensier et du comté d'Eu : les mariés dé- 
voient en porter le nom. Elle vouloit aussi lui 
donner la principauté de Dombes; mais Guilloire, 
son intendant, avoit reculé tant qu'il avoit pu. Il 



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LIVRE XII 221 

étoit huit heures sonnées, lorsqu'un ordinaire de 
chez le roi vint dire à Mademoiselle que Sa Ma- 
jesté la demandoit. La vieille princesse de Cari- 
gnan avoit l'après-dînée rendu une visite à Mn^^de 
Montespan, et lui avoit fait entendre qu'elle seroit 
perdue si ce mariage s'achevoit; qu'on la croyoit 
amie de M. de Lauzun (comme cela étoit vrai); 
que Monsieur et toute la maison royale ne le lui 
pardonneroient jamais; que son temps passeroit, 
et qu'alors elle se verroit exposée à de grands 
malheurs. Persuadée par la manière simple et affec- 
tueuse de la vieille Carignan (les menaces de 
Monsieur et la fureur de M. le Duc n'avoient fait 
que blanchir), elle alla trouver le roi, et le pressa si 
tendrement de rompre ce mariage pour Tamour 
d'elle qu'il envoya aussitôt chez Mademoiselle. 
« Ma cousine, lui dit-il, j'ai eu tort de consentir à 
un mariage si honteux pour vous et pour moi ; 
mais, puisqu'il n'est pas fait, je vous défends d'y 
penser jamais. » Elle se jeta à genoux, cria, pleu- 
ra, et s'en retourna au Luxembourg à demi déses- 
pérée. Nous étions dans sa chambre à neuf heures 
du soir, attendant qu'elle revînt du Louvre. Deux 
de ses valets de pied entrèrent dans sa chambre, 
en disant tout haut : « Sortez vite par le degré. » 
Tout le monde sortit en foule; mais je demeurai 
des derniers, et vis la princesse venir du bout de 
la salle des gardes comme une furie, échevelée, et 



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222 MÉMOIRES DE l'aBBÉ OE CHOIST 

menaçant des bras le ciel et la terre r cUe avoit 
cassé par le chemin les glaces de son carrosse» 
Cependant le roi envoya quérir M. de Lauzun, et 
lui dit : « Je vous ferai si grand que vous n'aurez 
pas sujet de regretter la fortune que je vous ôte. 
Je vous fais, en attendant, duc et pair, et maréchal 
de France. — Sire, interrompit Lauzun, vous avez 
fait tant de ducs qu'on n'est plus honoré de l'être ; 
et, pour le bâton de maréchal de France, Votre 
Majesté pourra me le donner quand je l'aurai 
mérité par mes services. » La réponse étoit fière ; 
mais, quand M^^ de Montespan voulut lui parler 
et s'excuser, il la traita comme la dernière des 
créatures, ne lui épargnant pas les noms les plus 
odieux. Elle en souffrit longtemps avec une pa- 
tience admirable. 

Le roi alla faire un voyage en Flandre; MM.de 
Lauzun et de Guitry lui demandèrent la permission 
d'aller faire un tour en Hollande : c'étoit huit 
jours seulement avant que M. de Lauzun entrât 
en quartier. Les courtisans raisonnèrent beaucoup 
sur ce voyage et crurent que c'étoit un exil hon- 
nête, et qu'enfin le roi n'avoit pu souffrir davan- 
tage l'insolence avec laquelle Lauzun traitoit sa 
maîtresse. Mais ils furent bien étonnés quand ils 
virent arriver M. de Lauzun, qui prit le bâton le 
premier jour de son quartier, au sortir de la messe 
du roi. Dans le même moment, Guitry prit son 



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LIVRE XII 223 

temps pour faire attacher cinq ou six petits tableaux 
des meilleurs maîtres dans le cabinet de M^^ de 
Montespan, et, quand elle fut revenue de la messe, 
il lui dit que M. de Lauzun les avoit achetés pour 
elle à Amsterdam. Elle n'osa les refuser, et toute la 
cour, qui les vit, crut qu'ils étoient raccommodés; 
mais cela n'étoit pas, et Lauzun recommença ses 
mauvais discours avec plus d'insolence que jamais. 
Le roi, poussé à bout, lui laissa achever son quar- 
tier, le fit arrêter et conduire à Pignerol. 

On sait qu'après bien des années M^e de Mon- 
tespan le fit revenir, à la prière de Mademoiselle, 
qui fit une donation entre vifs à M. le duc du 
Maine du comté d'Eu et de la principauté de 
Dombes. Quelques gens ont écrit que M. de Lau- 
zun n'avoit été renfermé que parce qu'il avoit 
épousé Mademoiselle en secret, malgré les défen- 
ses du roi; mais il n^j a pas d'apparence. Elle lui 
donna à son retour le duché de Saint-Fargeau, 
et pour vingt mille écus de rentes en fonds de 
terre. 



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224 MÉMOIRES DE l'aBBE DE CHOISY 

LOUIS XIV 

ET 
MADEMOISELLE DE LA VALLIÈRE ' 

Le roi, dans le commencement de ses amours 
avec Mlle de La Vallière, crut que pour lui plaire 
il falloit faire des vers : c'étoit alors une des princi- 
pales parties de la galanterie. Il fit quelques chan- 
sons assez jolies, entre autres celle de M™* de 
Brégis : Vous avez, belle Brégis, etc. Il voulut 
aller jusqu'à l'élégie; et le matin, à son lever^ il en 
donna une de sa façon à lire au maréchal de Gram- 
mont. Le vieux maréchal, le plus flatteur des cour- 
tisans, n'imagina jamais que le roi en pût être 
Fauteur; et, la trouvant fort mauvaise, il s'écria : 
« Qui diable a pu faire ces vers-là ? — C'est moi, 
dit le roi en s'approchant de son oreille; mais je 
n'en ferai plus » ; et depuis il s'adonna à la prose. 
Mll« de La Vallière lui répondoit exactement ; elle 
n^avoit autre chose à faire qu'à penser à son amant. 
Il n*en étoit pas de même du roi; il vouloit gou- 
verner un grand État. Un jour, dans le temps 
qu'il alloit tenir conseil, il reçut une lettre de 
Mlle de La Vallière. Il vouloit faire réponse, mais 

1. Manuscrits de Choisy, tome I®"", f« 243, v<». 



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LIVRE XII 225 

il vouloit encore plus fortement donner des lois 
à l'Europe. Il envoya chercher le marquis de Dan- 
geau, dont il connoissoit Tesprit, et lui dit de faire 
la réponse pendant le conseil. Elle fut faite promp- 
tement, et envoyée à la demoiselle. Le roi trouva 
cela fort commode : Dangeau lui faisoit tant de 
lettres qu'il vouloit, et toutes les plus polies du 
monde. La pauvre La Vallière, surchargée de tra- 
vail, eut aussi recours à Dangeau, qui passoit tous 
les soirs en quart avec elle, le roi et M^^« d'Arti- 
^ny, qui a été depuis la comtesse Du Roure. 
Dangeau en eût fait encore quatre fois autant. Il 
faisoit les lettres et les réponses; et cela dura un 
an, jusqu'à ce que La Vallière, dans une effusion 
de cœur, avoua au roi, qui à son gré la louoit trop 
sur son esprit, qu'elle en devoit la meilleure partie 
à leur confident mutuel, dont ils admirèrent la 
discrétion. Le roi, de son côté, lui avoua qu'il 
s'étoit servi de la même invention. Ce petit com- 
merce cessa : le mystère en faisoit l'agrément. 



Mémoires de Choisy, II. 29 



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226 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY 

SUR LE TESTAMENT DE CHARLES II 

ROI D'ESPAGNE» 

Charles II, roi d'Espagne, prévoyant qu'à sa 
mort l'Europe seroit en guerre pour sa succession, 
fit consulter toutes les universités d'Eçpagne, de 
Flandre et d'Italie, sous des noms supposés, pour 
savoir si la renonciation de sa sœur Marie-Thé- 
rèse, reine de France, pouvoit faire tort à ses des- 
cendans; et, comme on lui répondit que la renon- 
ciation étoit nulle, il résolut de faire un testament 
par lequel il feroit un des cadets de Monseigneur 
le Dauphin son héritier, et par là rendroit justice, 
et empêcheroit en même temps la réunion des 
monarchies de France et d'Espagne. Il exila le 
P. Froiland Dias, dominicain, et l'envoya à Va- 
lence, avec ordre de passer à Rome pour en 
parler au pape, sans rien faire soupçonner. Il avoit 
envoyé le duc d'Uceda, ambassadeur extraordi- 
naire, avec des instructions secrètes à ce sujet. Le 
P. Froiland arriva à Rome, et aussitôt le duc 
d'Uceda demanda hautement qu'il fût renvoyé au 
lieu de son exil : mais il avoit déjà eu plusieurs 

I. Manuscrit$ de Choisy, tome l**", f« 220, r*». 



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LIVRE XII 227 

conférences avec le pape. Sa Sainteté nomma pour 
examiner cette grande affaire le cardinal Spada, qui 
avoit des inclinations françoises; le cardinal Spi- 
nola, qui les avoit autrichiennes; et le cardinal 
Albano, qui a été depuis Clément XI, et qui pa- 
roissoit neutre. Ils choisirent sept avocats consisto- 
riaux, et, examinant l'affaire, sous le décret du 
saint-office, pendant plusieurs mois, ils conclurent 
enfin que le roi d'Espagne devoit en conscience 
faire le testament projeté. Je sais ces particularités 
du maréchal de Tessé et de l'abbé de Polignac. 
Le pape voulut aussi avoir l'avis du grand-duc, 
qui, sur le prétexte de l'année sainte, vint à Rome, 
et fut de l'avis des jurisconsultes. Alors Sa Sainteté 
écrivit au roi d'Espagne qu'il étoit obligé en con- 
science à rendre justice par son testament à ses 
héritiers légitimes. On sait assez la suite de cette 
affaire. 




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TABLE ANALYTIQUE 
DES MÉMOIRES 



TOME PREMIER 

LivM PRiMiERr — Exposé des principes de l'auteur, 
p. 7. — Son mot au duc de Bourgogne enfant, p. 8. — 
Ayis de M. le duc de Beauvilliers sur l'utilité de ses his- 
toires, p. 8. — Le duc de Bourgogne a lu quatre fois son 
Histoire de Charles V, p. 9. — Exposé du plan de fau- 
teur, p. 9. — Ne veut pas marcher sur les brisées de 
MM. Racine et Despréaux, p. 10. — Courage déployé par 
Louis XIV à la tranchée de Lille, p. 10. — Mot du duc 
de Charost à ce propos, p. 11. — Autre mot du duc de 
Charost, p. 1 1 . — M. de Turenne s'oppose énergique- 
ment à ce que le roi continue de s'exposer, p. 12. — 
Choisy déclare qu'il gardera son manuscrit pendant sa yie 
dans l'obscurité de son cabinet, p. 12. — Politique mater- 
nelle de M"« de Choisy, p. 1 3 . — Faveur à la cour de 
M"« de Choisy, p. 14. — Choisy, en écrivant la vie du 
roi, écrira aussi la sienne, p. 14. — Mot d'une dame sur 
cette vie, p. 1 5. — Caractère du roi, p. 1 5. — Le cardinal de 
Bouillon est l'ami de l'abbé de Choisy, p. 16. — M"»® de 
Choisy attache son fils à la fortune du duc d'Albret, futur 
cardinal de Bouillon, p. 17. — Comment le duc d'Albret, 
plus tard cardinal de Bouillon, fut fait cardinal, p. 17 i 



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23o TABLE ANALYTIQUE 

20. — L'abbé de Choisy a été son conclaviste à Texalta- 
tion du pape Innocent XI, et de tout temps son confident et 
son ami, p. 20. — Quels personnages il a interrogés pour 
composer ses Mémoires : M. le Prince, M. de Turenne, 
M. de Croissy, M. de Pomponne, M. de Pontchar- 
train, p. 21. — Rendra justice à Louis XIV, quoiqu'il 
n*ait jamais eu sa faveur, p. 22. — Mots heureux de 
Louis XIV, p. 22, 23, 24, 25, 26. — Deux fautes considé- 
rables et irréparables du roi, p. 26. — L'abbé de Choisy 
assiste au passage du Rhin, p. 27-28. — Mort de M. de 
Longueville, p. 29. — La seconde faute du roi, p. 3o. — 
L'abbé n'a pas d'ennemis, p. 3i. — Se fera lire ses Mé- 
moires, quand il sera vieux, p. 3 1 . — Comment il s'y 
prend pour écrire ses Mémoires, p. 32-3 3. — Trait de 
l'histoire du maréchal d'Ancre, p. 34-36. — Aventure qui 
fit la fortune du grand-père de l'abbé de Choisy, p. 36. — 
Jeunesse et éducation de Louis XIV. A toujours conservé 
du respect pour la religion, p. 37 à 39. -— Débuts de 
Mazarin, p. 40-42. — Le cardinal de Richelieu, p. 42-44. 
— Mazarin prend la place de Richelieu, mais gouverne par 
des moyens tout différents, p. 44. — Comment il se décida 
à faire arrêter les princes, p. 45 à 5a. — Le cardinal de 
Retz. Son caractère, p. 53. — Un mot de M. de Morle- 
jnart, p. 54. — Genre de vie des princes à Vincennes, 
p. 5 5. — Le cardinal de Retz est mis à son tour à Vin- 
cennes, p. 57. 

Livre II. — Le cardinal Mazarin, instruit par l'expé- 
rience de son premier exil, s'occupe de faire sa fortune, 
.p. 59. — Ses conseils au roi, p. 60. — Ses façons de 
gouverner, p. 61. — Profonde dissimulation du roi, p. 62, 
f-— Le cardinal établit magnifiquement sa famille, p. 63. — 
Il aurait pu faire, deux ans plus tôt, le traité des Pyrénées, 
p. 64. — Comment il rompit le mariage de Savoie pour 
îaire épouser à Louis XIV Tinfante d'Espagne, p. 66. — 11 
se sacrifie au bien de TEtat. Amours de Louis XIV et de 
Marie Mancini, p. 66-67. — Conjectures sur la conduite 
^u cardinal en cette occasion, p, 68. . — Le cardinal, corn- 



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DES MEMOIRES 261 

mence à instruire le rot un an avant sa mort, p. 69. — His- 
toire du testament de Mazarin, p. 70-74. — Derniers jours 
du cardinal, p. 75-76. — Entrevue du cardinal et de M. de 
Turenne, p. 77. — Belle conduite de M. de Coligny, p. 79. 
. — Excentricités du duc de Mazarin, p. 80. — Il trouve 
moyen de se ruiner, p. 81. — Mazarin meurt moins en 
chrétien qu'en philosophe, p. 81. — Il avait songé à se 
faire pape, p. 82. — Vue du théâtre des affaires et des 
principaux acteurs à la mort de Mazarin, p. 83-84. — 
Portraits de Fouquet, de Le Tellier, de Lionne et de Col- 
bert, p. 85-97. — Mot de Louis XIV au maréchal de Gram- 
mont à la mort du cardinal, p. 97. — Premier conseil tenu 
par le roi ; il dure trois jours, p. 98-99. — Le roi déclare 
prendre en mains le gouvernement, p. 190. — Colbert 
entre au conseil des finances, p. ici. — M. de Brienne, 
p. io2-io5. — Injustice faite au père de Tabbé de Cboisy, 
p. 104. — Ses services, p. io5. — Danger de s'attacher 
aux princes, p. io5. — - Places et préséances au conseil, 
p. 106. — Faveur de Colbert, p. 107. — Les Brisacier, 
p. 108. — Querelle entre Fouquet et son frère l'abbé Fou- 
quet, p. 109. — Le roi exécute les dernières volontés de 
Mazarin. Les évêchés, p. 109. — Crédit du P. Ferrier, 
p. 1 10-11 I. 

Livre (II. — Le roi songe à pratiquer tout de bon let 
leçons du cardinal, p. n 3. — H presse Fouquet de l'éclairer 
sur le véritable état des finances, p. 114. — Reconnaissant 
qu'il est trompé, il se détermine à perdre Fouquet et en 
concerte les moyens avec Colbert, p. 11 5. — Conseil de 
conscience. Le P. Annat, p. 11 5. — Mariage de Marie 
Mancini avec le connétable Colonne, p. 116. — Mariage 
de Monsieur avec Anne-Henriette d'Angleterre, p. 117. — 
Mariage de M*^® d'Orléans avec le prince de Toscane, 
p. 117. — Le roi reçoit l'hommage du duc de Lorraine 
pour le duché de Bar, p. 1 18. — Le roi figure le Printemps 
au ballet des Saisons, p. 119. — Portrait de M"« de La 
Vallière, p. 120. — Le duc de Saint-Aignan , p. 121. — 
Lu|li, p. 122. — Négociations du roi en Espagne et en 



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232 TABLE ANALYTIQUE 

Angleterre, p. iiS. — Mort du duc d'Epernon, p. 114. 

— Anecdotes sur Henri IV et M. de Bellegarde, p. 13 5. 

— Les favoris, p. 126. — Met de M. de Sancy à Henri IV 
sur son dessein d'épouser la duchesse de Beaufort, p. 127. 

— Comment Henri IV caractérise ses ministres, p. 128. — 
Henri IV et le colonel Tische, p. 1 29. — Un mol de l'in- 
tendant Colbert du Terron, p. 129. — Le roi songe tou- 
jours à se défaire de Fouquet, p. i 3o. — - Comment Col- 
bert amène Fouquet i se défaire de sa charge de procureur 
général au parlement, p. 1 3 1-1 34. — Voyage du roi i 
Vaux, p. i35. — La devise de Fouquet, p. i36. — Pré- 
ludes de sa disgrftce, p. 137. — Voyage du roi à Nantes, 
p. 137-139. — Arrestation de Fouquet, p. 140-14$. •— 
M"»« Du Plessis-Bellière, p. 146. — M™« Fouquet, la mère, 
p. 147. — Le marquis de Gesvres. Le maréchal de Villeroi, 
chef du conseil des finances, p. 148. -— Billet intercepté 
de Fouquet, p. 149. — Le roi est infatigable, p. 1 5o. — 
Composition du conseil des finances, p. i 5 1 . 

Livre IV. — Rapports de Louis XIV avec les puissances, 
p. i52. — Etat de la Suède sous Charles XI, p. 15 3. — 
Négociations relatives à la Pologne, p. i55. — Le comte 
de Toti, p. 1 55. — Le Danemark, p. i 56-i 58. — Renou- 
vellement de la ferme du tabac, p. i58. — Querelle du 
baron de Watteville, ambassadeur d'Espagne , et du comte 
d'Estrades, ambassadeur de France en Angleterre, p. 159- 
160. — Le roi Charles II, p. i6i-i62. — - Naissance du 
Dauphin. Réjouissances populaires, p. 163-164. — Com- 
ment les secrétaires d'Etat ont signé pour le roi, p. i65. — 
Chambre de justice, p. 166. 

Livre V. — Le journal du marquis de Dangeau, p. 167, 
— Usage qu'en fait l'abbé de Choisy, p. 168-169. — Paix 
de Nimègue. Apogée de la puissance et de la gloire du roi, 
p. 170. — Le prince d'Orange, p. 171-173. — Prélimi- 
naires de la révocation de l'édit de Nantes, p. 174-176. — 
Sa signature, 177. — Mort de Le Tellier, p. 177. — 
Anecdote sur le duc et la duchesse de Guise, p. 178-179. 



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PSS MÉMOIRES 2B3 

— Le chancelier Boucberat, p. 179. — Bontemps, p. 180. 

— Fête à Marly, p. 181. — Persécution des huguenots. 
Exceptions, p. 182. — Le roi Jacques II, p. 1 83 184. — 
Maladie du roi, p. i85. — Crédit du P. de La Chaise, 
p. i85. — Les Barbets, p. 186. — Le duc de Chartres, 
p. 188. — Mort du comte de Coligny, p. 189. — Mort 
du premier président de Nicolaï, p. 189-190. 

Livre VI. — Trois grands mariages : de M^^® de Murcé, 
de M"® de Lowenstein et de M^^® de Rambures, p. 191. 

— M*i° de Murcé, p. 192. — M™° de Lowenstein, p. 193- 
196. — M"° de Rambures, p. 196. — Le maréchal de 
La Feuillade et la statue du roi, place des Victoires , p. 196- 
198. — Faveur du duc de La RocheFoucauld , p. 199. — 
Le contrôleur général Le Pelletier, p. 199-200. — M. de 
Pontchartrain, p. 201. — Le quiétisme, p. 202-204. — 
Voyage de Barèges. M°^^ de Maintenon. Sa faveur aug- 
mente, undis que celle de M°^° de Montespan décline, 
p. 204-208. — Le comte de Tessé et les princes de Conti, 
p. 209. — Carrousel de Versailles, p. 210-2 11. — Pro- 
motion du Saint-Esprit, p. 212. — Fondation de la maison 
de Saint-Cyr, p. 213-214. — ^^ ^^^ accorde à M. le Duc 
les grandes entrées, p. 21 5. — La machine de Marly, 
p. 216. — Profit que tire le prince d'Orange de la révo- 
cation de redit de Nantes, p. 216-217. — L'affaire de 
Siam. Comment Tabbé de Choisy se fait adjoindre à la 
mission du chevalier de Chaumont, p. 217-220. — His- 
toires de sorciers, p. 221-223. — La comtesse de Soissons, 
p. 224. — Comment Pabbé de Choisy gagne la confiance 
du chevalier de Chaumont, p. 2 2 5. -^ Il prépare une ha- 
rangue d'en cas à prononcer devant le roi de Siam. Texte 
de cette harangue, 226 à 23o.— • Désillusions de l'arrivée, 
p. 2 3o. — Négociation confisquée par le P. Tachard, p. 2 3 1 . 

— M. Constance, p. 23 1. — Retour en France. Disgrâce 
du cardinal de Bouillon, p. 2.32. — Scènes de cour, p. 2 33. 

— Audience du roi, p. 2 33. — Disgrâce passagère de 
Fabbé. Son retour en grâce, p. 234-235. — Arrivée à 
J^ari^de^ ambassadeurs de Siam, p. 2 36. — Leurs prés^ts, 

3o 



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234 TABLE ANALYTIQ^UE 

p. 237. — Railleries de M. de touvois» p. 2 $7. — 11 
n'aime pas Pabbé. Pourquoi, p. 237. — Histoire du pre- 
mier ambassadeur. Il devient premier ministre et fait scier 
en deux son protecteur, M. Constance, p. 2 38. — Sa ha- 
rangue de congé au roi. Ses collaborateurs, p. 2 38. — 
Texte de la harangue, p. 238-241. — Harangues au duc 
de Bourgogne et au duc de Berry, p. 241-242. — Te 
Deum à Notre-Dame pour la naissance du duc de Berry. 
Querelles d'étiquette. Bal à l'Hôtel dp ville, où les ambas- 
sadeurs de Siam refusent d'aller par scrupule de courtoisie, 
p. 245. 



TOME SECOND 



Livre VII. — Conflit et raccommodement avec l'Es- 
pagne, p. 3-4. — Le duc de Noailles, p. 4-5. — Voyage 
du roi à Maintenon. Dégoûts donnés à M™« de Montespan, 
p. 5. — Mariage de son fils le marquis d'Antin, p. 5-6. 
— Ligue d'Âugsbourg, p. 7. — Menées du prince d'O- 
range, p. 8, — Le roi fortifie ses frontières. Sarrelouis. 
L'ingénieur Choisy, parent de l'abbé, p. 9-10. — Fièvre 
du roi guérie par le quinquina, p. 11. — Procès du mar- 
quis d'Ambre. Voyages de Marly. Dépit et railleries de 
M"*® de Montespan. La princesse de Conti disgraciée et par- 
donnée, p. 12-1 3. — Succession de l'Electrice mère de 
Madame, p. i3. — Voyage de Fontainebleau. La faveur 
de M"*® de Maintenon est déclarée, p. 14. — Mariage de 
M^^® deThéobon, p. 14-1$. — Le roi renonce à la comédie. 
L'abbé de Quincé refuse l'évêché de Poitiers, p. i5, — Le 
cardinal Le Camus, évêque de Grenoble, p. 16. — Le roi 
le punit de son impatience, p. 16. — Le nonce Ranuzzi 
en use mieux et est mieux traité, p. 16-17. — Histoire de 
la grande opération faite au roi, p. 17-22. — Rentrée en 
grâce du prince de Conti. Mort de M. le Prince en héros 
chrétien, p. 23-24. — Sa dernière lettre au roi, p. 24* 



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DES MÉMOIRES 235 

— Funérailles à Notre-Dame, p. 2 5. -— Courtisanerie du 
duc de Duras, p. 2 5. — Mot pratique de M"**' de Choisy, 
mère de Pabbé. Le gros de l'arbre, p. 26. — Etat de 
l'Europe, p. 26. — ÛEmpereur, p. 26. — Les Vénitiens, 
p. 27. — Le roi d'Angleterre, p. 27. — Mort de Lou- 
vois, p. 28-29. — Le roi, après la mort de la reine et de 
^ue de Fontanges, songe à son salut, p. 29. — Triomphe 
de M™^ de Maintenon. Mariage secret, p. 3o-3i. — Le 
roi regrette médiocrement Louvois. Aveu caractéristique, 
p. 32. — Louvois un jour bon courtisan, p. 33. — Le 
bâton de maréchal de M. de Vivonne et de M. d'Aubigné, 
frère de M™° de Maintenon, p. 3 3-34. — Le maréchal de 
Tessé, p. 34. — Déclin de la faveur de M^^® de La Val- 
4ière. M^^e de Fontanges, p. 34-3 5. 

Livre VUI. — Souvenirs sur Daniel de Cosnac, évèque 
de Valence, puis archevêque d*Aix, racontés par Tabbé de 
Choisy, d'après leurs conversations. Ses débuts, p. 36-37. 

— Il s'attache au prince de Conti, p. 37. — 11 fait à 
vingt-deux ans la paix de Bordeaux. Ce qui le fait remar- 
quer du cardinal Mazarin, p. 38. — M. de Guilleragues. 
L'abbé de Roquette, p. 39. — Cet abbé de Roquette a 
servi de type au Tartufe, p. 40. — Mariage du prince de 
Conti avec la nièce du cardinal Mazarin, p. 41. — Le 
prince de Conti obtient le commandement de l'armée de la 
Catalogne, p. 42. — Il veut faire ses preuves dans un 
duel, p. 42. — Il choisit pour adversaire le duc d'York. 
Cette fantaisie fait la fortune de Villars, p. 43. — L'abbé 
de Cosnac sollicite l'évêché de Valence, p. 44. — Cabales 
contre lui de l'abbé de Roquette, de MM. de Villars et de 
Vardes, p. 44. — Comment il fait agir la princesse de Conti, 
p. 45. — Comment il est fait évêque, p. 46. — Curieuse 
entrevue avec l'archevêque de Paris pour être fait prêtre 
par lui, le cardinal Mazarin l'ayant fait évêque, p. 47. — 
Intrigues et cabales de MM. de Villars et de Vardes, p- 47. 
^— Comment l'évêque de Valence se venge de ce dernier, 
■p. 48, 49, 5o. — L'évêque de V^alence se décide à quitter 
Je prince de Conti. Moyen qu'il emploie, p. 5i. — Il part 



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236 TABLE ANALYTIQ^OE ' 

sur un piquant jeu de mots, p. bi. — 11 devient premier 
aumônier de Monsieur, frère du roi Louis XIV. Ce qui le 
décide, p. 53-54. — Son entrevue à Grenoble avec le duc 
de Caudale. Excuses épigrammatiques , p. 54-55. — Son 
procédé pour éviter d'être dénoncé au cardinal Mazarin 
qu*il a raillé, p. 56. — Mariage de Monsieur avec Hen- 
riette d'Angleterre. Portrait de cette princesse, p. 57. — Le 
chevalier de Lorraine, favori de Monsieur, p. 58. — Ce 
prince demande le gouvernement de Languedoc, vacant par 
la mort du prince de Conti, p. 58. — Comment le roi 
reçoit i'évèque de Valence chargé de Tambassade, p. 59. 

— Madame, jalouse de M^^<^ de La Vallière, essaye de la 
faire supplanter par M"*« de Monaco, p. 60. — Rendez- 
vous nocturne contrarié par M. de Lauzun, p. 61. — Com- 
ment le roi apprend à qui il doit ce méchant tour, p. 6 1 . 

— Faveur du chevalier de Lorraine, p. 62. — Chagrin 
qu'en a Madame. Le chevalier de Rohan insulte le che- 
valier de Lorraine pour faire sa cour à Madame, p. 62-63. 

— Impression en Hollande d*un libelle contre Madame : 
Les Amours du Palais-Royal. Louvois remet ce petit livre 
au roi, qui en informe Madame, p. 63. — Service que lui 
rend à cette occasion Tévèque de Valence, p. 64, 65, 66. — 
Campagne de Flandre. L'évèque de Valence excite Tambi- 
tion et rémulation de Monsieur, p. 67. — Monsieur se 
montre à la tranchée et répand de l'argent aux troupes, 
p. 68. — 11 est rabroué par le roi, p. 69. — Le duc de 
Monmouth à la cour de France, p. 70. — Sa familiarité 
avec Madame donne prétexte aux ombrages de Monsieur. 
Le chevalier de Lorraine est exilé, p. 71. — L'évêque de 
Valence raille Monsieur, qui trahit son donneur de conseils 
auprès du roi, p. 72. — Monsieur prend Tévêque de Va- 
lence en aversion. L'évéque de Valence traite de sa charge 
avec Tabbé de Tressan et se retire, p. 73. — 11 se venge de 
sa disgrâce par des mots piquants, p. 73-77. — 11 est exilé 
de la cour, p. 78. — Négociations avec P Angleterre du roi 
résolu à faire la guerre à la Hollande, p. 79. — Louvois 
est exclu de la négociation , confiée à Madame, p. 8o. — 
Seul M. de Turenne est mis dans le secret, p. 80. — Madame, 



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DES MÉMOIRES 287 

désireuse de prendre les conseils de Tévéque de Valence, 
Tinvite à rompre secrètement son exil , pour venir conférer 
avec elle, p. 81. — La reine d'Angleterre, mère de Ma- 
dame, meurt à Colombes, p. 82. — Insistance de Madame. 
L*évèque de Valence se décide au voyage, p. 83. -:- H 
tombe malade à Gien, p. 84. — 11 vient se cacher et se 
faire soigner à Paris, p. 85. -—Le mal empirant, l'évêque 
brûle certains de ses papiers et charge son neveu de re- 
mettre à Madame, au cas de sa mort, les autres papiers 
contenus dans un portefeuille placé entre les deux matelas 
de son lit de repos, p. 85. — Visite inopinée de l'exempt 
Des Graîs et de ses archers, p. 86. — Il est arrêté comme 
faux monnayeur, p. 86. — Il est obligé de dévoiler son 
incognitOt p. 87. — Incident comique de la visite de l'apo- 
thicaire, p. 88. — L'évêque vide son portefeuille dans le 
bassin, p. 88. -— La disparition de papiers compromettants 
lui fait plus de bien que le remède, p. 89. — Des Grais 
demande des ordres, p. 90. — M. de Louvois maintient 
l'arrestation et l'incarcération, p. 90. — L'évêque est em- 
prisonné au Châtelet. Réponse narquoise du roi aux solli- 
citations des agents du clergé, p. 90. — Réparation 
d'honneur, p. 9 1 . — Monsieur fait grand bruit de Tévé- 
nement, et M^° de Saint-Chaumont , confidente de Ma* 
dame, est exilée, p. 91. — Voyage triomphal du roi en 
Flandre, p. 92. — Comment M. de Turenne, par galan- 
terie, trahit le secret du voyage de Madame en Angleterre, 
p.* 93. — Voyage de Madame en Angleterre. Sa mort, 
p. 95. — Rentrée en grâce de Pévêque de Valence. Il 
devient archevêque d'Aix. Son caractère. Ses mots piquants 
au cardinal Le Camus. On aurait dû tenir registre de ses 
saillies, p. 96. 

Livre IX. — Relations de Jean Sobieski avec la France, 
ses conventions avec le roi, p. 97. — Il a la promesse, 
en cas d'exil, d^étre fait duc et maréchal de France, p. 98. 
— Devenu roi, il songe à solliciter le titre de duc pour 
son beau-père, le marquis d'Arquien, p. 98. — Le mar- 
quis "de Béthune, ambassadeur du roi auprès du roi 



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238 TABLE ANALYTIQ^UE 

de Pologne, son beau -frère, songe à détourner la 
faveur sur lut, p. 99. — Il se ménage Tappui de Colbert, 
p. 99. — Entrecroisement dMntrigues. Brtsacier, secrétaire 
des commandements de la reine, négocie auprès du roi de 
Pologne, dont il prétend être le fils, p. 1 00-101. — Le 
roi de Pologne prie le roi de France de faire Brisacier duc, 
p. 102. — Surprise du roi en présence de trois demandes 
du roi de Pologne pour la même grâce, p. 102. — 
Le marquis de Béthune, son ambassadeur, est chargé 
d*éclairer le roi de Pologne sur les prétentions de Brisacier, 
p. io3. — Le roi de Pologne lui livre la lettre de recom- 
mandation de la reine de France, surprise par Brisacier, 
p. 104. — Explication entre le roi et la reine de France. 
Disgrâce de Brisacier. Son bannissement. Ses mésaventures 
en Pologne et en Moscovie. Sa mort, p. io5. — Le père 
de la reine de Pologne n*est pas fait duc, mais cardinal, p. 1 06. 

Livre X. — Le cardinal de Bouillon. Liaison intime de 
Tabbé de Choisy avec lui. Bonnes relations de M. de Tu- 
renne avec M'"'^ de Choisy la mère, p. 108-109. — C'était 
une maltresse femme, p. 109. — Elle avait toute la cour 
chez elle, p. 110. — Ses relations, ses correspondances^ 
p. III. — Elle habille en fille son fils enfant : pourquoi, 
p. III. — Monsieur aime aussi ce déguisement. Pourquoi 
le cardinal cherche à le rendre efféminé, p. 112.—- L'abbé 
de Choisy a été dans la familiarité de tous les ministres, à 
l'exception de Louvois, qui le hait à cause de sa liaison 
avec le cardinal de Bouillon, p. 11 3. — M. Colbert avait 
toujours l'air fâché, p. 11?. — M. Le Tellier, M. de 
Lionne, M. de Pomponne, M. de Croissy, p. i i3-i 14. — 
Vanité de son secrétaire Bergeret, p. 114. — M. de Pont- 
chartrain, p. 114. — Naissance et famille du cardinal de 
Bouillon, p. Il 5. — Le chevalier de Bouillon, M™® de 
Duras, p. 116. — L'affaire de Cinq-Mars. Comment l'abbé 
de Choisy la connaît dans ses intimités, p. 117. — Gaston, 
duc d'Orléans. Son caractère, p. 118. — M. de Bouillon, 
compromis dans l'affaire du traité avec l'Espagne, est arrêté 
et enfermé au château de Pierre- Encize, p. 118. —• Ac- 



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DES MÉMOIRES 289 

commodément dont la cession de Sedan est le gage, p.i 19. 
— Le duc de Bouillon , mécontent de la cour, prend le 
parti des princes. M™^ de Longueville accouche à THÔtel 
de ville, p. 119. — M. de Bouillon, général de la ville 
de Paris. M. de Turenne, abandonné de ses troupes, se re- 
tire en Hollande, p. 120. — Paix et amnistie générale; 
Leurs prétentions, p. 120. — Leur arrestation et leur in- 
carcération à Vincennes, p. 121. — Le duc de Bouillon et 
M. de Turenne prennent la campagne et réorganisent la 
lutte : l'un à Bordeaux, l'autre à Stenay, p. 122. — 
Arrestation de la duchesse de Bouillon. Comment elle fait 
échapper ses enfants, p. 122. — Evasion de la duchesse, 
p. 12 3. — Elle est menée à la Bastille, p. 124. — Le 
marquis du Bec conduit en sûreté les enfants du duc de 
Bouillon, toujours habillés en filles, p. 12 5. — Il confie à 
une parente, qui habite une petite maison près de Blois, le 
chevalier de Bouillon tombé malade. Étonnantes précautions 
prises par cette dame pour le cacher, p. 126-127. — Le 
prince de Raucour, p. 128. — M. de Turenne perd la ba- 
taille de Rethel, p. 129. — Le duc de Bouillon, à la paix, 
se retire en Périgord au château de Lanquais, p. 129. — 
M"™® de Bouillon reprend son fils, p. i3o. — Retour à la 
cour de M. et de M™° de Bouillon. Le petit chevalier repousse 
les caresses de Mazarin, p. i3i. — Comment Tabbé de 
Bouillon, duc d*Albret, est devenu cardinal, p. i32. — 
Bienveillance que lui témoigne Tarchevêque de Paris, M. de 
Péréfixe. M. de Turenne se met dans les bonnes grâces de 
l'archevêque, p. i3 3. — L'abbé Le Tellier obtient la coad- 
jutorerie de l'archevêché de Reims. M. de Turenne demande 
pour son neveu la coad}utorerie de Paris, et, en cas de re- 
fus, le cardinalat. Service que rend à l'abbé duc d'Albret 
la mère de l'abbé de Choisy en le vantant au roi, p. i 35. — 
Reconnaissance que lui en témoigne le cardinal de Bouillon, 
p. i36. — M. de Turenne demande au roi pour son ne- 
veu la coadjutorerie de Paris, d'accord avec l'archevêque, 
p. 137. — Le roi refuse ; pourquoi, p. i38. — Il ac- 
corde sa nomination au cardinalat, p. i38-i39, — Scène 
de mutuelle malice entre le coadjuteur de Reims et l'abbé 



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240 TABLE ANALYTIQUE 

duc d'Albret. p. 140. — Comment Madame fut pour 
quelque chose dans la détermination du roi, p. 140. — Le 
Tellier et Louvois ne sont pas des amis de M. de Turenne : 
pourquoi, p. 141. — lis sont très marris de la grâce ob- 
tenue par Tabbé duc d*Albret. M. de Lionne en est bien 
aise, p. 142. — Lettre du roi au pape en faveur de la 
nomination du duc d*Albret au cardinalat, p. 142-144. — 
Sacre de l'abbé Le Tellier comme évêque coadjuteur de 
Reims, p. 145. — Attitude habile du duc d'Albret, p. 145. 
— > M. de Turenne demande au roi de déclarer publique- 
ment la nomination de son neveu au cardinalat, p. 146. 
— Conversion de M. de Turenne, p. 147-150. — Son 
amour pour M™° de Coatquen, p. 1 5 1 , — Faute qu*il lui 
fit commettre, p. i5i. — L*archevêque de Paris remercie 
le roi de la nomination au cardinalat de Tabbé duc d'Al- 
bret, p. i5i. — Négociations à Rome pour hâter la pro- 
motion, p. 1 52-1 55. — L'évêque de Laon, qui a obtenu 
la nomination du Portugal, travaille pour son compte. Les 
Bouillon et les d'Estrées, p. i56. — Le pape songe à faire 
cardinal M. de Turenne, p. iSy. — Il s*amuse de Tin- 
quiétude de son neveu, p. 1 58. — Nouvel incident cause 
de retard. La nomination de Pologne accordée à M. de 
Bonzi. Service que rend à cette occasion au duc d*Albret 
le ministre de Lionne, p. 1 59-161. — Le pape déclare le 
duc d'Albret cardinal de Bouillon, p. 162. — Le roi lui 
donne la charge de grand aumônier vacante par la mort du 
cardinal Antoine Barberini, p. i63. — Réfutation de cer- 
tains points de l'ouvrage intitulé : Apologie du cardinal de 
Bouillon, p. 164. — Négociations et intrigues relatives à 
la charge de grand aumônier, p. 165-174. -— Mort du 
cardinal Antoine Barberini, p. 174. — Le cardinal de 
■Bouillon est déclaré grand aumônier, p. 176. — M. Le 
Tellier et M. de Louvois sont ennemis de M. de Turenne 
et de sa maison, p. 177. — M. de Louvois fait échouer 
la candidature du cardinal de Bouillon à l'évêché de Liège, 
p. 178. -r- Le cardinal va au conclave où fut élu Je cardi- 
nal Odescalchi pape sous le nom d'Innocent XI. Il prend 
l'abbé de Choisy pour conclaviste, mais ne lui dit rien de 



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DES MEMOIRES 24I 

ce qui se passe, p. 178-179. — Le cardinal de Retz le 
dédommage en le prenant pour conclaviste, p. 180. — 
Détails sur les intrigues du conclave, p. 181. • — Grand 
train à Rome du cardinal de Bouillon, p. 1 81-182. — 
Fautes et disgrâce du cardinal de Bouillon. Son exil. Le 
pape le reçoit à Rome assez froidement, p. i8a-i83. 

Livre XI. — Caractère et qualités du marquis de Béthune. 
Son mariage avec M*^® d*Arquien en fait le beau-frère de 
Jean Sobieski, devenu roi de Pologne, p. 184. -— Le roi 
lui donne l'ordre du Saint-Esprit, et le charge de le porter 
au roi de Pologne, auprès duquel il est accrédité en qualité 
d'ambassadeur extraordinaire, p. 18 5. — Il reçoit pour 
instruction d'engager le roi de Pologne à seconder Tékély et 
le parti des mécontents de Hongrie. Le roi de Pologne ferme 
les yeux sur les menées du marquis de Béthune et sa levée 
d'un corps de dix mille hommes, destinés à appuyer les mé- 
contents de Hongrie, p. 186-187. — La reine de Pologne 
désire paraître aux yeux de son père dans tout l'appareil de 
sa nouvelle fortune. Le marquis d'Àrquien, capitaine des 
gardes de Monsieur, frère du roi, est très dérangé dans ses 
affaires. Il songe à vendre sa charge pour payer ses dettes, 
p. 187. — Le chevalier de Liscouet propose d'acheter la moi- 
tié de cette charge pour vingt mille écus. La marquise de Bé-. 
thune intrigue pour contrarier le payement de la vente de 
sa charge à son père, sous prétexte que sa dot n'a pas été 
payée. Monsieur s'oppose au payement par le chevalier de 
Liscouet, p. 188. — Désespoir du marquis d'Arquien, mé- 
contentement du. roi et de la reine de Pologne. Leurs re- 
proches au marquis de Béthune, qui déclare que sa femme 
a fait cette tracasserie à son insu, p. 189. ~« Fureurs ja- 
louses et esclandre scandaleux de la marquise, p. 189-190. 
^— Le roi et la reine de Pologne obtiennent du marquis de 
Béthune et de sa femme leur désistement de toute opposition 
au payement, par le chevalier de Liscouet, du prix de la. 
charge du marquis d'Arquien, p. 191. — Caractère faible 
et sournois de Monsieur, p. 191* — U confie au marquis 
d'Arquien que le marquis et la marquise de Béthune ont 

Mémoires de Choisj. II. 3i 



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243 TABLE ANALTTIQ^UE 

fait précéder leur lettre de désistement transmise par la reine 
de Pologne, d'un exprès chargé de la désavouer d'avancei 
et de prier Monsieur de n'en pas tenir compte, p. 191'. — 
Fureur du marquis d'Arquien en présence de cette duplicité. 
Fureur de la reine de Pologne, p. 192. — Sa vengeance 
consiste à obtenir de son mari Tordre de licencier les troupes 
réunies par le marquis de Béthune dans la starostie de 
Strick, de vendre les chevaux, de congédier les Français 
que le marquis avait fait venir, p. 194. — D'où perte 
d'un million pour la France, et renversement de ses projets 
de diversion en Allemagne ; d'où rappel et disgrftce du mar- 
quis et de la marquise de Béthune; d'où obligation pour 
Tékély abandonné de chercher des appuis i Constantinople ; 
d'où le siège de Vienne, et le plus grand danger pour l'Al- 
lemagne et la chrétienté; tout cela pour des bagatelles et 
des tracasseries de femmes, p. 195. •— Alliance du roi de 
Pologne avec l'Empereur, p. 196. — Entente de Tékély 
avec le grand vizir Kara«Mustapha-Pacba. L'armée turque 
entre en Hongrie, p. 197. — L'Empereur accueille froi- 
dement les offres de secours du roi Jean Sobieski, p. 197. 
— >- Le grand vizir se porte sur Vienne avec son armée, 
p. 197. — L'Empereur quitte sa capitale, p. 198. -— Le 
roi de Pologne est supplié par le nonce et l'ambassadeur 
de l'Empereur de venir au secours de Vienne, p. 198. 
— Le roi ne s'y décide que sur la réception d'une réponse 
dilatoire de la France i ses propositions, p. 198. — Le roi 
de Pologne exige la neutralité de Tékély et l'obtient, p. 199. 
— > Le roi observe le camp turc et décide de l'attaque, 
p. soo-aoi* — Succès de cette attaque, p. aoa. — > Entrée 
triomphale du libérateur i Vienne. Te Deum à l'église de 
Saint*Etienne, p, 2o3. — Bilan de la victoire et du bu-* 
tin, p. 204 « — Le roi décide de poursuivre seul l'armée 
turque dans sa retraite, p. aoS. — Echec de cette pour- 
suite téméraire, p. 206. — Le roi reconnaît publiquement 
sa faute, p. 207* — • Il prend sa revanche en battant l'ar- 
mée turque de concert avec les électeurs et le due de Lor- 
raine, p. 208-209. — Accueil froid et jaloux qu'il reçoit 
de l'Empereur qu'il a sauvé, p. 209. —-Son ingratitude,- 



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DES MÉMOIRES 243 

p. 2 1 0-2 1 1 . -— Faute de la France, qui ne profite pas de 
Toccasion du mécontentement du roi de Pologne, p. 212. 

Livre XII. — M"*« de Guercheville résiste aux empres- 
sements galants de Henri IV, p. 21 3. — Vains efforts du 
roi pour triompher de sa vertu, p. 2i3-2i5. — Hommage 
que le roi lui rend, p. 217. — M*^^ de Montpensier et 
ses mariages manques, p. 217-218. — Elle s'éprend de 
Lau^un et veut Tépouser, p. 218-219. — ^® ^^h qui 
avait d'abord consenti au mariage, s'y oppose, p. 220-221. 
— >- Dépit furieux de Mademoiselle, p. 222. — Insolence 
et disgrâce de Lauzun. L'abbé de Choisy ne croit pas à un 
mariage secret, p. 223. — Louis XIV et M*^* de La Val- 
lière. Détails sur leur correspondance galante et poétique, 
p. 224-225. — Histoire du testament de Charles II, roi 
d'Espagne, p. 226 a 227. 




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INDEX ALPHABÉTIQUE 

DES NOMS CITÉS 



Albani (Le cardinal). II, 227. 

Alexandre VIII (Le pape). II, 17, i58, 162, 

Aligre (M. d'), chancelier. I, 104,150. 

Alluye (La marquise d'). I, i58, 228, 224. 

Ambre (Le marquis d'). II, 12. 

Amelot (L'abbé). II, 175. 

Annat (Le P.), confesseur du roi. I, 62, 1 1 1, 1 15. 

Anne d'Autriche (La reine). I, i3, 46, ^7, 5i, $4, $7, 

65, 66, 68, 74, 78, 99, ii3, ii5, i35, i58. — II. 

46, 53, 56, 1 12, 1 19 à 122. 
Antin (Le marquis, puis duc d*), fils légitime de M™® de 

Montespan. II, 5, 6. 
Armagnac (Le comte d*). I, 119. 
Armagnac (La comtesse d'). I, i35. 
Arquien (Le marquis d*). II, 96, 98, 99, 102, 106, 187 

à 193, 196. 
Artagnan (M. d'), capitaine-lieutenant des mousquetaires. 

I, 144, 145. 148, 149. 

Aubignb ou Aubigny (m. d*), frère de M™« de Maintenon. 

II. 33, 34. 

AuBRAY (M. d'), lieutenant civil. I, 147. 

Aumont (Le duc d'), premier gentilhomme de la chambre, 

II, 22. 
Aumont (La duchesse d*). II, 177. 



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246 INDEX ALPHABETIQUE 

AovERGNi (Le comte d*). I, 2 33, 2 35. — H, 177. 
AvinsBiRG (Le prince d*), ministre de TEmpereur. II, 1S4, 

i55. 
Ayen (Le comte d*). I, 28. 
AzzoLiNi (Le cardinal). II. 162. 

Ballerot (M. de), frère de l'abbé de Cboisy. I, 27, 3o, 

220. — II, 1 10, 
Baluze (M.). II, II 5. 
Barberini (Le cardinal Antoine). II, 14$, i63, i65 à 167, 

173 à 175. 
Barbets (Les), hérétiques. I, 187. 
Barbin(M.). I, 34, 35. 
Bartet (m.), secrétaire du cabinet. II, 124. 
Bassompierre (Le maréchal de). I, 37. 
Beaufort (Le duc de). I, 19, 45, 46, 5o, 55. — II, 43, 

120, 176. 
Beauvais (M™« de), première femme de chambre de la reine 

Anne d'Autriche. I, 99, 11 3. 
Beauvilliers (Le duc de). I, 8, io5, 212. — II, 12. 
Bec (Le marquis du). II, i23, 124. 
BicHAMEiL (M. de). I, 25. 
Bellay (M.), médecin de Blois. II, i25. 
Bellefonds (Le maréchal de). II, 141. 
Bellegarde (M. de), grand écuyer sous Henri IV. I, i2 5, 

126. 
Benserade (M. de). I, 188. 
Bergeret (M.), premier commis des affaires étrangères. I, 

ai8. — II, 114. 
Beringhem (M. de), premier écuyer. I, 32, 41, 68. — 

II, 147. 
Berry (Le duc de), petit-fils de Louis XIV. I, 242. 
Béthune (Le marquisde). 1,98, 99, 102, io3, io5, 184 

i 194- 
BÉTHUNE (La marquise de). II, 188 à 194. 
Bithune (M. de), évéque de Verdun. II, 188. 
Beuvron (Le comte de). II, i5. 
BicHi (Le cardinal). II, 17. 



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DES NOMS CITÉS 347 

BiGORRE (L'abbé). II, i55, 154, i65. 
BiRON (Le maréchal de). I, 126. 

BOILEAU. I, 13 3. 

BoiSFRANC (M. de). II, 7$ à 7 S. 

BoNTEMPS, premier valet de chambre du roi. I, 3i, s 3, 3 s, 

i63, 180, 337. — II, 13, 3i. 
BoNZi (Le cardinal de). II, 56, i58 à 161, 175, 180. 
BossuET, évèque de Condom, puis de Meaux. II, 149. 
BoucHERAT (Le chancelier). I, io3, 143, 149, 166, 179, 

333, 343, 243. — 11, 137. 
BouFFLERS (Le maréchal de). I, 98, 192. 
Bouillon (Le duc de), père du cardinal. II, itS, 116, 118 

à I30, 133, 134 i 137, 129, i3i, 139. 
Bouillon (La duchesse de), Eléonore de Bergue, mère du 

cardinal. II, 11 5, 1 16, 133, 134, 139 à i3i. 
Bouillon (M^^*' de), soeur du duc de Bouillon. II, |2 3, 

i3o, i3i. 
Bouillon (Le cardinal de). I, 16 à 20, 218, 219, 232, 234, 

235. — II, 107 à 109, ii3 à ii5^ 122, 125 à 127, 

l3o à 148, 149, i5i à i65, 168 à 178, 180 à i83. 
Bouillon (Le duc de), mari de Marie-Anne Mancini, nièce 

du cardinal Mazarin. I, 63, 64, 77, 78. 
Bouillon (Marie-Anne Mancini, duchesse de). I, 63, 77, 

78, 222, 223. 

Bourbon-Condé (Henri de), dit M. le Prince, père du grand 

Condé. I, 45 à 47, 49, 5i, 52, 54, 55, 75, 79, 

82. 
JBourbon (Le duc de), dit M. le Duc. I, 29, 139, 181, 

211, 212, 2i5. — II, 23, 24, 25, 219, 221. 
Bourbon (La duchesse de), fille légitimée de Louis XIV. 1, 1 86, 

204, 212. — II, 5, 14, 17, 19, 23, 24. 
Bourgogne (Le duc de), petit-ills de Louis XIV. I, 8^ i63, 

241. 
Bourgogne (La duchesse de). II, 34. 
BouRLEMONT (L*abbé de). II, 154. 
BouTiLLiER (M.), avocat. I, 35. 
Brancas (M«ne de). II, 112, 11 3. 
Brater, médecin. I, 76,81. 



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248 INDEX ALPHABÉTIQ^UE 

Brégy (La comtesse de). II, 224. 

Bmenne (Le comte de), père. I, 32, 69, 102, io3, 21U 

Brienne (Le comte de), le fils. I, 70, 74, 98, 99, 102, 

io3, i37 i 142, 211. 
Brisacier, secrétaire des commandements de la reine. I, 

108. — II, 100 à io5. 
Bruant DES Carrières (M.). I, 146, 147. 
BuLLiON (M. de), prévôt de Paris. I, 197. 

CalviIres (M"ie de). II, 39. 

Calvimont (M™o de). II, 39. 

Calvo (M. de), commandant de Maëstricht. II, 9. 

Candale (Le duc de). II, 38, 54, 55. 

Canole (Le baron de). II, 129. 

CARAcàNE (Le marquis de). I, 160. 

Carignan (La princesse de). II, 221. 

Carnavalet (M. de), lieutenant des gardes du corps. II, 

122 à 124. 
Catinat (M. de), conseiller au Pariement de Paris, II, 

142. 
Catinat (Le maréchal de). I. 187. 
Caumartin (M. de). 1, 37, 40, 5o, 57. 
Cavoye (M. de). I, 26, 27, 220, 233. 
Chamarante (M. de). I, 33, 141. — II, 172. 
Chamillard (M. de), ministre de Louis XIV. — II, 34. 
Champlatreux (M. de), fils du premier président Mole. I, 48. 
Champmeslé (Mi^<5), actrice. I, 191, 

Chanvallon (M. de), archevêque de Rouen. II, 168, 169. 
Charles IX, roi de France. I, i65. 
Charles I®*", roi d'Angleterre. I, 43. 
Charles II, roi d'Angleterre. I, i23, 124, iSç i 161, 

172, 173, 184, 209. — II, 65, 78, 80, 93, i5o, 
Charles XI, roi de Suède. I, i53. 
Charles-Gustave, roi de Suède. I, i53, 154. 
Charles II, roi d'Espagne. II, i63, 226. 
Charles de Lorraine (Le prince), plus tard Charles V. II, 

217, 218. 
Charost (Le marquis de). I, 10, 11, 



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DES NOMS CITÉS 



M9 



Charost (Le duc de), II, i 3 i . 

Chartres (Le duc de), fils de Monsieur, duc d'Orléans, frère 

de Louis XIV. I, i88, 211, 212. — II, 24. 25. 
Chateauneuf (m. de). II, 12. 
Chaulnes (Le duc de). I, i 58 à 160. — II, i53. 
Chaumont (Le chevalier de). I, 218, 219, 225, 23o, 282, 

Chavigny (M. de Boutillier). I, 36, 41, 42. 

Chevignt (M. de), capitaine aux gardes, plus tard le P. de 

Chevigny, de l'Oratoire. I, 142. 
Chevreuse (La duchesse de). I, 46, 49, 55, io5, i35. 
Chevreuse (M"« de). I, 5o. 
Chigi (Le cardinal). II, 17, 162. 
Choiseul (M. de), évêque de Tournay. II, 148. 
Choisy (M. de), grand-père de Tabbé. I, 36. 
Choisy (M. de), père dePabbé.I, 104, 10 5, 121. — II, 1 17. 
Choisy (M™« de), mère de Tabbé. I, i3, 14, 17, 37, 44, 

198. — II, 25, 26, 109, 110, ii3, 117, i35. 
Choisy (L'abbé de). I, 12, 1 3, i 5, 26 à 34, 37, 38, 121, 

167, 168, 217 à 221, 225 à 235. — II, 108 à ii3, 

117, i36, 178 à 180, i83, 221. 
Choisy (M. de), célèbre ingénieur et officier général, cou- 
sin de l'abbé. II, 9, 10. 
Christine de France, duchesse de Savoie. I, 14. 
Christine, reine de Suède. I, i53, 154. 
Cinq^Mars (M. de), grand écuyer de France. I, 43, 44. 

— II, 117, 118. 
Claude (M.), ministre protestant. I, 216. 
Clément IX, pape. II, 162, i65. 
Clément XI (Odescalchi), pape. II, 180, 181, 227. 
Coatquen (M™o de). II, 94. 

CoiSLiN (L'abbé de), premier aumônier du roi. I, 164. 
Coislin ou Coaslin (M. de), jévêque d'Orléans, puis cardi- 
nal. II, 164 à 166, 176. 
Colbert (M.), ministre de Louis XIV. I, 71 i 73, 81, 85, 
90 à 96, 99, loi, 102, 107, 108, i3i à i35, 137 à 

141, 148, i5o, i5i, i58,202. — II,99,ii3, 141, 159. 
Colbert du Terron (M.). I, 129. 

32 



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25o INDEX ALPHABÉTIQUE 

CoLBERT (L'abbé), évêque de Laçon. I, 109. 

CoLiGNY (Le comte de). I, 79, 189. 

CoMMiNGES (Le comte de), neyeu de M. de Guitaat, capi- 
taine des gardes de la reine. I, i5i. 

CoNaNi, maréchal d'Ancre. I, 34, 35. 

CoNDÉ (Le prince de). 1, 20, 26, 27, 29, 45, 5o, 5i, 75, 
97. 122, 139, i55, 2i5. — II, 19, 24, 37, 38, 120, 
121, 128, 147, i5o, 159. 

Constance (M.), ministre du roi de Siam. I, 23o à 232, 
238. 

CoNTi (Le prince de), frère de la duchesse de Longueville. 
II» 37 à 43, 45 à 55, 120, i52. 

CoNTi (La princesse de), nièce du cardinal Mazarin. II, 41, 
45, 46, 48 à 5i. 63, 72. 

CoNTi (Le prince Armand de). I, 209, 211, 212. — II, 2 3 

à 25. 

CoNTi (Princesse de), fille légitimée de Louis XIV. I, 23, 

204, 232. — II, i3, 14. 
CopROGLi (Le grand vizir). II, i52. 
CosNAC (Daniel de), évéque de Valence, puis archevêque 

d'Aix. II, 36 à 40, 44 à 56, 58 à 60, 64 à 69, 71 à 

78, 80 à 91, 95. 
CouRTENAY (Le prince de). I, 77. 
CouRTiN (M.). I, 160. 
Crbqui (Le maréchal de). I, 129, 212. — II, 141, 154, 

219. 
Croissy (M. Colbert de). I, 21, io5, 106, 218. — II, 

12, 1 13, 1 14. 
Cromwell. I, 76, 161, 162. 
Cromwell (Richard). I, 16). 

Dangeau (Le marquis de), auteur du journal sur Louis XIV 
et sa cour. I, 167 à 169, 193. — II, 225. 

Dangeau (La marquise de), née de Lowenstein. I, 192 à 
196. 

Dangeau (L'abbé de). I, 28, 33, 34. 

Daquin, médecin. II, 17 à 19. 

Dauphins (M™« la), née princesse de Bavière, bru de 



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DES NOMS CITES 25l 

Louis XIV, I, i63, i8i, i86, 191, 198, 194, 204, 

206, 207, 210, 243. — II, 17, 19. 
Denonville (Le marquis de)« vice-roi du Canada. I, 219. 
Des Grais (M.), exempt de police. II, 86 à 90. 
Desormes (M.), contrôleur général de la maison du roi. Il, 16. 
DiAZ (Le P. Froiiand), dominicain. II, 226. 
PuRAs (Le duc de). I, 210. — II, 2 5. 
Duras (La duchesse de). II, 1 16. 

Effiat (Le marquis d*). II, 48. 

Elbeuf (Le duc d'). I, 4$. 

Elbeuf (La duchesse d'). II, 12$, i3o. 

£PERN0N (Le duc d'). I, 124 à 126, 129. — II, 177. 

Estrades (Le comte d*). I, 43, i23, 124, 159, 160. 

Estrades (Le maréchal d'). I, 188. 

EsTRiES (Gabrielle d'), duchesse de Beaufort. I, 127. 

EsTRÉES (Le maréchal d*]. II, 3. 

EsTRÉES (Le cardinal d'). I, 2o3. — II, i35, 180. 

EugIne (Le prince). II, 182. 

Fabert (Le maréchal de). I, 73. 

Fagon, médecin de la reine. II, 17, 18. 

FÉLIX (M.), chirurgien du roi. I, 207. — II, 17, 19, 21. 

Ferrier (Le P.). I, iio, 111,1 15. — II, 168, 170, 171. 

FiicHiNE (M»o de). II, 12$ à 127. i3o. 

Foix (Le marquis de). II, 188. 

Fontanges (M**e de), maîtresse de Louis XIV. I, 207. — 

II, 29, 35. 
FoNTON (M. de). II, 83, 86. 
FoNTRAiLLEs (M. de). II, 118. 
FoRBiN (Le chevalier de). II, 3 i . 
Forbin-Janson (Le cardinal de). I, iio. 
FossEusE (M. de). I, 47. 
FouQUET (M.), surintendant des finances. I, 69, 72, 84 à 

87,98, 100, loi, io3, 108, 109, 114, ii5, 123, i3o 

à 147, 149, i5o, i58. 
FouQuiT (L*abbé), frère du surintendant. I, 108, 109, 146, 

147. 



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252 INDEX ALPHABÉTIQ^UE 

FouQUET (M™«), femme du surintendant. I, 139, 140, 

147. 
FouQUET (M™8), mëre du surintendant. I, 147. 
Frédéric III, roi de Danemark. I, i56, 157. 
FuENSALDAGNE (M. de). I, "jS, i6o. 
FuENTES (Le comte de). I, 160. 
FuRSTEMBERG (Le Cardinal prince de). I, 193. — II, 178. 

Gabel, favori du roi de Danemark, Frédéric III. I, 157. 

Galigaï (Eléonor), maréchale d'Ancre. I, 34. 

Gaston, duc d'Orléans, frère de Louis XIII. I, 44, 45. 

Gaye, musicien. I, 24. 

Gesvres (Le marquis, puis duc de), capitaine des gardes du 

corps. I, 141, 145, 148. 
GoNZAGUE (Marie de), reine de Pologne. I, 14. — II, 117. 
GouRviLLE (M. de). T, i36, iSç, 142. 
Grammont (Le maréchal de). I, 62, 72, 77, 97, 98, 124, 

i52. — II, 224. 
Grimaldi (Le cardinal). II, 17. 
GuÉBRiANT (Le maréchal de). II, I2 3. 
GuERCHEviLLE (M™o de). II, 2 1 3 à 217. 
GuiCHE (Le comte de). I, 26, 27, 124. — II, i5o. 
GuicHE (La comtesse de). I, i35. 
GuiLLERAGUES (M. de). II, 39, 40. 
Guise (Le duc de), dit le Balafré. I, 178, 179. 
Guise (La duchesse de), femme du précédent. I, i 78, 1 79. 
Guise (Le duc de), dit le Napolitain. I, 64. 
GuiTAUT (M. de), capitaine des gardes de la reine. I, 5i, 

52. — II, 121. 
Guitry (M. de). II, 222, 223. 
Gustave- Adolphe, roi de Suède. I, i53. 

Harcourt (L*abbé d*). I, 17. — II, 109. 

Harcourt (Le comte d*). I, 44. 

Harcourt (La princesse d'). II, 112. 

Hardouin DE PÉRÉFixE, archevéque de Paris. I, 17, 11 5, 

175, 237. — II, i32 à 134, i36à 139, 148, 149, 

i5i, 168, 170, 175. 



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DES NOMS GITES 253 

Harlay (m. de), procureur général au Parlement de Paris. 

I, i34. 
Harlay (M. de), archevêque de Paris. II, 3i, 21 5. 
Haro (Don Louis de). I, 82. 
Henri III, roi de France. I, 36, 12 5. 
Henri IV, roi de France. I, 36, 124, laS, 126, 127, 128, 

129, 177, 197. — II, 213-217. 
Henriette d'Angleterre, duchesse d'Orléans, femme de 

Monsieur, frère du roi Louis XIV. I, 117, 119, i3o, 

i35, i58, i65. —Il, 56 à 60, 62 a 65, 67, 70 à 72, 

75, 77 à 82, 91 à 95. 
HuMiÈREs (Le maréchal d*). II, 141. 
HuxELLES (Le marquis, puis maréchal d*). I, 2 3. 

Innocent XI (Le pape), I, 20, 2o3. 



Jacques II, roi d'Angleterre. I, 182. — II, 42, 43, 44. 

Jeannin (Le président). I, 128. 

Joseph (Le P.). I, 41. 

JuRiEU (M.), ministre protestant. II, 147. 



Kara-Mustapha-Pacha, grand vizir de Mahomet IV. II, 
184, 195 à 197, 200 à 206, 209. 



La Balub (Le cardinal de). II, i83. 

La Bastide, agent de Fouquet. I, 12 3, 124. 

La BAU»tE(M"*e de). II, 96. 

La Chaise (Le P. de). I, 175, i85, 23 1, 235, 236. — 

a, 17» 3i. 
La Châtre (Le marquis de). I, 211. 
La Fertx (Le maréchal de). I, 118. 
La Feuillade (Le maréchal duc de). I, 196 à 198. — II, 32. 
La Fond (M. de), gentilhomme ordinaire du roi. II, 91. 
La Force (Le duc de). I, 182. 
La ^ore&t, yalçt de. chambre de Fouquet. 1, 146, 147. . 



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254 INDEX ALPHABÉTIQUE 

La Marck (M. de). II, 83 i 86. 

Lamoignon (M. de), premier président du Parlement de Pa- 
ris. I, i66. 

La Motte (L*abbé de). II, i68. 

La Motte-Houdancourt (M. de), évèque de Rennes, grand 
aumônier de la reine. I, ii5. 

Langlade (M. de). I, io3. 

La Porte (De), avocat. I, 35. 

La Rivière (L'abbé de, puis évèque de Langres). I, 46. — 
II, 47, 134, i5a. 

La Rochefoucauld (Le duc de), auteur des Maximes. I, i3, 

148. 

La Rochefoucauld (M. de), fils de l'auteur des Maximes, 
grand maître de la garde-robe du roi. 1, 199. — II, 19, 22. 

La Trbmoille (Le duc de). II, 2$. 

La Valette (Le duc de). I, 45. 

La Vallière (M"« de). 1, 119 à lai, i3o, 1 58. — II, 
34, 57, 60, 224, 2a5. 

La ViiuviLLE (Le duc de). I, 188. 

La Vrillière (M. de), secrétaire d'État. I, 44. 

Lauzuv (Le marquis, puis duc de). I, 24. — II, 60 à 63, 

91, 157, 218 à 223. 

Le Brun (M.), peintre. I, 94, 95. 

Le Camus (Le cardinal), évéque de Grenoble. II, i5, i6i 

56, 95, 171. 
Le Pelletier (M.), contrôleur général. I, 106, 199, 200. 
Le Roy (M.), premier commis de Le Tellier. I, 102. 
Lesdiguières (La duchesse de). I, 57. 
Le Tellier (M.), ministre de Louis XIV. I, 24, 40, 5i, 

54, 57, 72, 78, 79, 84, 87, 88, 89, 98, 100 i io5, 

io5, 107, III, 112, 137, i38, 143 à 145, 148, 189, 

199, 200. — II, ii3, 140, 141, 144, 157,159,164, 

176, 177. 
Le Tellier (L'abbé), coadjuteur, puis archevêque de Rehns. 

I, 17 à 19, 177, 179, — II, i32 à i34, i56, i38 à 

140, 145, 164, 
Liancourt (M. de). I, i53. 
LioNMi (M. de), ministre de Louis XIV. I, 64, 65, 69, 84 



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DES NOMS CITÉS 255 

à 87, 98, 100, io5, 107, 157, 148, i5a. — 11, ii3, 

142, 146, 1S6, 1S7, 159 à 162. 
Lionne (L*abbé de). I, 2 38. — II, 144, iS3, 162. 
LiscouET (Le chevalier de). II, 188, 191. 
LoNGUEViLLE (Le duc de). I, 4$, 5i, 55. — II, 120, 121. 
LoNGUiviLLE (La duchesse de). II, $7 à 39, 119, 148. 
LoNOUEViLLE (Le chevalier de, comte de Saint-Paul). I, 27 

à 3o. — II, 97, 119. 
LoROES (Le maréchal de). I, 3o. 
Lorraine (Le prince Charles de). I, 117, 118. 
Lorraine (Le chevalier de). Il, 57, 58, 62, 63, 67, 70 à 

72, 93, i5o. 
Lorraine (Le duc de), général de PEmpereur au moment 

du siège de Vienne par les Turcs. II, 197, 199 à 201, 

204, 206, 208 à 212. 

Louis XI, roi de France. II, i83. 

Louis XIII, roi de France. I, 43 i 45, 177, 197, — II, 

117, 118. 
Louis XIV. I, 9 à 11, i5, 16, 19 à 27, 3o, 3i, 37 à 

39, 55, 60 i 63, 65 à 68, 70, 74 à 76, 86, 92, 

94, 97 à io3, 106 à 109, 1 1 1, ii3 à 116, 1 18, 119, 
121, 122, i3o, i3i, i34, i37, 140, 141, I43ài45, 
148, i5o à i53, i58, 160, 161, i63, 164, 166, 168, 
173, 179 i 181, 184, 185,196, 198, 199, 200, 204, 

205, 207, 208, 210 à 216, 224, 23i à 238, 240, 
241. — II, 4, 6 i 12, 14 à ]6, 17 à 22, 24, 25, 28 à 
3i, 34, 52, 53, 57 à 64, 66 à 71, 77 à 82, 89 à 93, 

95, 97 à io5, ii5, 134, i35, i38, 140, 142, 144, 
i5o, i5i, iS3 à i55, 157 à 160, i65, 167, 170, 
171 à 177, 180 à i83, :85, l86, 198, 219 à 224. 

Louvois (M. de). I, 3o, 95, 100, io5, 174, 175, 22 3, 
214, 236, 237. — II, 12, 17, 22, 28, 29 à 33, 63, 
65, 79, 80, 89, 92, ii3, 141, 177, 178. 

Lowinstein (Le comte Philippe de), frère de M"»» de Dan- 
geau, abbé et prince de Morbach. I, 196. 

LuDE (Le comte de). II,. 47. 

LuLLi (J. -Baptiste). I, 122. 

LuximouRG (Le maréchal prince de). II, 5. 



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256 INDEX ALPHABÉTIQ^UE 

Mahomet IV, sultan. II, 194, içS. 

Maine (Le duc du), ou de Mayenne, sous Henri IV, I, 127. 

Maine (Leduc du), fils légitimé de Louis XIV. I, 181, 186, 

204, 211, 212. — II, 5, 18, 3o, 223. 
Maintenon (M™« de). I, 181, 191 à 193, 204, 206, 207, 
21 3, 2 38. — II, 5,6» 12, 14, 17 a 19, 29 à 3 I» 33, 34. 
Maldachini (Le cardinal). II, 180. 
Mancini (Marie), nièce du cardinal Mazarin, femme du 

connétable Colonne. I, 66 à 69, 116. 
Mancini (Le cardinal). 1, 110. 
Maniban (M. de), I, 221, 222. 
Manicamp (M. de). I, 39. 

Marca (Pierre de), archevêque de Toulouse. I, 11 5. 
Marguerite de Valois, femme de Henri IV. I, 127. 
Marguerite de Lorraine. I, 44. 

Marie-Casimire de La Grange d'Arquien, femme de Jean 
Sobieski, reine de Pologne. II, 98, 10 1, 106, 184, 
187, 189, 190 à 196, 202, 204. 
Marie de Méoicis. I^ 34, 42. 

Marie-Thérèse (La reine), femme de Louis XIV. I, 119, 
1S8, 162, i63, 2i5. — II, 29, 100, loi, 104, 226. 
Marin, intendant des finances. I, loi. 
Marsan (Le comte de). II, 32, 177. 
Martinozzi (M™®), sœur du cardinal Mazarin. I, 72. 
Maupertuis (M. de), officier des mousqueuires. I, 144, 

145. 
Mazarin (Le cardinal). I, i3, 16, 32, 33, 38, 40, 44, 
45, 49, 5i à 53, 56, 59 à 80, 83, 86, 97, 99 à loi, 
104, 107, 109, ii3, 117, i32, 149, 164, 167, 189, 
222. — II, 41, 45, 46, 53, 54, 56, 66, 112, 118, 
119, 121, 124 a 126, 128, i3i, 147, 182. 
Mazarin (Le duc de). I, 72 à 74, 76, 79, 80, 81, 149, 

164. 
Mazarin (La duchesse de). I, 72, 76, 79, 189. 
MÉDicis (Marie de). II, 217. 
Meilleraye (Le maréchal de La), petit-fils de Payocat de La 

Porte. I, 36. 
Meilleraye (La maréchale de La). I, 53, 148, 149* 



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DES NOMS CITES 2^7 

MÉNAGE (M.). Il, 114. 

Mercœur (La duchesse de). I, 63. 

Michel, roi de Pologne. H, i58, 160 à 162. 

MiossENS (Le comte de), lieutenant des gendarmes, plus 

lard maréchal d'Albret, I, 5 2. — II, 121, 
MiRAMioN {M^^ de). I, 206. 
MoDÈNE (La duchesse de). I, 63. 
MoLÉ (Le premier président). I, 48. 
Molière. I, 122, i 3 S. 
MoLiNOs (Le P.), jésuite. I, 2o3, 204. 
Monaco (M™^ de). II, 60 à 62, 218. 
MoNK (Le général). I, 160, 162. 
MoNMOUTH (Le duc de). I, 172. — II, 70, 71. 
Monseigneur, Dauphin, fils de Louis XIV, I, 2 5, 106, 162, 

i63, 164, 181, i85, 204, 211. — II, 17, 19, 226. 
Montalais (M^^*^ de). I, 149. 
MoNTAUSiER (Le duc de), I, 24. — II, 5, 219. 
MoNTBAZON (La duchesse de). I, 5o. 
MoNTEREY (Le comte de), gouverneur des Pays-Bas. 

I, 224. 
MoNTESPAN {M^° de). I, 181, 2o5, 206, 207, 208. 

— H, 12, 14, 19, 23, 3o, 3i, 33, 34, 35, 218, 221, 
MoNTLON (M"»o de). II, 39. 
Montmorency (Le connétable de). I, 44. 
MoNTPENSiER (M^^^ de), fille de Gaston, frère de Louis XIII. 

I, 117, 122. — II, 217 a 223. 
MoNTREUiL (Mathieu de), poète, secrétaire de Daniel de 

Cosnac. II, 96. 
MoRosiNi, ambassadeur de Venise, II, i56, 157. 
Mortemart (Le duc de). I, 5 3, 54. ' 

Murcé (M^'o de), fille de M. de Villette, chef d'escadre, 

et nièce de M™^ de Maintenon ; plus tard M^<* de Caylus. 

Murcé ou Murçay (M. de). I, 210, ', . ■^"' '•»•<»'-• 

Nangis (Le marquis de), ï, 210. 

Nassau (Elisabeth de), mère du duc de Bouillon. II, 1 18. 

Navailles (Le maréchal de), I, 188. — II, 157. 

Mémoires de Choisy. II. |} 



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258 INDEX ALPHABÉTIQ^UE 

Nemours (Le duc de). II, 43, 44. 

Nesle (Le marquis de). I, 210. 

Nesmond (L*abbë de), évèque de Bayeux. I, 109. 

Nesmond (M. de), président à mortier du Parlement. I,. 

166. 
Neubourg (Le prince de), évèque de Liège. II, 178. 
Nevers (Mancini, duc de). I, 109. 
NicoLAÏ (M. de), premier président de la Chambre des 

comptes. I, 189, 190. 
NiERT (De), valet de chambre du roi. II, 18. 
NiTARo (Le P.), jésuite. II, i63. 
NoAiLLES (Le maréchal, duc de). I, 129. 
NoAiLLES (Le maréchal, duc de). II, 4. 
Nouveau (M.), général des postes. I, i38, 139. 



O (Le marquis d*), surintendant des finances. I, 36. 
Onoedei, évèque de Fréjus. I, 61, 72, 77, 78, 110. 
Orange (Le prince d'). I, 3o, 3i, 43, 171. — II, 4, 7, 

10, 216. 
Orléans (Gaston d'), frère de Louis XIII. II, 117, 118, 

.34. 

Orléans (M"® d*j, grande-duchesse de Toscane. I, 117, 

118. —II, 218. 
Orléans (Le duc Philippe d*), dit Monsieur, frère de 

Louis XIV. I, 46, 56, 71, 104, io5, 117, i35, i5o, 

i58, i65, 204, 207, 212. — H, i3, 14, 19, 53, 54, 

56 à 59, 62 à 64, 67 à 69, 72 à 78, 81, 91, 95, 

111, i5i, 187 à 192, 218, 219, 221 . 
Orléans (La duchesse d'), née princesse Palatine, seconde 

femme de Monsieur, frère du roi Louis XIV. II, i3, 

19, 32. 
Ormesson (M. d*), conseiller au Parlement, rapporteur^du 

procès de Fouquet. II, 142. 



Parabère (Le comte de). 1, 187. 
Paumart (M.), missionnaire. I, 23 1. 



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DES NOMS CITES 259 

ÎELLissoN (M.), de rAcadémie française. 1, 32, 114, 11 5, 

149. 175. 
Perthuis (M. de). II, iSo, 16S, 166. 
Pile (De), intendant du prince de Conti. II, 5i, 52. 
PiMENTEL (M. de). I, 65, 66. 
Plessis-Bellière (La marquise du). I, 32, i3i , i36, 146, 

147. 
Plessis-Praslin (Le maréchal du). 11, 129. 
PoLiGNAC (La marquise de), née de Rambures. I, 196. 
PoLiGNAC (L'abbé, puis cardinal de). II, 277. 
Pomponne (M. Arnault de). I, 21, 106. — II, 11 3. 
Pons (M^^^ de). 1, 64. 

PONTCHARTRAIN (M. de). I, 21, I06, I08, I47, 20 1. — 

H, 28, 29, 114. 
PoRTOCARRERO (Le Cardinal de). I, 20. — H, i63. 
PussoRT (M.), conseiller au grand conseil. I, 166. 
Puy-Laurent (Le duc de). I, 44. 

QuiÉTiSTEs (Les). I, 2 2, 20 3. 

QUINAULT. I, 12 2. 

QuiNCÉ OU QuiNCEY (L*abbé de), évêque nommé de Poi- 
tiers. H, I S. 

Racine. 1, 26, 33, 122. 

Rallière (m. de La), lieutenant des gardes de la reine, 

I, 5i. 
Ranuzzi (Le cardinal), nonce à Paris. II, 16. 
Rapin (Le P.), jésuite. Il, iSî. 

Raucourt (Le prince de), fils du duc de Bouillon. Il, 128. 
Retz (Le cardinal de), I, 48, 49, 53, 54, 56, 57. — 

U, 120, 162, 169, 179, 180. 
Richelieu (Le cardinal de). I, 36, 41 à 45, 76, 83, 97. 

— II, ii7, 118, I 19, i3i. 
Richelieu (Le marquis de). I, 11 3, 129. 
R0BERTI (Le cardinal). II, 17. 
RoHAN (Le chevalier de). II, 62, 63. 
Roquelaure (M. de). I, i2 5. 
RoQ^UETTE (L'abbé de), évêque d'Autun. II, $9, 40, 44, 3i. 



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260 INDEX ALPHABÉTIQUE 

RospiGLiosi (Le cardinal). Il, i5i, i5S, 157, 162. 

RouRE (La comtesse du). II, 23 5. 

RoYE (La comtesse de). I, 182. 

RozE (M.), secrétaire de Louis XIV. ï, 32, 33, 71, i38, 

141, 144, 145, 164, i65. — H, 169. 
Ru VIGNY (M. de). I, 182, 216. 

Saint-Aignan (Le comte, puis duc de). I, 121, 124, i36,. 
137, 210, 211, 212. 

Saint-Chaumont (M™« de), dame et confidente de Ma- 
dame (Henriette). II, 64, 65, 77, 81, 82, 85, 89. 

Saint-Mégrin (M. de), i*un des favoris d'Henri III. I, i 78.. 

Sancy (M. de), ambassadeur d'Henri IV à Rome. I, 127. 

Schomberg (Le maréchal de). I, 3o, 182. 

Staremberg (Le prince de). II, 2o3. 

SÉGuiER (Le chancelier). I, 5i, 88, 100, 166. 

Seignelay (Le marquis de), fils de Colbert. I, 91, 96, 218,. 
219, 233, 235. — H, i5, 22, 32, 99, 106. 

Servien (m.). I, 5i, 57, 65. 

Servien (L'abbé). II, i5. 

SiAM (Voyage de l'abbé de Choisy à). I, 220 à 232. 

SiAM (Ambassadeurs de) à Paris. I, 236 à 243. 

SiLLERY (Le chancelier de), sous Henri IV. I, 127. 

SoBiESKi (Jean), roi de Pologne. I, 170. — II, 97 à loS,. 
184 à 187, 189 i 212. 

SoissoNS (La comtesse de). I, 63, 222, 223. 

Spada (Le cardinal). II, 17. 

Tachard (Le P.), jésuite. I, 23 1. 
Talon (M.), commissaire du roi en Flandre. I, 160. 
Talon (M.), avocat général au Pariement de Paris. I, 166-^ 
TÉKÉLY (Le comte). II, 106, 186, 194, 195, 197, 199. 
Tessé (Le comte, puis maréchal de). I, 208, 209. — II,. 

34, 227. 
Thianges (M"« de), sœur de M™® de Montespan. I, 18^1. 
Thou (M. de). II, 118. 
TiBERGE (Abbé), supérieur des Missions étrangères. I, 214,, 

238. 



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DES NOMS CITÉS 261 

TiscHE (Le colonel). I, 128, 129. 

Tonnerre (L'abbé de), évèque de Noyon. I, 109. 

ToTT (Le comte de). I, i53, i55, i56. 

Toulouse (Le comte de), fils de Louis XIV et de H^^ de 
Montespan. I, 206. 

Trelon (Le cheyalier de). I, i56. 

Tressan (L*abbé de). II, 73. 

Trosky (Le chevalier de), envoyé de Jean Sobieski à la 
Porte. II, 202. 

TuRENNE (Le vicomte de), sous Henri IV. I, 125. 

TuRENNE (Le prince de), fils aîné du duc de Bouillon, 
II, 27. 

TuRENNE (Le maréchal de). I, 11, 17 a 20, 27, 63, 77, 
78, 98, 122, 126, 139, 217. — II, 80, 83, 92 à 94, 
109, III, 116, 120, 122, 128, r29, i32 à i34, 137 
à 141, 145 à i6i, i63 à i65, 171, 173 à 175, 177. 

Urbain VIII (Le pape). II, 11 5. 

Valentjnois (La duchesse de). I, i3 5. 

Van-Beuning (M.), ambassadeur de Hollande. II, 147. 

Varangeville (M. de). II, 73, 429. 

Vardes (Le marquis de). I, 120. — II, 40, 44, 47, 48, 

49, 5o, 5i, 54. 
Vauban (Le maréchal de). II, 10. 
Vaudois (Les), hérétiques. I, 187. 
Vendôme (M. de). I, 72, 222, 223. 
Ventadour (Le duc de). II, 2 5. 
Vérac (Le marquis de). I, 186. 
Vialart (M.), évêque de Chalons. II, 148. 
ViLLACERF (M. de), premier maître d'hôtel de la reine. 

I, 2i5. —II, 12. 
ViLLARS (Le marquis, puis duc et maréchal de). II, 43, 44, 

47» 5i, 52. 
ViLLEQUiER (Le marquis de), plus tard duc d'Aumont. 

1, 57. 

ViLLEROi (Le duc de), ministre d'Henri IV. I, 128, i65, 
168. 



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262 INDEX ALPHABÉTIQUE DES NOMS CUis 

ViLLEROi (Le maréchal de). I, 32, 60, 63, 100,106, 12$, 

148, i5o, 222. — II, 124. 
ViLLEROi (Le marquis de). I, 119. 
ViLLEROi (M. de), archevêque de Lyon. II, 179. 
VivoNNE (Le maréchal, duc de). I, 129. — II, 3 3. 
VouLDY (M. du), gentilhomme de la chambre du roi. I, 

145 à 147, 161. 

Watteville (Le baron de), ambassadeur d'Espagne à Lon- 
dres. I, 159, 160. 




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Imprimé par Jouaust et Sigaux 

POUR LA 

BIBLIOTHÈQUE DES MÉMOIRES 
Paris, 1888 



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